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Victoire oui, mais?

17 juillet 2006, 00:00

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Ce qui est à nous est désormais à tous. L?Aapravasi Ghat est devenu patrimoine de l?humanité le 12 juillet. Si la bataille de la reconnaissance mondiale est gagnée, reste celle de la connaissance nationale. Soyons francs. Alors que les projecteurs de l?Unesco sont braqués sur le site de Trou Fanfaron, nombreux sont nos concitoyens qui ne savent pas où se trouve l?Aapravasi Ghat, encore moins à quoi il servait, ni sa portée en tant que symbole dans l?histoire de l?engagisme.

Il nous semble que la vraie bataille ne fait que commencer. Celle de la conscientisation. Celle qui consiste à susciter le sentiment d?appartenance nationale. Il y a encore du chemin à faire pour que l?Aapravasi Ghat ne soit pas d?importance qu?aux seuls descendants des 450 000 travailleurs indiens qui y ont débarqué entre 1849 et 1910.

Seules des actions concrètes aideront tous les Mauriciens à comprendre le rôle qu?a joué ce site dans notre histoire. Il appartient à l?Aapravasi Ghat Trust Fund ( AGTF) d?envoyer les bons signaux pour motiver l?adhésion d?une population qui connaît mal son passé. Savoir si on donne les outils à cette population, notamment au niveau éducatif, pour le faire, est un autre débat.

Des outils pour préserver le site, l?AGTF en aura bien besoin. Certes des amendements à l?AGTF ?Act?ont été introduits au Parlement mardi. Est-ce que ce sera suffisant ? Car il faut bien comprendre que l?inscription d?un site sur la liste du patrimoine mondial n?est pas un acquis permanent. Y rester requiert l?entretien régulier du site, au risque d?être transféré sur la liste du patrimoine mondial en péril, avant d?être purement et simplement rayé de la liste.

Les germes de danger potentiel sont clairement identifiés dans le rapport d?évaluation technique de l?Unesco. ?La zone tampon (zone protectrice autour du site) ne possède actuellement aucun statut juridique. Elle n?est protégée que par des engagements apparemment exclusivement verbaux du maire de Port-Louis et des autorités portuaires?, écrivent les experts.

?Au vu des pressions dues au développement, ce point est source d?inquiétude (?) Tous les bâtiments situés immédiatement à l?ouest de la zone principale, s?ils sont pour la plupart protégés en qualité de monuments nationaux, sont vides et proches pour certains d?un état de ruines total. Au-delà de cette zone se trouve le nouveau projet urbain de bord de mer du Caudan (?) L?envergure et la hauteur des bâtiments proposés écraseront le site et pourraient avoir un impact sur les abords des marches du quai. Le plan inclut de surcroît la démolition pure et simple ou la modification radicale de plusieurs monuments nationaux.?

Édifiant n?est-ce pas ? Replaçons-nous dans le contexte. Celui d?une économie qui veut compter sur le tourisme culturel. Comment réconcilier les demandes du Caudan (halte commerciale touristique par excellence) et les exigences d?un site ?fragile?( le mot est de l?Unesco) ?

Exemple : le site n?a pas de parking pour les visiteurs. Les autorités sont-elles prêtes à affronter une nouvelle pagaille du trafic routier dans une zone déjà engorgée la majeure partie de la journée ? Nous sommes condamnés à avancer. Au nom de l?Histoire.

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