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Vinesh Hookoomsingh loue la pan-créolité
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Vinesh Hookoomsingh loue la pan-créolité
Juin 1981, Vinesh Hookoomsingh, futur pro-vice-chancelier de l’université de Maurice, revient de Sainte-Lucie (60º ouest et 14º nord) où il a participé, du 3 au 10 mai 1981, au 3e colloque international sur la langue créole dont le thème principal concerne la pan-créolité en marche tant aux Antilles qu’aux îles Mascareignes. A son retour, il confie à la presse son opinion sur le rôle de Maurice au sein de cette pan-créolité émergente.
Il est difficile de soutenir à ce stade, que la pan-créolité s’affirme comme un fait de civilisation qui impliquait un constat d’achèvement. Il convient plutôt de parler d’un phénomène évolutif de civilisation dont les contours ne sont pas toujours saisissables. Il y a certes des convergences dans le temps comme dans l’espace. Parmi elles, on peut citer l’insularité, la culture cannière, la production sucrière, l’esclavage, la dépersonnalisation, l’oppression, le colonialisme, le peuplement cosmopolite, l’attachement à diverses cultures ancestrales plus ou moins harmonieusement partagées parce que sources d’un enrichissement mutuel.
Le trait commun à toutes les îles créoles demeure les créations parallèles de cette langue créole à plusieurs peuples que des milliers de kilomètres séparant, ce qui exclut des contacts physiques fréquents et rapprochés. Voilà donc des peuples insulaires qui s’ignorent superbement, sans même savoir qu’ils partagent en partie une même histoire, une même langue. D’ailleurs, au 3e colloque de Sainte-Lucie, des intervenants, originaires de plusieurs îles, ont pu s’adresser aux autres participants et se faire comprendre d’eux en utilisant leur créole particulier. On ne peut trouver meilleure affirmation de cette pan-créolité.
Celle-ci n’est donc pas une hypothèse intellectuelle. Elle se vit déjà concrètement. Il convient de la connaître plus profondément et d’inventorier avec davantage d’exactitude ses inconvénients et ses avantages.
Vinesh Hookoomsingh mesure ainsi les progrès établis entre le 2e colloque international créole aux Seychelles et le 3e colloque à Sainte-Lucie. Aux Seychelles, les Antilles faisaient la connaissance des Mascareignes et vice-versa. A Sainte-Lucie, le colloque se place sous le signe de l’affirmation et de la revendication.
Les liens entre la pan-créolité et les pouvoirs politiques insulaires partagent les imprévisions empêchant une définition trop radicale de ce phénomène de civilisation. L’éventail va des Seychelles où le pouvoir politique peut se mettre à dos une partie de la population, en raison d’une créolisation tous azimuts et officielle, jugée par certains exagérée et partiellement néfaste. A l’autre extrême, il y a des départements européen d’outre-mer, devenus aujourd’hui “ régions ultra-périphériques”, où le pouvoir politique central peut combattre toute velléité de créolisation en s’appuyant sur des forces conservatrices et réactionnaires locales.
On retrouve cette incohérence avec un pouvoir politique fortement indianisé, voyant d’un mauvais oeil une trop grande créolisation, pouvant devenir synonyme de déculturation. Ces mêmes dirigeants politiques, qu’on ne peut soupçonner de vouloir hâter la créolisation de l’île Maurice, n’ont aucun scrupule à user et à abuser de cette langue créole commune à tous les Mauriciens pour se faire entendre et transmettre leurs messages politiques. De ce fait, l’avenir de la langue créole ne suscite aucune crainte à Maurice, bien qu’elle n’ait pas droit de cité dans le système scolaire ni dans la presse écrite en raison de la faiblesse de sa lisibilité.
Il faut savoir que l’île Maurice avec son million de créolophones (en 1981) se situe en 2e position après Haïti (5 millions de créolophones). Cette île Maurice est pourtant représentée à Sainte-Lucie par le seul Vinesh Hookoomsingh. Ce dernier peut toutefois bénéficier du précieux soutien que lui apporte Edouard Maunick, le représentant de l’Agence française de Coopération Culturelle et Technique (ACCT) et Jean-Claude Castelain de l’Association des Universités partiellement en langues françaises (AOPELE).
Le pan-créolité fournit aux Mauriciens l’occasion d’intégrer une histoire plus vaste car commune aux autres îles créoles de la planète. L’opportunité leur est aussi donnée de partager avec les autres peuples créoles leur spécificité locale marquée par le fait que 70 % d’entre eux sont originaires de l’Inde. Ils partagent de ce fait leur pan-créolité avec une pan-indianité également riche et prometteuse et qui s’étend également aux Antilles mais aussi à l’Afrique australe et orientale. L’île Maurice se retrouve donc au point d’intersection de la pan-créolité, de la pan-indianité, de la pan-francité et même de la pan-anglicité. Cela crée une mauricianité faite essentiellement d’enrichissement mutuel, d’esprit de synthèse, d’un sens peu commun de l’équilibre et de l’harmonie raciale et surtout du refus de blesser inutilement celui qui pense différemment.
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