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Une liste bloquée ébranle un congrès travailliste
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Une liste bloquée ébranle un congrès travailliste
Pendant que Bleus et Mauves s?affrontent, à l?occasion d?une élection municipale partielle, dans le fief bourgeois du PMSD, à Beau Bassin III, le Parti travailliste s?efforce de se réorganiser, en prévision d?élections législatives anticipées, paraissant inévitables, et de la possibilité, chaque jour plus plausible, d?une grande alliance anti-Bérenger. Celle-ci ne fait pourtant pas que des heureux. Plusieurs y émettent des réserves et des restrictions. Certains veulent bien d?une alliance anti-Bérenger mais excluant Boodhoo et Jugnauth ou encore Gaëtan Duval et son PMSD. D?autres en acceptent le principe mais à condition que Satcam Boolell en soit le Premier ministre désigné.
C?est donc dans ce climat délétère qu?un Parti travailliste, assez revigoré pour accueillir deux revenants de marque, en la personne de Satcam Boolell et de Yousouf Mohamed, tient congrès au collège Eden, à la fin de mai 1983. Une tentative d?imposer, aux congressistes travaillistes, une liste, bloquée à l?avance, des nouveaux membres de l?exécutif du parti met le feu aux poudres, au point de mettre en colère l?octogénaire Seewoosagur Ramgoolam. Il çappe lors cale et s?écrie que ce congrès est en train de faire le plus grand tort à son PTr, depuis le 11 juin 1982 de sinistre mémoire.
James Burty David s?évertue à voir, dans cette contestation de tentatives manipulatrices, l?expression du sain sentiment démocratique, prévalant au sein du PTr. Le remue-ménage est tel que la liste bloquée n?est pas avalisée «in toto» par les congressistes. Ils se prévalent du droit d?enlever de la liste bloquée les noms de l?ancien ministre ex-MMM, Suresh Moorba, et celui de J. Jhurry.
Selon les meilleures traditions travaillistes, les promoteurs de la liste bloquée consentent finalement à la gonfler en catastrophe, en y ajoutant les noms de quelques dirigeants additionnels, auxquels la rumeur et les méchantes langues attribuent une étiquette boolelliste. En tout cas, le congrès mouvementé avalise la présidence, enlevée à Harry Boolauck, pour être confiée à Satcam Boolell, et le retour au parti de Yousouf Mohamed, éphémère leader du P.I.M. (Parti Islamique Mauricien).
Dans son discours d?ouverture Seewoosagur Ramgoolam suscite l?ire des congressistes, en rendant un vibrant hommage à Anerood Jugnauth et à Harish Boodhoo. Satcam Boolell lui donne la réplique, en trouvant les leaders du MSM et du PSM «aussi coupables que Bérenger». Si les deux s?entendent pour rappeler ad nauseam les péchés dictatoriaux du MMM, Ramgoolam, père, entend faire ressortir que Jugnauth et Boodhoo ont empêché le pays de sombrer dans une dictature de gauche : Dire merci Bon Dié qui Jugnauth ek Boodhoo fine laguerre contre fascisme. Une voix s?élève alors dans l?assistance : ça même ça Boodhoo qui fine détruire ou, Chacha. Li fine appelle ou vié chicot, vache stérile ! Boolell confirme : Si quelqu?un a fait du tort au PTr c?est bien Harish Boodhoo.
L?assistance applaudit frénétiquement, oubliant que Boolell fut bien près, en 1980, avec une douzaine d?autres ministres et députés travaillistes, à se joindre à la contestation fomentée par le trio Boodhoo-Beedassy-Gungoosingh, au sein du PTr. Boolell est pour tenir la dragée haute à Jugnauth et à Boodhoo et il le prouvera à la première occasion, après la victoire de l?alliance Bleu-Blanc-Rouge du 23 août 1983 mais en se faisant révoquer par Anerood Jugnauth, avec qui péna katakata ! Sonah Ruchpaul présente des amendements à la constitution du PTr afin que ce parti s?accommode d?un exécutif encore plus vaste. C?est après le déjeuner que se corse le conflit de la liste bloquée que l?assistance refuse, de prime abord, d?avaliser. Il y a 70 sièges à pourvoir à l?exécutif et 132 candidats.
L?assistance force le secrétaire général à donner lecture de la liste des 132 candidats. A la demande de Ramgoolam, Boolell fait un plaidoyer en faveur de la liste bloquée dont l?objectif est d?assurer la réintégration, au sein de l?exécutif rouge, de ses principaux collaborateurs au sein de son défunt MPM (Mouvement patriotique mauricien). Boolell exige la présence de 25 anciens MPM au sein de l?exécutif du PTr. Yousouf Mohamed réclame celle de quatre anciens du PIM et fait état de garanties travaillistes qui lui ont été données antérieurement. On passe alors la parole à Seewoosagur Ramgoolam dans l?espoir qu?il ramènera l?ordre et l?unité au sein du PTr. A la surprise générale, il jette de l?huile sur le feu en s?écriant : Ou pas honté ! Zamais mo fin trouve ène comportement pareil. La pagaille est à son comble. Boolell propose une suspension de séance pour permettre de corriger la liste bloquée.
On trouve une formule consensuelle. Boolell lit un par un les noms des 70 membres du nouvel exécutif, en permettant à l?assistance d?approuver ou de rejeter chacun des noms cités à tour de rôle. L?assistance exclut, grâce à ce procédé, Suresh Moorba, Jugdish Jhurry, James Burty David et Shiva Sidaya. On parvient toutefois à repêcher ces deux derniers. Tout cela n?empêche guère les deux rescapés parlementaires du 11 juin 1982, France Roussety et Michael Glover, de se réjouir du renouvellement du PTr.
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