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Une fin tragique
par Antoine JACOB et Piotr SMOLAR
Marie Trintignant, âgée de 41 ans, se trouvait depuis deux mois en Lituanie pour tourner un téléfilm de France 2 retraçant la vie de l?écrivain Colette, sous la direction de sa mère, Nadine Trintignant. Selon le quotidien local Lietuvos Rytas, une première opération, qui a eu lieu dimanche, a duré plus de deux heures. «C?était nécessaire à cause du sang dans le cerveau», a expliqué le chirurgien Robertas Kvascevicius, qui a participé à l?intervention, confirmant
l?hémorragie cérébrale. «Nombre de patients ne survivent pas à une telle opération», a-t-il ajouté.
Jean-Louis Trintignant, le père de l?actrice, ainsi que la femme de Bertrand Cantat et des membres du groupe Noir Désir sont arrivés à Vilnius lundi. A la demande de la famille Trintignant, un neurologue français a opéré l?actrice, une deuxième fois. Le long délai écoulé entre le moment de son accident et celui de son hospitalisation, ne laissait aucun espoir aux médecins ayant opéré l?actrice.
La brigade criminelle de Vilnius a ouvert une enquête préliminaire, dès le lundi 28 juillet, sur les circonstances de la dispute. L?enquête devra déterminer si ce sont des coups donnés par Bertrand Cantat qui ont plongé l?actrice dans le coma ou si elle s?est gravement blessée en tombant, comme l?a d?abord,affirmé la police lituanienne sur la foi du témoignage de Roman Kolinka, fils aîné de l?actrice.
le fil des événements
En l?absence de témoins directs de la querelle, il est difficile d?établir précisément le fil des événements. Tout juste sait-on que la dispute a éclaté dans la nuit de samedi à dimanche. En fin de soirée, Marie Trintignant et Bertrand Cantat sont revenus au Domina Plaza, la résidence hôtelière de luxe où ils habitaient dans la vieille ville de Vilnius. Ils avaient passé la soirée ensemble. «Ils sortaient pas mal et vivaient dans un stress énorme de par leurs responsabilités», raconte une personne qui les a côtoyés pendant le tournage.
De retour dans la suite de l?hôtel, l?actrice et le chanteur se disputent, crient, dérangent les clients de l?étage. La réceptionniste est alertée. «Elle a essayé à plusieurs reprises d?appeler la chambre, a expliqué au Monde la manager de l?hôtel, Neringa
Davaldaiti, mais sans obtenir de réponse. Elle a fini par monter. Le monsieur qui lui a ouvert a promis que le bruit allait cesser. Effectivement, il a cessé.»
Selon une personne de l?équipe de tournage, dont une partie logeait au Domina Plaza, Bertrand Cantat aurait mis du temps avant de réaliser l?état dans lequel se trouvait l?actrice. Il aurait alors été pris de panique, avant d?appeler des amis en France pour raconter ce qui venait de se passer. Vers 6 heures du matin, il aurait prévenu le fils de Marie Trintignant par téléphone. Selon les médecins cités par le quotidien lituanien Lietuvos Rytas, l?actrice n?a été hospitalisée que vers 7 h 30.
Quant à Bertrand Cantat, il aurait tenté de se suicider après ce drame. Il est placé en détention jusqu?au 14 août. «Il a commis un crime grave qu?il reconnaît en partie», a déclaré la justice.
Selon les règles juridiques lituaniennes, le chanteur de Noir Désir n?est pas formellement mis en examen. Il est soupçonné de «blessures volontaires graves», un crime passible de dix ans de prison dans cet Etat balte, mais son inculpation formelle n?interviendra qu?à la fin de l?enquête.
Crime grave
Au cours de l?audience du chanteur, le procureur Zydrunas Radizauzkas a utilisé le terme de «crime grave» et demandé que le prévenu soit incarcéré «afin que l?enquête puisse se poursuivre sans incident». «Je réfute le terme de crime», a répondu Bertrand Cantat, la voix rauque et l?air perdu.
«C?est un accident après lutte, une folie, mais ce n?est pas un crime», a-t-il dit, avant de demander pardon à la famille de Marie Trintignant et à la sienne propre. «On ne peut pas utiliser le mot crime», a déclaré pour sa part l?avocat du chanteur, évoquant «un accident des deux côtés, une tragédie, un conflit humain entre deux personnes, deux artistes à fort tempérament».
La mère de Marie, la réalisatrice Nadine Trintignant, a également pris la parole et souhaité que le compagnon de sa fille soit placé en détention provisoire car «c?est essentiel pour le bien-être des enfants de Marie». «Il est essentiel qu?ils sachent que quelqu?un qui a tué leur mère est en prison», a-t-elle dit. «C?est pour qu?il n?y ait pas d?autres victimes que je me bats pour cette détention. Si quelqu?un avait agi pour le soigner, on n?en serait pas là aujourd?hui», a-t-elle dit, indiquant que le chanteur avait des précédents. «Il y a eu d?autres femmes battues, je l?ai su après», a-t-elle dit.
Histoire de famille
«Je réfute les précédents dont a parlé Nadine», s?est défendu le chanteur, avant de déclarer qu?il voulait bien «être arrêté et payer» en France, mais qu?il n?avait «rien à faire en Lituanie».
Jérôme Minet, président de la société de production Studio International, qui produit le téléfilm Colette avec France 2, a déclaré : «L?enquête policière est en cours, et nous en saurons plus sur les circonstances du drame dans les 48 heures, a-t-il déclaré au Monde. Le tournage est pour l?instant arrêté, et nous allons tout faire pour le terminer.» Il ne restait que cinq jours de tournage pour ce téléfilm en deux parties de 90 minutes chacune réalisée par Nadine Trintignant.
Commencée le 26 mai et rassemblant une équipe de 70 personnes, cette première production française entièrement tournée en Lituanie devait être diffusée sur France 2 en 2004 à l?occasion du 50e anniversaire de la mort de Colette.
Ce téléfilm était avant tout une affaire de famille. Nadine Trintignant et sa fille Marie en avaient écrit le scénario. Vincent Trintignant, le fils de Nadine, était le premier assistant réalisateur.
Roman Kolinka, le fils de Marie Trintignant, faisait également partie du casting, qui rassemblait Vladimir Yordanoff, Lambert Wilson, Marie-Josée Nat, Catherine Jacob, Barbara Schultz, Jacques Higelin et Lio. n
Le Monde 2003 distribué par The N. Y. Times Syndicate
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