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Une île de 59 arpents louée à une roupie par an

29 novembre 2007, 00:00

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Le tollé suscité, en 2007, par les terres de l?Etat mises à la disposition de proches du pouvoir n?a rien de nouveau. Nos plumes les plus satiriques se déchaînent souvent contre ce qu?il convient de nommer «le festival des Terres». Il ne s?agit que d?une énième répétition des «scénarios inépuisables». Nous avons le choix entre deux versions. 1. Des partis d?opposition où des journaux dévoilent les tristes dessous d?un scandale foncier bien juteux et en font leurs choux gras. Les partis d?opposition s?engagent à rectifier le tir, dès leur retour au pouvoir, et à tout mettre en ?uvre pour que pareil scandale ne se reproduise jamais plus. 2. Des partis politiques, nouvellement parvenus au pouvoir et accédant enfin à des documents, demeurés secrets et surtout compromettants pour leurs adversaires, mettent à nu telle ou telle de leurs turpitudes, annoncent les mesures de correction qui s?imposent mais que nous attendons toujours. Nous en voulons pour preuve l?éternel scandale de la sous-utilisation des terres de l?Etat ou de leur mise indue à la disposition de quelques nouveaux privilégiés. Il demeure entier et continue de révolter ce qu?il reste de conscience aux Mauriciens. La seule variante à pareille peste, dans une île aussi exiguë que la nôtre et où la densité démographique est d?environ 650 personnes au kilomètre carré, tient au fait que les partis au pouvoir font preuve d?une fringale foncière insatiable, rackettant des milliers additionnels d?arpents, à distribuer, peut-être à de nouveaux privilégiés.

Ce scandale est d?autant plus grand que le remède à un tel fléau est la chose la plus facile à réaliser immédiatement. Dès qu?expire le bail approprié à une terre de l?Etat, il suffit d?abord de ramener sa longévité à une durée économiquement raisonnable et ensuite de le mettre à la disposition du plus offrant, après un appel d?offres effectué et examiné dans la transparence voulue.

En novembre 1982, Le Nouveau Militant publie un article pouvant faire les délices des locataires 2007 les plus démagogues de l?Hôtel du GM. Il s?intitule : Collaboration secteur privé et administration travailliste. Une île de 56 arpents louée pour une roupie à une propriété sucrière. Le bail expire en... 2060. La moyenne de location pour les autres îles : Re 1.68 l?arpent. Nous pouvons seulement ajouter : Qu?est-ce qui a changé depuis, pendant le quart de siècle écoulé ?

Le Militant révèle à ses lecteurs que 19 îles autour de Maurice, d?une superficie totale de 792A25, sont louées à des particuliers et à des sociétés pour la somme annuelle de Rs 133 640.40, soit une moyenne de Re 1,68 l?arpent. Il annonce avec fracas que certains de ces baux arriveront à expiration au XXIe siècle, le nôtre en l?occurrence, sans même se rendre compte que cela ne fait, en 1982, qu?une vingtaine d?années dans la majorité des cas. En effet, plusieurs de ces baux du XXIe siècle, ainsi décriés, en 1982, sont déjà arrivés à expiration. Le bail devant arriver à expiration en 2060, comme annoncé en sous-titre, concerne celui de l?Ilot Brocus, accordé à MTMD par le gouvernement travailliste d?avant le 11 juin 1982.

Ce bail concerne une superficie de 56 arpents. Il coûte au bénéficiaire une roupie par an. Il s?agit donc d?une générosité du PTr à l?égard d?un des plus puissants groupes sucriers de l?époque, le groupe Lonrho de Peter White, devenu depuis Illovo. Les autres baux du XXIe siècle semblent avoir expiré depuis. Il s?agit notamment de l?Ilot de la Batterie à Trou d?Eau Douce, loué aux héritiers d?Hector Paturau jusqu?au 30 juin 2000, l?îlot de Pointe de Flacq, loué à la société Cekireste jusqu?au 30 juin 2000, l?île aux Deux Cocos à Blue Bay, loué au Dr François Darné, grand ami de SSR et ancien ambassadeur de Maurice à Paris, jusqu?en 30 juin 2002, Le Mouchoir Rouge à Mahébourg, loué à Mme René Maigrot jusqu?au 30 juin 2000. Il y a encore le Coin de Mire de 180 arpents, classé réserve naturelle, et loué à la Société Rouillard pour Rs 500 par an jusqu?au 30 juin 1989. La Compagnie Hôtel des Iles Ltée loue l?île aux Cerfs de 300 arpents 83 perches, les Rocky Islands d?un arpent et 42 perches et les Pas Géométriques Lenferna, pour Rs 108 298 par an jusqu?au 30 juin 1985. Claude Bourgaut du Coudray loue l?îlot Crevette (1A40) pour Rs 840 par an jusqu?au 23 février 1988. La Mahébourg Lime Co. Ltd loue l?île aux Singes de 63 perches et l?île aux Chats de six perches pour Rs 500 par an jusqu?au 30 juin 1998. M.A.K. Sonoo loue l?île aux Fourneaux de 30 arpents pour Rs 1 000 par an jusqu?au 30 juin 1992. Notons l?absence de l?île aux Bénitiers dans cet article. Il rappelle que l?îlot Fortier, Rivière Noire, est considéré comme propriété privée.

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