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Une querelle de famille qui se termine en fratricide

21 février 2004, 20:00

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Des vêtements claquent au vent, couvrant les cris joyeux des enfants qui jouent. Impassible, une femme met du linge à sécher sur le toit de la maison des Casimir, avenue des Brigands, à Bambous. Finissant sa besogne, la cuvette calée sur ses hanches, elle passe devant la chambre qu?occupe sa nièce Christelle, prenant soin de ne pas se blesser avec les débris de verre qui jonchent le sol. Évitant le sang séché sur le dallage, elle soupire. C?est ici que Christelle, 20 ans, a poignardé son frère aîné, Gino, 22 ans, lors d?une violente dispute mercredi dernier. En voulant échapper à Gino qui la poursuivait avec un tesson de bouteille, elle l?a mortellement atteint au c?ur avec un couteau de cuisine.

L?esprit chauffé

Prostré, leur père Makenzie est doublement affecté par le malheur qui l?accable. Il vient en effet d?enterrer un fils et il ne sait plus trop quoi faire pour tirer sa fille de ce mauvais pas. Des journalistes venus le rencontrer vendredi ont conseillé à l?époux de Christelle de retenir les services d?un avocat pour qu?elle soit libérée sous caution. Ils sont partis à Port-Louis pour en trouver un. Plus de trois heures viennent de s?écouler depuis. Pour contenir son impatience, Makenzie écoute d?une oreille distraite les commentaires de quelques proches sur la tragédie. « Pauvre tifille là, li pé défane li et sane coup là li dans prison? », déplore une vieille matante.

Las, Makenzie refait le chemin qu?a emprunté Gino en pourchassant sa s?ur. Devant la chambre de Christelle, ses yeux fixent le tesson de la bouteille de bière que Gino avait à la main. Il revoit la scène telle que l?a racontée Christelle avant qu?elle ne soit emmenée au poste par les policiers. Il est environ 19 heures mercredi lorsque Gino rentre, l?esprit chauffé à bloc après quelques bières. Il lance à la ronde : « Mone bwar zordi, zot pou conné kisane là mwa? ». Il s?en prend verbalement à sa mère Lorenza à propos d?une dispute de la veille. Mardi, son épouse, Nella, avait en effet eu maille à partir avec Christelle à propos des enfants qui jouaient au ballon sur le toit. Nella était furieuse après les enfants car, à chaque fois que le ballon retombait sur le sol, le bruit réveillait son nourrisson.

Christelle, en plaisantant, a alors demandé aux enfants d?aller jouer au stade de Bambous. Mais Nella a mal pris mal cette remarque. Elle confie l?incident à Gino qui promet d?y remédier.

Il s?en prend à Christelle, mais doit calmer sa colère sur l?intervention de Makenzie. « Line pane kapav fer narien car mo ti là pou défane li », explique ce dernier. Mais mercredi, en l?absence de son père, il recommence de plus belle ses récriminations. Lors de la prise de bec, Christelle conseille à sa mère de lui fermer sa porte au nez. Fou de rage, Gino menace de la frapper. Prise de panique, Christelle monte se réfugier chez elle.

Un c?ur qui saigne

Gino la poursuit, brise avec un morceau de parpaing la vitre de la porte qu?elle tient fermement pour l?empêcher de pénétrer chez elle. Des débris de verre, atterrissent sur son lit. Christelle qui ne peut plus retenir la colère de son frère, se rue dans sa kitchenette. Mais c?est un cul de sac. Armé d?un tesson de bouteille, Gino s?apprête à se jeter sur elle. Mais Christelle, dans une dernière tentative pour se défendre, a déjà saisi un couteau. Gino s?y empale et perd son sang abondamment. La police est alertée et Gino est transportée au service des urgences de l?hôpital Jeetoo, à Port-Louis, où il décède trois heures plus tard.

Depuis que la brigade criminelle est passée pour prélever des indices, Makenzie n?a pas eu le courage de tout nettoyer. Il pense toujours à sa fille unique qui croupit en cellule avec une inculpation provisoire d?assassinat. Son c?ur de grand-père saigne également. Depuis le drame, Nella a abandonné le toit familial, emmenant ses deux enfants avec elle et laissant un homme ravagé par la douleur.

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