Publicité

Une surcharge de 5 % met en rogne les producteurs

10 novembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Nous avons notre ministre du Commerce, dont le passe-temps favori semble être de multiplier et de collectionner les mécontents autour de lui (ensacheurs de lait en poudre, fabricants de sacs en plastique et de fers de construction, vendeurs de gaz ménager à des ménagères en colère, commerçants locataires exploités par des propriétaires d?immeubles sans scrupule, chauffeurs de taxi patentés ou maléré). Il n?est pas forcément le décisionnaire responsable de nouveaux règlements commerciaux et industriels contestés mais il les applique en dégageant les apparences d?une telle satisfaction personnelle, pour ne pas se référer, ici, à aucun divin marquis, qu?il devient aisément la cible d?un nombre croissant de professionnels frustrés et même outrés, qui oublient du coup que son ministère ne fait peut-être qu?entériner de nouveaux diktats provenant du côté des Finances.

La situation tend à se répéter à un quart de siècle d?intervalle, quitte à faire regretter davantage l?ère de la déréglementation maximale et de l?abolition, dans la mesure du possible, des contrôles gouvernementaux de l?ère bénie de Vishnu Lutchmeenaraidoo.

Au début de novembre 1981, à l?issue donc d?une nouvelle dévaluation de 20 % de notre roupie, dévaluation baptisée ?appréciation de notre monnaie exagérément dépréciée? à l?Hôtel du gouvernement et dans la presse travailliste, le gouvernement ordonne que la surcharge de 5 %, visant à restreindre nos importations, s?étende à d?autres produits à compter du 31 octobre 1981. Les nouveaux produits concernent des importations aussi vitales que les commandes d?équipements et d?appareils industriels ou encore celles de matières premières. Il est même précisé que les importateurs concernés, c?est-à-dire la majorité des industrielles de la zone franche manufacturière, n?ont droit à aucune exemption.

Les secteurs commerciaux et industriels font tout de suite savoir que de graves répercussions sont à prévoir, sans compter que les commandes doivent désormais obtenir au préalable l?aval gouvernemental. On voudrait condamner l?île Maurice au chômage technique qu?on n?agirait pas autrement. Commerçants et industriels frémissent en pensant à la montée d?adrénaline que ces nouveaux pouvoirs administratifs et bureaucrates peuvent procurer à des fonctionnaires, ne comptant pas que sur leur pouvoir de véto pour se doter d?une importance qu?ils ne parviennent pas à acquérir autrement. La balance des paiements se portera peut-être mieux mais il en ira autrement de l?harmonie sociale quand commerçants et industriels se mettront à licencier, faute de pouvoir opérer à plein régime, en raison de nouvelles tracasseries bureaucratiques. Que faire, en effet, d?une armée de vendeurs et d?ouvriers, s?il y a moins d?articles à vendre ou à produire ?

M. Ramkalawan, de la Shops? Owners Association (SOA), se plaint déjà du gaspillage, pendant les années de boom, de précieuses devises étrangères, notamment dans l?achat de voitures luxueuses pour devoir ensuite faire des économies de bout de chandelle sur des commodités de première nécessité ou encore sur l?importation d?équipements industriels et de matières premières.

Les producteurs font entendre leur voix, à leur tour. Le Stamp Duty de 5 % est tout simplement un bâton dans les roues de l?industrie mauricienne. La zone franche apparaît encore plus en péril qu?auparavant. Déjà la majoration de ses coûts de production réduit d?autant sa compétitivité. La voilà qui doit jongler, du jour au lendemain, avec les règlements kafkaïens, préalables à toute importation. La plupart des industriels locaux sont déjà liés par des contrats antérieurs avec des acheteurs qui n?entendent pas prendre à leur charge cette surcharge de 5 % imposée tout de go. Les entrepreneurs locaux doivent alors l?assumer, en réduisant d?autant leurs coûts de production, notamment en licenciant leurs employés surnuméraires. En attendant, le volume de marchandises bloquées en douane, pour cause de surcharge de 5 % impayée, augmente de jour en jour.

Les commerciaux butent pour leur part sur le flou persistant entourant la possible inclusion d?articles de première nécessité sur la liste de produits dont l?importation est désormais sévèrement contrôlée. Le marché noir, en revanche, frétille à l?idée de possibles fructueuses spéculations et autres magouilles pour faire entrer clandestinement des marchandises, se trouvant dans le collimateur de Messieurs les Douaniers.

Pour corser le tout, des importateurs de tous poils (commerciaux et industriels) signalent que des demandes de permis d?importation, déposées au ministère du Commerce et de l?Industrie, ne reçoivent aucune réponse. Ils ne savent même pas si elles ont été remises au bon guichet. Il n?y a pas à dire : il faut avoir la fibre patriotique bien aiguisée pour être entrepreneurs sous un gouvernement travailliste.

Se multiplient alors les réunions à l?Hôtel du gouvernement, confrontant hauts fonctionnaires imbus de leur importance parasitaire et chefs d?entreprise aux abois. Le bon sens finit par prévaloir mais après bien des parlottes confortant le complexe de supériorité du civil servant et dégoûtant davantage les producteurs. Bon prince, le gouvernement consent enfin à exempter la zone franche manufacturière de cette surcharge insensée de 5 %. Le back pedalling se pratique déjà en novembre 1981.

Publicité