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Vers une déréglementation ?inéluctable?

20 juillet 2004, 20:00

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Pour les groupes sucriers, la réforme annoncée mercredi 14 juillet par Bruxelles n?a rien d?une surprise. Tout au plus pensaient-ils être tranquilles jusqu?en 2006, année d?expiration du système des prix garantis et des subventions à l?exportation négocié dans le cadre de la politique agricole commune.

Les industriels n?ont pas attendu d?être au pied du mur pour réagir. Lancée il y a tout juste trois ans, avec le rachat du français Saint-Louis par l?allemand Südzucker, la concentration dans le secteur visait essentiellement un objectif : grossir pour pouvoir affronter la déréglementation à venir. Début 2001, Béghin-Say et Saint-Louis Sucre contrôlent à eux deux 70 % du marché français et occupent respectivement les deuxième et quatrième rangs européens. Malgré ce duopole national et l?existence de producteurs de dimension européenne, la filière sucre n?est pas assez concentrée. La déréglementation implique la création de groupes suffisamment imposants pour réaliser des gains de productivité et affronter la concurrence des pays du Sud. Il s?agit également d?être en position de force pour négocier avec les groupes agroalimentaires de dimension mondiale (Danone, Coca-Cola, Nestlé, Mars...), grands clients des sucriers, qui souhaitent signer des contrats dits ?multipays?.

En juin 2001, l?allemand Südzucker renforce son leadership mondial en s?offrant le numéro deux français, Saint-Louis Sucre. Le numéro un français et deux mondial, Béghin-Say, change de mains à son tour en novembre 2002. Il est repris par le consortium Origny-Naples, qui regroupe deux coopératives sucrières françaises (Union SDA, la première en France, et BS +), ainsi que la Confédération générale des planteurs de betteraves. Le nouvel ensemble contrôle alors toute la filière sucre, de la production à la commercialisation en passant par la transformation.

Des positions fortifiées

Outre cette concentration, les Français se sont préparés à la réforme européenne en investissant dès 2000 dans la canne à sucre brésilienne, leur principale concurrente.

Cette marche vers la concentration s?inscrit dans une tendance mondiale. Aux Etats-Unis, trois groupes réalisent 71 % du chiffre d?affaires, tandis que les quatre premiers producteurs japonais tiennent 75 % du marché. L?Europe accuse certes encore un peu de retard, puisque la part de marché cumulée des quatre plus grosses sociétés sucrières de l?Union européenne est inférieure à 50 %. Mais l?Union compte des champions qui pèsent sur le marché.

Après ces grandes man?uvres, la France et l?Allemagne semblent avoir fortifié leur position et fournissent aujourd?hui près de la moitié des 20 millions de tonnes produites par l?Union européenne chaque année. La réforme annoncée par Franz Fischler, le commissaire européen à l?agriculture, risque en revanche de faire de la casse dans les pays où des petits producteurs exploitent des terrains parfois peu rentables. Mercredi, à Bruxelles, quelque 800 manifestants, venus principalement d?Espagne, d?Italie, du Portugal et d?Irlande, contestaient la réforme présentée. Déjà, ?au cours de la dernière décennie, quelque 17 000 emplois liés à l?industrie du sucre ont été supprimés?, souligne-t-on à Bruxelles.

?La réforme maintiendra la production de sucre dans l?Union à un niveau viable et concurrentiel?, a promis, mercredi, la Commission. Mais elle n?a pas manqué de le rappeler : ?Alors qu?on comptait 240 sucreries dans l?Union en 1990, il n?en restait plus que 135 en 2001. Cette tendance va se poursuivre?, prévient l?exécutif européen.

Vincent de Longueville

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