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Une industrie désorientée

8 avril 2007, 00:00

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L?enthousiasme mesuré que le Sugar Industry Efficiency (Amend-ment) Act a suscité depuis le 1er mars, a cédé la place à une situation d?inquiétude voire de désorientation. « C?est inquiétant. C?est le flou total », explique Jocelyn Kwok, secrétaire général de la Chambre d?agriculture. « C?est à se demander si le plan de réforme de l?industrie sucrière est toujours d?actualité », soutient Jean Li, directeur de la Mauritius Sugar Producers? Association (MSPA).

À l?origine de ce sentiment qui prévaut chez les opérateurs du secteur sucrier, deux décisions émanant du ministère de l?Agro-industrie. L?une d?elle invite l?industrie sucrière à mettre à la disposition de l?État une superficie de 1 500 à 2 000 arpents de terre pour la mise en place des projets d?intégration sociale. L?autre concerne l?intention du gouvernement de ne pas respecter un engagement pris initialement pour le financement à la hauteur de 75 % des coûts associés à la centralisation des opérations de l?industrie comme cela a été indiqué dans le Blue Print.

Dans la forme comme dans le fond, la décision du gouvernement n?a pas été appréciée. Ces deux décisions n?ont pas été prises dans le contexte des négociations qui ont abouti à l?élaboration de la stratégie d?adaptation pluriannuelle de l?industrie sucrière étalée sur la période de 2006 à 2015. Le document a été soumis à l?Union européenne (UE). Il jette les bases sur lesquelles la réforme de l?industrie sucrière sera amorcée dans le contexte d?une baisse de 36 % du prix du sucre, qui, jusqu?ici, était garanti sur le marché européen. Ces deux décisions constituent des conditions préalables à la fermeture de trois usines à savoir Mon-Loisir, Mon-Trésor et Riche-en-Eau.

Résultat : c?est une situation comparable à une impasse. D?un côté, il est peu probable que le gouvernement fasse marche arrière par rapport à une décision qui n?est pas étrangère à des critiques logées récemment contre la posture adoptée concernant les termes et les conditions d?application des mesures d?accompagnement de l?UE. Une posture perçue comme étant favorable aux principaux opérateurs du secteur sucrier. De l?autre côté, ces derniers ne sont pas disposés à appliquer les nouvelles mesures passivement.

La réforme, une priorité

« Notre revendication est légitime. L?industrie sucrière doit être traitée de façon équitable comme c?est le cas des autres secteurs. Les dispositions préconisées dans le cadre des mesures d?accompagnement comme, par exemple, la production du sucre blanc, n?ont pas encore était enclenchées. L?industrie doit consentir énormément d?effort dans le cadre de cette réforme. La perte de 36 % de ses revenus pèsera lourd sur ses opérations. Sur une période de dix ans, cette perte avoisinera quelque Rs 20 milliards », déclare Jean Li.

Il souligne que les mesures d?accompagnement de l?UE couvriront à 75 % le coût de la compensation aux termes du Blue Print et 70 % du plan de départ volontaire à la retraite. Le reste est à la charge des sociétés. Il indique que même à ce prix, le coût des compensations que l?industrie versera est supérieur de quatre à cinq fois à ce qu?un autre secteur paiera si la procédure de compensation s?effectue au niveau du Termination of Contracts of Service Board. Il estime que l?inclusion de ces nouvelles conditions paraît paradoxale.

Pour Jocelyn Kwok, la priorité c?est l?application de la réforme. Une réforme qui, estime-t-il, passe par l?intégration du processus de fabrication du sucre blanc, par la recherche de moyens pour accroître la compétitivité de l?industrie sucrière et par la mise en route du programme de production de l?énergie électrique pour le réseau de distribution nationale.

De son côté, le gouvernement affiche la sérénité. Vendredi, le Conseil des ministres a franchi une étape décisive en vue de démontrer que Maurice remplit bel et bien une des conditions indispensables pour bénéficier des mesures d?accompagnement préconisées par l?UE. Il s?agit de la soumission de son plan de développement des projets énergétiques pour la période 2007-2025.

Tandis que les deux parties campent sur leur position respective, l?échéance concernant l?achat du sucre mauricien à 36 % moins cher par l?UE et qui expire en 2009, arrive à grande vitesse. Ce qui ne change pas, c?est le fait que pour assurer sa survie, l?industrie sucrière est condamnée à amortir l?effet d?un manque à gagner découlant de l?achat de son sucre à un prix inférieur à 36 %. Il faudra aussi qu?elle réduise ses coûts, diversifie ses sources de revenus et consente à un investissement de quelque Rs 20 milliards sur une période de dix ans.

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