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Une dérogation à l?arrachée

9 octobre 2004, 20:00

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Tard vendredi soir à Washington. Les membres de la Chambre des représentants et du Sénat américain sont réunis en conférence. Ils tentent d?accorder leurs violons sur un Miscellaneous Bill qui modifie quelques lignes de certaines lois fiscales. Le temps presse, c?est la dernière session de l?année. Un accord doit être trouvé. In extremis, un nouvel amendement est ajouté à la loi. Et il est voté. Le congrès vient de décider que Maurice bénéficiera désormais de la dérogation « Third Country Fabric » de l?Africa Growth and Opportunity Act (Agoa).

Cette dérogation est une aubaine pour le textile. Elle nous avait été refusée jusqu?ici. Avec ce vote du Congrès, les produits textiles locaux, fabriqués à partir de matières premières de n?importe quel pays, entreront hors taxes sur le territoire américain. « Nous avons envisagé cette stratégie lors de ma dernière visite à Washington, il y a quelques jours, affirme Jayen Cuttaree, ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, visiblement heureux. À ce moment-là, je croyais que nos chances de réussite se limitaient à 5 % ou 10 %. »

<B>Accordée pour un an, elle est renouvelable</B>

Véritable sérum de compétitivité, cette dérogation permettra au label Made in Mauritius de se vendre à environ 18 % moins cher aux acheteurs américains. Pour l?instant, seul 40 % des exportations textiles locales arrivent hors taxes aux États-Unis. Avec les nouvelles règles, toutes les exportations bénéficieront de ce traitement privilégié. Accordée à Maurice pour un an, elle est renouvelable sur une période de trois ans.

En apprenant la nouvelle, Harold Mayer, le Chief Operating Officer de la Clothing Division du groupe Ciel, ne cache pas sa joie. Mais celle-ci est vite tempérée par cette limitation à une année. « C?est une excellente nouvelle. Mais l?incertitude autour du renouvellement de la dérogation dans un an ne permettra pas aux industriels de mettre en place des plans stratégiques », dit-il.

Qu?importe. L?octroi de cette dérogation permet au moins de retarder certaines échéances. Des investisseurs hongkongais implantés à Maurice, et qui trouvent notre offre textile peu compétitive, changeront d?avis? au moins pendant un an. « Cela va arrêter l?hémorragie. L?afflux de nouvelles commandes va même permettre à certains de revivre. Mais cela n?aura que des effets à court terme », prévient François Woo, directeur de la Compagnie mauricienne de textile (CMT).

La solution est en effet ailleurs. La CMT est l?une des entreprises à l?avoir vite compris. Elle a déjà investi Rs 1,2 milliard dans sa filature afin de poursuivre une politique d?intégration verticale. « La période actuelle est une phase de transition. Il faudra rapidement avoir des industries intégrées avec des filatures. L?industrie du textile en Afrique doit s?intégrer », affirme Jayen Cuttaree. Mais la mise en place de ces structures nécessite des moyens importants, et comme souvent dans ce cas, les montages financiers prennent du temps.

« Pour la CMT, l?octroi de la dérogation n?est pas une bonne chose. » La phrase de François Woo risque de lui attirer les foudres de ses confrères. Mais sa position est cohérente. La filature de son entreprise ne pourra pas tourner à plein régime tant que Maurice bénéficiera de cette dérogation. Le fil indien coûte 8 % moins cher que celui fabriqué localement. Dans ces conditions, la CMT va préférer importer cette matière première plutôt que de la produire localement. Les États-Unis n?étant plus regardants sur l?origine de nos matières premières.

« Mais ce n?est pas une raison pour lever le pied sur l?accélérateur. Nous voulons attirer les filatures et nous continuerons à le faire afin de poursuivre l?intégration dans l?industrie textile à Maurice », avance Pravind Jugnauth, le ministre des Finances. Pourvu que les entreprises l?entendent et ne se reposent pas sur ce confortable oreiller de 18 % de compétitivité supplémentaire que les États-Unis viennent de leur offrir.

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