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Villages touristiques : Un nouveau produit pour démocratiser le tourisme

11 juin 2007, 20:00

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?Les touristes ont tendance à rester dans les hôtels et ne retiennent de leur séjour que la qualité du service et le cadre enchanteur?, déclare Kris Seeboo, ancien directeur général de l?hôtel Sainte-Anne aux Seychelles et membre du conseil d?administration de la compagnie ?Villages touristiques? créée le 1er juin. ?Nous souhaitons donc proposer un produit novateur, plus authentique qui marquera davantage les visiteurs que notre hôtellerie?, poursuit-il.

Les villages touristiques s?inscrivent dans la politique de démocratisation de l?économie prônée par le gouvernement. Ils tombent sous la coupe de l?Empowerment Programme. Un sous-comité présidé par Herbert Couacaud et une compagnie mêlant représentants des secteurs privé et public ont été créés spécialement pour ce projet. ?C?est un concept innovant tant dans la conception que dans l?exploitation?, insiste Kris Seeboo. ?Ce projet vise aussi l?interaction entre les touristes et les Mauriciens, il faut favoriser la perméabilité.?

?La démocratisation suppose la création d?opportunités pour les opérateurs potentiels.? Tous les acteurs des régions concernées sont appelés à s?investir dans le projet. L?intégration socio-spatiale est mise en exergue. Pour cela, la formation est l?un des paramètres essentiels. Pour exemple, David Martial nous confiait récemment que le centre de formation du projet Anahita n?était pas destiné uniquement à cet Integrated Resorts Scheme. Les formations dispensées dans ce centre peuvent donc servir aux futurs employés des villages touristiques. La stratégie de leur développement repose sur la synergie des acteurs d?une même région (hôteliers, restaurateurs, promoteurs?).

Les artisans appelés à opérer dans ces villages touristiques seront sélectionnés sur des critères précis : nature des matériaux utilisés, qualité du produit, prix. Pour cela, Enterprise Mauritius contribue en matière de développement de produits. ?Avec l?approbation de l?Empowerment Programme, nous proposons l?appui de spécialistes pour les petites et moyennes entreprises et les artisans afin qu?ils développent des produits en adéquation avec les attentes des touristes (prix, qualité, fragilité?)?, nous apprend Krishna Heeramun, d?Enterprise Mauritius.

L?interrogation qui subsiste concerne les revenus envisageables pour l?artisan. Bien entendu, le projet est une aubaine pour tout artisan d?autant que les boutiques seront aussi des ateliers. La valeur ajoutée est là. Les visiteurs, touristes et Mauriciens, pourront admirer le travail des artisans. La démonstration du savoir-faire et le faire-savoir (diffusion des techniques) rendent plus attrayante la visite d?un tel site. La différence avec un centre commercial tient notamment à cela.

Jean-Claude de l?Estrac, président de l?Empowerment Programme, espère que ce projet donnera ?le goût du risque, c?est-à-dire de l?entrepreneuriat?. La démocratisation de l?économie passe par la diffusion du modèle de l?entrepreneur. La peur de l?échec est relativement élevée. La synergie des acteurs et le cadre proposé par la compagnie des villages touristiques visent en quelque sorte à créer des filets de protection. Cela ne signifie pas que le risque n?existe pas. L?opérateur, l?artisan, le prestataire de services, sont maîtres de leur petite entreprise. L?accompagnement proposé pour la mise en place des projets, l?appui et les conseils en termes de qualité des produits, de prix, de services limitent les risques.

Pour Eric Latulipe, artisan travaillant la fibre de verre, ?les villages touristiques sont une bonne idée pour les créateurs, ils offrent un débouché à nos ?uvres?. Il faut que les produits soient le reflet de l?île. Par exemple, ?il est aussi possible de personnaliser les produits en fonction des demandes de la clientèle?, avance cet artisan. Dès lors, on peut d?autant plus parler d?artisanat car le produit est unique, typiquement mauricien et comble les attentes de l?acheteur. Qui plus est, un tel site peut favoriser l?émulation entre les différents artistes et artisans. Eric Latulipe pense que ?les artisans peuvent voir comment travaillent leurs confrères, quelles sont leurs techniques, apprendre à utiliser de nouveaux matériaux ou même travailler ensemble?.

