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Une répression brutale

8 octobre 2007, 00:00

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A quoi jouent les généraux de Naypyidaw, dans leur capitale factice, en pleine jungle birmane ? Les signaux contradictoires ne manquent pas. Le numéro un de la junte, le général Than Shwe, a fini par recevoir l?émissaire de l?ONU, Ibrahim Gambari, après lui avoir fait subir une attente humiliante, mais qualifie son passage de ?visite de courtoisie?. Il veut bien rencontrer Aung San Suu Kyi, principale figure de l?opposition birmane et Prix Nobel de la paix, assignée à résidence, mais ne suggère pas pour autant de la libérer. Préalablement, il exige qu?Aung San Suu Kyi renonce à toute velléité de ?confrontation?, mais rend public un bilan des arrestations de civils ? plus de 2 000 ? d?autant plus inadmissible que tout porte à croire qu?il est bien en deçà de la réalité, après la répression brutale, à balles réelles, des manifestations pacifiques.

Cette junte jusqu?ici si hermétique aux pressions de l?extérieur semble vouloir faire passer le message que, cette fois, elle entend. Cela ne l?empêche pas, pourtant, de continuer à fonctionner dans l?opacité la plus totale ni de maintenir un black-out impitoyable sur l?information. L?Internet est toujours coupé, le réseau de téléphonie mobile extérieur paralysé, de nombreuses lignes téléphoniques suspendues, et les consulats de Birmanie n?accordent plus de visas aux touristes, afin d?éviter les visiteurs trop curieux, les journalistes, par exemple.

A l?heure de la mondialisation, les généraux ont franchi un degré supplémentaire dans l?isolement de leur pays. Leur calcul est simple : très vite, le monde extérieur, privé de son régime quotidien d?images, passera à d?autres émotions et oubliera la Birmanie.

Il ne faut pas tomber dans le piège. Si les généraux birmans tendent la main à l?opposition, même dans un gant de fer, il faut les y encourager, mais sans jamais relâcher la pression. Cette pression, toutefois, ne peut guère s?exercer directement : les Occidentaux sont largement hors jeu dans cette affaire, et ni la présence de Total ni celle de Chevron n?y changent quoi que ce soit.

Mais ils peuvent agir plus efficacement auprès des pays de la région, qui, eux, ont des leviers directs. Le ?grand frère? chinois, en priorité, mais aussi l?Inde, qui vient de signer des accords d?exploration pétrolière avec la Birmanie, et surtout les pays du Sud-Est asiatique. La Thaïlande ? qui tire près de 30 % de son électricité de la Birmanie, dont elle est le premier partenaire commercial ? et Singapour, bien placé aussi dans les échanges avec la Birmanie, dont les généraux apprécient autant les médecins que le secret bancaire, ont les moyens d?agir. Le 27 septembre, l?Association des nations d?Asie du Sud-Est (ASEAN) a vigoureusement condamné la répression. Le geste, sans précédent, est important. Mais il ne suffira pas. L?Europe et les Etats-Unis doivent en convaincre les dirigeants de l?ASEAN.

© Le Monde 2007

Distribué par The New York Times Syndicate (Editorial paru le 6 octobre 2007)

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