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Vinaya Sungkur : Les coups du théâtre
Envoyer valser le cours Florent, ce n?est pas courant. Vinaya Sungkur, elle, est partie au bout de deux mois. Parce que ce ?moule où tout le monde joue pareil ? ne lui convenait pas.
Ce week-end, Anna dans Abé Mwa, pièce de Gaston Valayden jouée par la Trup Sapsiway au théâtre de Port-Louis, c?était elle. Un rôle physiquement éprouvant car la tension est permanente. Anna y est violentée, violée puis tuée par un cambrioleur. ?Jouer la colère c?est épuisant. C?est la rage que j?ai en pensant aux victimes qui m?aide à entrer dans le personnage.?
Abé Mwa, cela la change des comédies auxquelles elle a touché à Paris. ?En cinq ans, je suis restée dans des pièces d?école, c?était la vie de bohème. On prenait beaucoup sur nous.?
Pourtant, au cours Florent, la comédienne voulait à tout prix y entrer. Cette célèbre école parisienne de théâtre et de cinéma a vu passer sur ses bancs Audrey Tautou, Daniel Auteuil, Isabelle Adjani entre autres.
Mais une fois admise, Vinaya Sungkur n?a pas supporté d?être ?35 sur scène. C?est devenu un phénomène de mode d?être acteur maintenant, c?est pour cela qu?il y en a autant. Je perdais même le goût de jouer ?. Le comble pour cette grande timide, inscrite à 11 ans dans un cours de théâtre de l?Ecole du Nord par sa mère, pour guérir son manque d?assurance.
Car pour cette jeune femme de 23 ans, toute en phrases courtes, hachées et dynamiques, jouer la comédie, ?ce n?est pas m?obliger à être quelqu?un d?autre ?. C?est comme cela qu?elle pousse la porte de la Oscar Sisto Company, ?avant qu?il n?aille donner des cours à la Star Academy?. Dans les froidures de la ville lumière, le professeur d?art dramatique a ?fait sortir la comédienne qui est en moi?.
C?est donc dans une classe de 15 élèves où, ?le prof faisait exprès de me parler méchamment?, que la jeune femme de 23 ans, née à Paris de mère française et de père mauricien s?épanouit.
Pendant qu?elle parle avec les mains et crache parfois ses mots, se dessine l?image d?une comédienne qui a pris le temps de se chercher. Une femme qui sait ce qu?elle veut. Quelqu?un qui n?a pas peur de dire non. De bouger, pour évoluer, craignant visiblement la stagnation.
Après deux ans chez Sisto, Vinaya reprend la route. Pose ses affaires dans l?école Côté cour pendant un an. Avant d?entamer une dernière année à l?école franco-américaine de théâtre à Paris.
Bouger, déménager, elle connaît. Née à Paris, elle débarque au pays de son père paysagiste, à quatre ans. Suivent 13 ans de vie dans l?île avec une scolarité partagée entre l?Ecole du Nord et le Lycée Labourdonnais.
?Jouer la colère c?est épuisant. C?est la rage que j?ai en pensant aux victimes qui m?aide à entrer dans le personnage?.
?J?étais le clown de la maison.? Vinaya amuse ses trois frères et s?urs. Mais sitôt passée la porte du cocon familial, elle est tétanisée par le trac. D?où le passage par un cours de théâtre à l?Ecole du Nord, de même que des cours de danse avec Eve Buscaglia. ?C?est elle qui m?a montré ce que c?est que la discipline. A l?époque, on la trouvait méchante quand elle insistait pour qu?on soit pile à l?heure, que l?on fasse des répétitions le dimanche. A 14, 15 ans, on a envie de faire autre chose. Maintenant je comprends.?
Si Vinaya a toujours sa silhouette de danseuse, très tôt elle annonce à ses parents son envie de brûler les planches. Ils lui sortent la phrase classique : ?Passe ton bac d?abord.? Avant de financer ses cinq ans dans des écoles de théâtre privées. De retour à Maurice depuis novembre, la comédienne compte rester dans l?île un an ou deux, ?pour l?expérience, ensuite on verra?. Chez Vinaya, nulle prétention de vouloir étaler ce qu?elle a appris. ?Ce n?est que le début du travail comme pro.?
Consciente de ne pouvoir vivre de son art ici, tout n?est pas que happy end dans la ville lumière. Alors quand elle n?est pas sous les projecteurs, Vinaya Sungkur co-gère, avec son petit ami Clément, le N-Gyone, boîte de nuit située à Grand-Baie. Comme elle le dit elle-même, ?Je ne suis pas du matin?. Au meilleur de sa forme la nuit, la jeune femme se dit fascinée par ?ce monde éphémère?.
Du N-Gyone, elle en parle comme d?une plate-forme. Plus qu?une boîte de nuit, elle rêve de café-théâtre, de cabaret. La Trup Sapsiway y est d?ailleurs passée, tout comme le ?live painting? du peintre Djun.?C?est pas un pub, c?est plus classe. J?ai envie que des gens qui sont allés en Europe ou en Australie se disent qu?il y a à Maurice, une boîte comme ils en ont vu là-bas.? Vinaya Sungkur est en somme tournée vers les autres. Celle qui leur donne du plaisir. Qui les fait ?s?éclater?.
Et son nombril dans tout cela ? Il faudra insister. Que faites-vous en dehors de tout cela ? Entre répétitions, représentations et boîte de nuit, c?est que Vinaya n?a pas beaucoup de temps à elle. Alors ce qui lui reste est pour la famille. Son pilier, sa référence.
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