La direction des villages touristiques insiste sur le cachet mauricien des produits. La plupart des produits vendus dans les marchés ou le craft market sont originaires d?Asie ou de Madagascar. La mise en place d?un label made in Mauritius permettrait de garantir l?authenticité du produit. ?Nous souhaitons revaloriser les produits mauriciens, et dans la mesure du possible les produits typiques de la région où est implanté le village touristique?, confie Kris Seeboo. Eric Latulipe abonde dans le même sens : ?Les produits importés doivent être interdits pour donner de la valeur à l?artisanat mauricien, pour qu?il s?épanouisse vraiment.?

Les artisans seront sélectionnés à travers des critères précis. La qualité est primordiale, mais aussi le prix, l?originalité, l?origine et la nature des matériaux. ?Il faut que l?on arrête de prendre les touristes pour des imbéciles !? s?exclame Kris Seeboo.

Les villages touristiques sont appelés à étoffer l?offre de produits touristiques. Le pari est de réussir à proposer des produits artisanaux de qualité, une restauration ?typiquement mauricienne? et de favoriser par l?entrepreneuriat l?intégration des populations locales. Si les villages touristiques se veulent la vitrine d?un rêve made in Mauritius, il est bien entendu nécessaire qu?ils ne soient pas destinés uniquement aux touristes. Les Mauriciens doivent aussi y trouver leur compte.

Démocratiser le secteur du tourisme par les villages touristiques est une initiative louable. L?implication de l?ensemble des acteurs du secteur dans chacune des régions concernées devrait aider au succès de ce projet. Il ne reste qu?à espérer que les populations locales, les artisans surtout, trouvent leur compte dans ces villages. Des produits artisanaux à la restauration, c?est bien de l?image de Maurice qu?il s?agit. Maurice mérite d?être connue pour autre chose que ses plages, son lagon et ses hôtels de luxe. Les villages touristiques ont une carte à jouer dans cette perspective. La gageure est d?éviter la constitution de pôles d?attractivité qui ne sont pas en lien avec l?espace environnant.

Gilles RIBOUET

Les sites choisis

■ Le premier village touristique verra le jour à Belle-Mare d?ici l?année prochaine. Trois autres sites ont été identifiés pour les prochains villages : Grand-Baie, Flic-en-Flac et Le Morne. L?implantation de ces projets sur les littoraux s?explique par la nécessaire masse critique de touristes pour la viabilité des projets. C?est pourquoi les côtes sud et sud-est n?ont pas été retenues. Toutefois, il aurait été intéressant qu?un village touristique soit construit dans l?intérieur du pays, par exemple à Quatre-Bornes, idée précédemment évoquée, ou Pamplemousses. Il est vrai que les touristes ne sont que de passage dans ces localités. Cependant, les Mauriciens pourraient également profiter plus aisément de ces villages et les touristes inscrire dans leurs itinéraires de nouveaux lieux. L?architecture des villages devra tenir compte des spécificités régionales et s?intégrer au mieux aux sites identifiés. Un appel d?offres a été lancé à ce sujet. Les architectes sont invités à soumettre au sous-comité de l??Empowerment Programme ? en charge des villages touristiques leurs projets en tenant compte des particularités du lieu et des influences patrimoniales locales. Au total, les sites identifiés devraient renforcer les pôles touristiques dominants.

Refléter l?âme mauricienne, sans la folkloriser

■ La culture aura une place importante dans les villages touristiques. Expositions de peintures et de sculptures, animations musicales et autres spectacles devraient animer les villages. Les jeunes artistes des localités aux alentours seront invités à y exposer leurs ?uvres. Cela participe à l?intégration sociale des populations. De cette manière, la créativité est promue et soutenue. Ces ?uvres devraient également pouvoir être vendues. L?art trouve une place centrale dans ce projet.

Par ailleurs, Kris Seeboo aimerait voir ?un grand spectacle mauricien dans lequel se mêleraient toutes les influences du pays?. Les centres culturels pourraient être appelés à participer à un tel projet. Très clairement, il s?agit d?offrir aux visiteurs un aperçu de la culture mauricienne. Pour autant, il est impératif de ne pas tomber dans le folklore, dénué d?âme. À trop vouloir vendre une image de Maurice, on risque de folkloriser les éléments de sa culture.

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