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Une nuit sous tension
«La situation est critique», dit-on en haut lieu au Bureau du Premier ministre. L?on est certes loin de la panique du 26 mars dernier, mais l?inquiétude est bien là. Une trentaine de personnes de la Cyclone & Other National Disasters Committee devraient se rencontrer ce matin à 9 heures pour faire le point sur la situation et décider de la marche à suivre.
Durant la soirée d?hier, l?on se préparait au pire. Même si la journée s?est déroulée sans incidents majeurs, l?on voyait déjà se dessiner le scénario de la dernière fois. Déjà, à 16 h 30, les services météorologiques prévoyaient que les pluies allaient durer encore une bonne journée. Il a donc été décidé de maintenir l?avis de pluies torrentielles.
Et à ce moment de la journée, les chiffres étaient impressionnants. Pas moins de 270 mm et 235 mm de pluies s?étaient abattus respectivement à Providence et à Nouvelle-Découverte, de 16 heures mardi à 16 heures hier. A titre de comparaison, le précédent record enregistré à Providence pour le mois de septembre était de 107,9 mm de pluie en 24 heures. C?était le 9 septembre 1989. «C?est un record absolu pour le mois de septembre. En un jour, nous avons enregistré plus de pluie que pour tout un mois de septembre. Il y a eu 111 % de plus que la moyenne», indique Balraj Dunputh, directeur de la météo de Vacoas.
La terre étant déjà gorgée d?eau, il était à craindre que les inondations et autres situations périlleuses ne s?aggravent. «L?on s?attend qu?il y ait des gens qui arrivent dans les centres d?accueil», prévoit Suresh Seebaluck, secrétaire au cabinet. Il est alors 18 heures. A peine deux heures plus tard, 14 personnes s?étaient réfugiées dans des centres d?accueil et 272 cas de maisons inondées, dont 230 dans la région Port-Louis Nord, ont été rapportés.
<B>La police en alerte</B>
Quant au ministère de l?Education, il n?a pas pris de risque. En début de soirée hier, un communiqué a été émis pour avertir de la fermeture de tous les établissements scolaires pré-primaires, primaires, secondaires et tertiaires ainsi que les centres de formation de l?IVTB aujourd?hui. Pas d?école donc pour une deuxième journée de suite. Seuls les chefs d?établissements et le personnel non-enseignant se rendront sur leur lieu de travail.
Le pire était encore à craindre. Car à hier soir, une quarantaine de maisons étaient déjà inondées, plusieurs routes et ponts impraticables et trois blessés légers, dont le député du Mouvement militant mauricien, Madan Dulloo, signalés. Un léger glissement de terrain à Chitrakoot ainsi que des bâtiments publics sous l?eau font aussi partie de ce bilan. Deux écoles, Bel-Air State Secondary School et l?école du gouvernement de Baie-du-Cap étaient complètements inondées.
Les services des sapeurs-pompiers ont été requis plus d?une centaine de fois. Souvent pour des cas mineurs. Mais il a aussi fallu déployer les grands moyens. Des accumulations d?eau, notamment à Cluny, ont exigé des interventions. A Anse-Jonchée et Bois-des-Amourettes, pour ne citer que ces endroits-là, les conditions sont tout aussi difficiles. Cependant, à 20 heures hier soir, le niveau d?eau avait baissé à Anse-Jonchée, Macondé et Bambous-Virieux, et les routes y étaient à nouveau praticables.
Contrairement au 26 mars, quand les pluies torrentielles étaient plutôt localisées, cette fois-ci elles se sont abattues sur tout le pays, devait indiquer Suresh Seebaluck lors d?un point de presse hier matin. Quant à la force policière, elle est sur le qui-vive depuis mardi soir. Après identification d?une dizaine de zones à risque, des unités de la Special Mobile Force, de la Special Supporting Unit et de la force régulière y ont été placées en alerte. Sous le commandement du commissaire de police par intérim, Jean Bruneau, ils sont parés au pire.
En fait, toute la machinerie s?est mise en branle à 4 h 15 hier matin lorsque les services météorologiques avertissent Suresh Seebaluck. L?avis de pluie torrentielle est déclenchée. «Les conditions étaient réunies pour émettre l?alerte. Ce n?était pas un cas borderline comme la dernière fois. Je crois également que nous avons appris de nos erreurs», affirme Mamade Beebeejaun, directeur adjoint de la météo.
Le ministère de l?Education est alerté quelques minutes plus tard, vers 4 h 30. Celui-ci prend sur-le-champ la décision de fermer les écoles. Pas question de tergiverser comme le 26 mars dernier, qui avait vu la mort d?une fille, Laura Paul, emportée par les eaux à la sortie d?école en début d?après-midi. Cette fois, la leçon a été bien apprise.
<B>Patrick HILBERT</B>
<B>Chitrakoot glisse...</B>
■ De leur terrasse à Chitrakoot, Dhanraj Hookoom et son épouse regardent tomber la pluie. L?inquiétude se lit sur leur visage : «Nou pé bien prie ki avek sa lapli la, pa gagn gros glissement», lâche l?épouse de Dhanraj. Il est environ 19 heures et ils savent déjà qu?ils ne fermeront pas l?oeil de la nuit. A chaque avis de pluies torrentielles, ils vivent dans la hantise de voir s?élargir les fissures qui strient les murs de leur maison. D?autant plus que le secrétaire au cabinet, Suresh Seebaluck a, dans la matinée d?hier, fait état d?un glissement de terrain de 4 millimètres. Par la suite, il y a eu un autre glissement plus léger de 0,24 millimètre. Suresh Seebaluck, d?ailleurs, prévoyait à hier soir «des mesures urgences si la situation évoluait. Nous suivons la situation de très près.»
Le cas du couple Hookoom n?est pas isolé : cette inquiétude, d?autres familles du village la partagent, les murs de leurs demeures étant aussi couverts de fissures. Du salon à la cuisine en passant par la chambre à coucher, les murs de chaque pièce portent les séquelles du glissement de terrain.
Depuis le dernier glissement de terrain, la situation s?est aggravée. La cuisine coule à chaque grosse pluie. «Nou né pli capave viv dans bane conditions coumsa.» D?autres familles résignées ont abandonné leur résidence pour d?autres lieux plus sûrs. Et il y a ceux qui préfèrent la politique de l?autruche. Rencontrés à la boutique du coin, ceux-là préfèrent oublier cette menace en buvant un verre avec les copains. Dans le groupe, il y a aussi certains qui croient que ce problème de glissement de terrain est chose du passé : «Bane experts fine dire qui né pli pou éna ça.» Paroles d?experts qui ne rassurent nullement le couple Hookoom.
<B>Jane L.O?NEILL</B>
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