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Une nouvelle maison Mozart
La reconstruction du ?Petit Palais du festival? de Salzbourg aura ÈtÈ une course contre la montre, afin que tout soit fin prêt pour l?été 2006, sacro-sainte année Mozart oblige, qui voit donner, à Salzbourg, les 22 ouvrages scéniques du compositeur natif de la ville.
Le pari a été tenu : l?ancien b?timent, fermé depuis septembre 2004 et rebaptisé ?Ein Haus f¸r Mozart? (un bâtiment pour Mozart), a été officiellement inauguré en juin, lors d?un concert o˘ le directeur du Festival de Salzbourg, Peter Ruzicka, se produisait comme chef d?orchestre.
Il a été ouvert au public fortuné (les meilleures places coûtaient 600 euros), le 26 juillet, à l?occasion d?une formidable production des Noces de Figaro, dirigée par Nikolaus Harnoncourt et mise en scéne par Claus Guth (Le Monde du 28 juillet). Cela pour un budget de 29,07 millions d?euros, dont 8,7 à la charge du festival, qui a organisé une levée de fonds privés depuis plusieurs années.
Plusieurs fois réaménagée depuis sa construction en 1924, cette salle d?opéra était une horreur pour les yeux et ne g?tait pas davantage l?oreille. Mais il n?était pas envisageable d?en faire l?objet d?une radicalité architecturale : dans le vieux Salzbourg, il n?est pas question de remplacer le moindre volet, la moindre pierre sans l?aval de la toute-puissante Altstadtkommission, la commission chargée des aménagements de la vieille ville. Le résultat, signé d?un consortium qui comprend les bureaux d?architectes Holzbauer & Irresberger et Hermann & Valentiny und Partner, est, étant donné les contraintes imposées, un compromis entre une architecture contemporaine dépouillée et un copié-collé du b?timent voisin, le ?Grand Palais du festival? : même terne tonalité murale, mÍmes petites fenÍtres ?typiques?. Les adeptes du ?Salzbourg éternel? respirent : on a évité le syndrome Frank Gehry.
Conservatisme décevant
Tout aurait pu en rester à cette simplicité inoffensive. Mais trois atroces reliefs de bronze en hommage à des opéras de Mozart (Idoménée, Les Noces de Figaro et Don Giovanni), signés Josef Zenzmaier, ont été rajoutés sur la terrasse en façade, au premier étage. Au niveau du toit a été aménagée une autre terrasse, mais elle devrait être réservée aux VIP et aux riches donateurs. La vue qu?elle ménage sur la ville, ses dÙmes et ses clochers est superbe.
La salle compte 1 571 fauteuils, 250 de plus qu?autrefois, mais on note qu?il y a davantage de place pour les jambes des spectateurs et que les sièges sont plus larges. On regrette que l?esthétique générale ait sacrifié à un très conventionnel rouge et or, version patinée pour faire moins ?toc?, et à des murs en faux marbre du plus redoutable effet. Un conservatisme décevant.
La bonne surprise est que l?acoustique, confiée à l?un des ingénieurs acousticiens les plus réputés, le Munichois Karlheinz Müller, semble réussie. Mercredi 26 juillet, les musiciens de l?Orchestre philharmonique de Vienne, qui manquaient d?homogénéité, avaient presque le dernier mot sur les chanteurs, mais ceux-ci bénéficient toutefois d?une bonne projection sonore. Le son ?ronfle? un peu dans les nuances fortes, mais les pianissimos sont bien portés. Les instruments anciens devraient y bien sonner.
On souffrait naguère d?une sensation d?étouffement dans ce qui semblait une bien vilaine boîte àchaussures. Aujourd?hui, la partie gauche de la salle s?ouvre presque directement sur la rue : la lumière, l?air frais (et... le parfum du crottin des chevaux qui y baladent des attelages de touristes la journée durant) peuvent donc y pénétrer sans peine aux entractes.
©Le Monde2006. Distribué par The New York Times Syndicate.
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