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Vendre du vent
Le piège s?est refermé sur Sylvio Michel. Il a pendant longtemps leurré ses partisans en leur faisant miroiter la possibilité d?un enrichissement facile. Inéluctablement sa base allait lui demander des comptes un jour ou l?autre. Depuis quelques semaines la pression était devenue insupportable pour lui. Il a finalement dû plier bagage pour sauver la face.
Le chef du gouvernement s?est pourtant employé à calmer le jeu à plusieurs reprises, notamment quand le ministre s?était abstenu de voter la loi sur les OGM. Le leader de l?alliance gouvernementale ne le rappelait pas à l?ordre non plus quand il boycottait la plate-forme commune de la majorité pour le 1er mai.
La campagne de Sylvio Michel sur la ?kestion konpansasion? portait en elle les germes du divorce. La demande des Verts-Fraternels n?était ni réaliste ni réalisable. Elle ne pouvait aboutir à aucun résultat concret.
Le leader du parti a néanmoins donné de l?espoir à ses partisans allant jusqu?à les pousser à s?enregistrer pour établir un arbre généalogique censé donner droit à une réparation en tant que descendant d?esclaves. Son ?komite nasional? y a cru. Lui, un peu moins, même s?il jouait le jeu. Il gonfla à bloc ses partisans en s?accrochant au slogan mobilisateur sur la réparation. Fatalement, le temps de la désillusion devait arriver. Dès lors, les déçus n?allaient laisser d?autre issue à leur leader que de partir. Visiblement, Sylvio Michel n?aurait pas quitté son poste si cela ne dépendait que de lui. Mais il y a des occasions où un leader est forcé de suivre ses partisans plutôt que l?inverse.
La question d?une compensation directe est politiquement efficace car chargée d?émotion mais elle n?a aucune chance de réussir. Au contraire, elle relève d?une aberration totale. Il suffit de réfléchir sur deux questions simples pour dissiper toute illusion qui subsiste encore à son propos. Qui doit payer ? L?Etat, c?est-à-dire chaque contribuable ou alors les descendants des propriétaires d?esclaves, qui, eux, ne sont responsables d?aucun crime. Qui faut-il compenser ? Dans une population qui compte des ?enfants de mille races?, bien malin est celui qui établira la composition raciale du sang de chacun d?entre nous.
Si on réfléchit, au lieu de s?émouvoir, on comprendra que la compensation ne peut avoir un fondement juridique acceptable dans un pays avec des normes modernes. Dans un Etat de droit, on ne rend de comptes que pour ses propres actes, pas pour ceux de ses ancêtres.
Il est plus raisonnable d?aborder la question de réparation dans une perspective collective qu?individuelle. Il est possible d?envisager une compensation par les anciennes puissances esclavagistes aux Etats qui ont souffert du phénomène. Même là, les choses ne sont guère simples. Contrairement aux idées reçues, les pays du Nord n?ont pas été les seuls à ?uvrer dans la traite. Des historiens ont estimé que le nombre de Noirs mis en esclavage par les Arabo-Berbères s?élève à 20 millions. Des souverains africains et des chefs de tribus vendaient eux-mêmes aux Arabes ou aux Européens des esclaves.
La lutte pour la reconnaissance de l?esclavagisme comme un crime contre l?humanité est un combat juste et éthique. Elle le demeurera tant qu?on ne la réduit pas à un problème de sous.
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