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Visite de l?île Maurice d?Yves Pitchen

18 novembre 2006, 20:00

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Les aléas du calendrier culturel nous convient à une visite guidée de l?île Maurice, avec pour cicérone le photographe Yves Pitchen. Faut-il prévenir qu?elle ne sera pas celle que proposent la plupart de nos guides touristiques ? On ne peut pas être plus aux antipodes de ce qu?il convient d?appeler la carte postale, soulignant l?aspect le plus racoleur d?une destination donnée.

La photographie d?Yves Pitchen prend place aux côtés de celles des grands maîtres de cet art, à la fois si facile ? il suffit d?appuyer sur un bouton ? et si complexe. Toute photo réussie ? forcément en blanc et noir ? ne peut qu?être l?harmonieuse conjugaison de différentes maîtrises et expertises, touchant à chacun des ingrédients de toute photo digne d?être archivée (une sur mille ou sur dix mille).

La facilité est tellement manifeste chez Yves Pitchen qu?on pourrait croire que les ?uvres photographiques qu?il expose à la galerie IBL, rue Docteur-Ferrière, Port-Louis, jusqu?au 1er décembre, sont extraites de n?importe quel album de photos de famille. En les examinant à la loupe, les unes après les autres, l?on prend conscience que n?est pas photographe qui veut et que la facilité, pourtant si évidente chez lui, est le fruit de longues années d?apprentissage, de pratique, d?expériences, le résultat d?interminables moments de réflexion, de méditation, de macération, de recherches afin que toute nouvelle photographie surpasse ses s?urs à tous points de vue qualitatifs.

De plus, Yves Pitchen comble de joie les nombreux admirateurs de sa maîtrise de l?art photographique, en mettant à leur disposition un album, préfacé par Marie-Thérèse Humbert, et imprimé de manière irréprochable, permettant à leurs heureux acquéreurs de rapporter, chez eux, cette preuve tangible de son savoir-faire et de l?acuité de son regard photographiant.

En route donc pour cette découverte photographique de Maurice, avec Yves Pitchen pour guide. Et commençons par admirer les différentes pages de son album, simplement titré : Mauriciens. Un titre qui, dans la simplicité de son raccourci, est à la fois un hommage et la reconnaissance d?une dette pourtant impossible à rembourser car rares sont ceux, qui, à l?instar de notre photographe, peuvent s?acquitter de tout ce qu?ils doivent à leur terre natale.

Du grand art photographique

La paire de chiens au bord de mer est une merveille de composition avec des ombres parlant dans toutes les directions. Un cas classique où l?ombre l?emporte et de beaucoup sur la réalité. Leçon à ne jamais oublier (p. 19).

Nénuphars du jardin des Pamplemousses contemplant horde touristique. On comprend leur perplexité (p. 20). Nul besoin de recommander à Messieurs les violonistes d?accorder leurs violons. Nul besoin non plus de conservatoire. Une chambrette dans une maison, coloniale de préférence, fait tout autant l?affaire. Seule compte la passion pour la musique photographiée ici avec bonheur (p. 22).

L?amour mimé. L?amour en pleine maturité. Des amours d?enfants. Un photographe amoureux de son art (p. 23).

La gigue de l?amateur d?amuse-gueules et la sérénité, pleine de dignité et de retenue, de la porteuse, non d?amphore, mais de pyramide de sandwichs (p. 24).

Autre gigue ségatière. Jurant quelque peu dans le décor mauresque de la villa d?Hesketh Bell, sur l?île contestée des Deux Cocos (p. 25).

Lever de lune aux Roches-Noires. À vous donner le torticolis (p. 27).

Dieu ! que ce cochon embroché ressemble à s?y méprendre à un cabot. La volonté embrochante est en tout cas manifeste, qu?elle soit sollicitée ou surprise en flagrant délire (p. 29).

La fille de Marie et de Thierry Golaud faisant un câlin à son ange gardien. Un amour de veloutiers tient lieu de parasol. Des esprits chagrins y trouveront pourtant un arrière-goût de paternalisme (p. 33).

On ne peut rêver image plus typiquement mauricienne. Une chambrette de maison créole, un minimum d?ameublement, une fenêtre grande ouverte sur la vie, un dispositif anti-chikungunya, un dévouement de sacristine pour aligner la paire d?oreillers et pour faire et refaire un lit sur lequel elle ne dormira jamais (p. 34).

Tout part du c?ur du chauffeur : un regard soupçonneux, l?imposante casquette, les lignes fuyantes de la Rolls, la pousse évasive des palmiers. Du grand art photographique (p. 35).

Jamais garde-à-vous ne fut plus empreint de noblesse. Ce pied fermement posé sur la brosse. Un balai à l?affût de la moindre poussière. Lit de tous les dangers ? 99 % des gens y meurent ? et berceau de la naissance de toute vie, pas forcément forgée. Ici prie-Dieu et crucifix. Ailleurs, calligraphie religieuse, syllabe sacrée à trois sons ? A, U, M, ? ou autel des ancêtres. La méticulosité mauricienne est sans frontières culturelles ou cultuelles (p. 87).

Michel-Ange n?aurait pas fait mieux

Accélérons. Les feuilles géantes vont par paire comme les enfants qui s?aiment (p. 42) Leçon géométrique d?angle perpendiculaire devant le Lion. Où es-tu Jacques Castel ? (p. 45). À mon commandement? Poissons ! mordez ! (p. 49). Le cabinet du Dr André Rochecouste. Donnez cette photo à Georges Simenon. Il écrira un roman séance tenante (p. 53). La voiture en panne à la Vallée-des-Prêtres (p. 55) est celle du Cousin Freno (p. 57). Chant du Cygne à Riche-en-Eau. Notre Sucre n?est plus ce qu?il était (p. 58). Le commandant Kazantol et son navire-amiral Triolet (p. 62). La Canne omniprésente (p. 79). Le débardeur crucifié. Michel-Ange n?aurait pas fait mieux (p. 75). Chapeau ! le Rodriguais (p. 76).

Le jacquard de mon maître (Attam) est plus beau que mon pelage (p. 79). Le PMSD après le 11 juin 1982 (p. 82). Mes désirs ? Ah ! rendez-moi mon Chien de Plomb d?antan ! (p. 85). Couche de jouvencelle. Jamais photo ne fut plus intime (p. 87). La pin-up essaye vainement de me faire de l?ombre (p. 89). Ça baigne ! les familles nombreuses (p. 95). À l?enterrement d?une feuille en contre-jour (p. 102). Riche-en-Eau riche en gaulettes (p. 103). La courbe ascendante du cyclisme mauricien. Merci Aurélie Halbwachs (p. 106). Les ablutions sont sacrées (p. 107). Ne vous pressez pas au portillon. Le tour de chacun viendra. Hélas ! (p. 109).

Nous ne savions pas notre île si belle. Merci ! Yves.

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