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Vincent, 22 ans, tétraplégique, «tué par amour» par sa mère

26 septembre 2003, 20:00

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Sans relâche, Marie Humbert était chaque jour au chevet de son fils de 22 ans depuis trois ans. Tétraplégique, aveugle et muet, il communiquait avec elle en bougeant son pouce sur un alphabet. Et lui avait demandé de l?aider à mourir. Elle l?a fait. Interpellée mercredi, elle a été remise en liberté le lendemain. Vincent est en réanimation.

Marie Humbert a tenté d?aider Vincent, son fils, à mourir. Tous les deux avaient choisi depuis des semaines la date du 24 septembre, soit trois ans jour pour jour après l?accident de voiture qui avait rendu ce jeune homme de 22 ans tétraplégique, aveugle et muet, et à la veille de la sortie du livre de Vincent, Je vous demande le droit de mourir (Michel Lafon, 192 pages, 17 euros).

Le parquet de Boulogne-sur-Mer a annoncé la levée jeudi à 15 heures de la garde à vue de Marie Humbert, qui devait être admise avec son consentement dans une structure hospitalière, selon le procureur Gérald Lesigne. «Mme Humbert a consenti à bénéficier d?un soutien hospitalier. Sa garde à vue a été levée et elle sera rapidement accueillie en milieu hospitalier, car elle a besoin de ce soutien», a-t-il dit.

M. Lesigne ouvrira «en temps utile une information judiciaire». L?avocat de Marie Humbert, Me Hugues Vigier, s?est réjoui de «cette voie différente» choisie par les magistrats et de la «sérénité de la justice» au regard de cette situation exceptionnelle. «Il n?y aura pas de mise en examen tout de suite, elle sera convoquée, mais pas immédiatement», a déclaré Me Vigier. Le fils aîné de Marie Humbert, Laurent, a déclaré que sa mère était «très nerveuse» et qu?elle avait «fait une crise d?épilepsie mercredi » avant de tenter de donner la mort àVincent. Marie Humbert avait été autorisée jeudi à se rendre au chevet de Vincent, tombé dans un coma profond, avant de regagner le commissariat de Berck-sur-Mer en début d?après-midi.

UNE «PROMESSE»

Elle a été interpellée et placée en garde à vue, mercredi 24 septembre dans la soirée, au commissariat de Berk-sur-Mer (Pas-de-Calais), la ville où son fils était hospitalisé au centre héliomarin. Marie a dit aux policiers qu?elle avait injecté à son fils, vers 17 h 30, du pentobarbital de so-dium (une substance barbiturique) qu?elle se serait procuré en Suisse. Vers 19 heures, le personnel soignant a constaté une «anomalie»chez Vincent, qui a alors été placé en réanimation. «C?est dramatique car elle ne sait absolument pas ce qu?il en est.Elle voudrait être à côté de lui, avec le souhait qu?il meure, car c?est son seul souhait à lui», a expliqué son avocat, Me Hugues Vigier.

L?histoire de Vincent était devenue publique depuis le courrier qu?il avait adressé, en novembre 2002, au président de la République, pour lui demander «le droit de mourir». Jacques Chirac avait reçu sa mère à l?Elysée pour lui parler, de «parent à parent». Le président était resté en contact avec Vincent, l?appelant pour Noël et pour son anniversaire. Dans son livre, réalisé avec l?aide du journaliste Frédéric Veille, le jeune homme offre un témoignage bouleversant sur l?enfer de son quotidien depuis trois ans, sur le dévouement de sa mère et sur sa volonté d?en finir avec cette «non-vie». Dans les dernières pages de son ouvrage, Vincent annonce sa mort : «J?ai voulu ce livre testament, je dis bien testament car je vais mourir. Je vais partir à une date que seuls ma mère et moi connaissons et avons choisie». Dans les médias, où elle est apparue dès le 21 septembre à l?émission Sept à huit de TF1, Marie Humbert évoque la «promesse» qu?elle a faite à son fils de «l?aider à se suicider», lui qui n?a pas l?autonomie nécessaire pour mettre fin à ses jours.

Au centre héliomarin, où Vincent attendait d?être «délivré» de son «calvaire», le personnel soignant restait délibérément «passif», expliquait au Monde, il y quelques jours, le médecin du jeune homme, le docteur Pascal Rigaud. «Nous connaissons son projet d?en finir depuis six mois. Cela n?aurait pas de sens de mettre un vigile devant sa porte. Ce qui se passe entre sa mère et lui nous échappe. Nous avons toujours continué le dialogue, mais, comme ils savent que nous sommes opposés à leur projet, ils ne nous diront rien», expliquait alors le médecin.

Le débat sur l?euthanasie qui va être relancé par cette affaire risque de se doubler d?une polémique sur l?édition du livre. «Quand paraîtra ce livre, il aura peut-être quitté ce monde...» C?est ainsi que l?éditeur Michel Lafon présentait, jusqu?à mardi 23 septembre, sur le site internet de vente de livres amazon.fr, l?ouvrage de Vincent Humbert. «On était très gêné sur le fait de savoir s?il disparaîtrait ou pas à la sortie du livre», reconnaît Michel Lafon. C?est parce qu?il est «favorable à l?euthanasie» qu?il est entré en contact avec Vincent Humbert et sa mère. Aux journalistes qui s?intéressent au livre - dont les épreuves ont été envoyées dix jours avant sa sortie, l?attachée de presse de la maison d?édition, qui s?est occupée du livre de Patrick Dils et de celui de la fille d?Emile Louis, demande d?«attendre le 24 septembre»pour publier un article. Pourquoi ? Elle laisse planer le suspense, parle d?«éthique» et finit par lâcher à certains : «parce que le 24, ce sera fait», Marie aura aidé son fils à mourir.

«Aucune spéculation»

Lors de ses rencontres avec la presse, à aucun moment la mère de Vincent ne donne de date. Pudique, digne, fragilisée par la pression médiatique, elle se souvient que lorsque Vincent a commencé, en décembre 2002, ce projet de livre, ils s?étaient dits : «On essaie, on verra bien si on le finira». La maison d?édition refuse toute critique sur son plan média qui a débuté bien avant le 24 septembre. «Il n?a jamais été question de spéculer sur la mort de Vincent» et «il n?y a rien de mercantile dans notre démarche», assure-t-elle.

Vincent Humbert a toujours accepté que sa mère porte sa parole dans les médias. Il a fait ce livre «pour expliquer sa démarche, aider d?autres personnes», mais aussi pour «protéger sa mère» des conséquences juridiques de ce qu?ils nomment tous les deux «un acte d?amour». L?association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) a fait connaître, jeudi 25 septembre dans un communiqué, «l?émotion qu?elle éprouve devant la détermination de Vincent et devant le courage de sa mère, qui, par respect pour le choix de son fils et dans un incomparable geste d?amour, a cherché à lui donner la mort». L?ADMD rappelle que «en Belgique, en Hollande ou en Suisse, ce jeune homme à la vie définitivement brisée aurait pu mourir en toute légalité et dignité».

© 2003 Le Monde News Service

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