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Une mission réussie malgré les lacunes?

16 octobre 2005, 20:00

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Le théâtre s?est transformé en scène de tournage le temps de la représentation de la troupe rodriguaise. Tant par les scènes d?action et les coups d?épée, tant par le décor très royal. Mission à Damas, par la troupe Dark Crystal, ravive le passé mouvementé et illuminé de Saul de Tarse, grand soldat romain qui participa à la tuerie d?innocents mais qui se convertit très vite en soldat de Dieu.

Dès le début, les artistes nous captivent. Luc Clair, metteur en scène, haut perché dans son rôle de Saul de Tarse, retient plus longtemps l?attention. Il se montre dans tout son mordant, toute sa ténacité pour ce rôle si difficile à interpréter.

De son long bâton, il frappe les planches du théâtre. Résonnant dans toute la salle comme un bruit incessant. De son timbre de voix, il parle encore et toujours de Dieu. Moralité qui sonne si bien au creux de cette personnalité. Luc Clair, accapare la scène. Il s?impose. Tel un guerrier à la conquête de la vérité suprême.

La pièce débute par un retour en arrière. C?est Saul de Tarse qui raconte comment il a été transformé. Sortant d?un tyran impitoyable pour se muter en un messager de l?Evangile. C?est devant un public toujours aussi absent des représentations que la troupe rodriguaise s?est montrée dans tout son naturel.

Des hic, il y en eut. Très anodins. L?on pourrait se demander pourquoi la plupart des acteurs ne se regardent pas dans les yeux. Qui fixaient-ils vers le haut ? Telle est la question. Certains en venaient à oublier leurs textes, se rattrapant sur quelques lignes. D?autres obtempéraient des gestes maladroits parfois, notamment les scènes de combats d?épée. Mais on leur pardonne ces fausses notes. La qualité d?adaptation a été tout à fait satisfaisante.

Une adaptation qui a beaucoup plu

Celui qui marque, c?est Luc Clair. Puissant tempérament d?acteur qui expire sa foi en Dieu sur scène. Convainquant dans son élocution, lorsqu?il prend le théâtre en otage et qu?il pousse un cri effroyable pour signifier toute sa douleur face aux reproches des deux incrédules passants qui l?accablent. Un frisson remonte le long des vertèbres du corps.

Joram ou Rockerdson Perrine ne parvient pourtant pas à nous persuader tout à fait dans son rôle de méchant. Il s?efforce malgré tout de se mesurer à la cinglante interprétation de Luc Clair. Quand il hache les mots et crache son envie de vengeance à la figure de Saul de Tarse. Ou encore, lorsqu?il n?hésite pas à emboîter le pas à ce dernier, dans un ultime combat. Joram, éternel ennemi de Saul de Tarse, jaloux et rancunier, qui voulait prendre la place de celui qui reçoit toutes les faveurs du roi. Allié de Joram, se tient, Kenaz, joué par Marley Gaspard. Personnage quelque peu fade, qui tente de se montrer traître. Les deux soldats de ce roi joué par une femme, Martine Gaspard, à la barbe débordante, sont pâlichons aussi.

Comme le dit Luc Clair, il est vrai que la pièce est difficile à comprendre. Malgré cette affirmation, l?adaptation a beaucoup plu. Téméraire initiative que de mettre en lignes cette histoire d?un grand soldat. Qui plus est, tout de créole vêtue. Magnifique témoignage rodriguais.

La langue se fait traduction de l?histoire. C?est même grâce à elle que le public parvient plus aisément à décrypter le passé si trouble de Saul de Tarse qui eut une révélation alors qu?il préparait une tuerie dans la ville de Damas.

Une scène de tournage en ?live?

Les jeux de sons, primitifs mais incrustant dans la pièce comme une touche d?une scène de tournage. On se croirait au cinéma, assistant en live à un combat ou à un remake de l?histoire de l?évangile. La pièce est superbement ficelée, par ses recherches de mots et son langage. La troupe rodriguaise a certes de l?expérience à acquérir mais elle reste quand même très prometteuse.

Luc Clair regrette quand même ?que le public ne soit pas nombreux.? Le Festival de Théâtre continue ce mercredi avec Les Chiommes de la troupe de Gaston Valayden, à 20 heures. Il sera clôturé avec Evolisyon des Komiko, vendredi 21 octobre, toujours au théâtre de Port-Louis.

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