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Une dénicheuse de talents

15 décembre 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Raymonde Bissett respire l?élégance dans un des chemisiers blancs de son cru, qu?elle porte sur un pantalon marron, l?ensemble étant relevé par une énorme ceinture en peau marron et des mules à talons du même ton. Depuis qu?elle est à Maurice, elle en a essuyé des «tempêtes». Mais elle n?est pas femme à baisser les bras. D?autant plus qu?en Australie, et plus précisément à Sydney, où elle a vécu une quarantaine d?années, tout lui a réussi.

En effet, après avoir passé des années à dessiner des plans d?infrastructure pour ingénieurs, notamment ceux de la troisième piste d?atterrissage de l?aéroport de Sydney, cette technicienne industrielle s?est tournée vers le design de mode. Elle a non seulement ouvert une galerie pour promouvoir les ?uvres des étudiants en design, mais également un atelier de confection et deux boutiques à l?intention des Australiennes désirant s?habiller chic.

Entre ses activités professionnelles très prenantes et son mari Douglas, technicien en stratégies informatiques, sa vie était plus que remplie. C?est un contrat de travail obtenu à Maurice par sa chère et tendre moitié qui l?a ramenée dans son île natale. C?était en 2004.

Emballée par toutes les rencontres qu?elle y a faites, elle s?est associée à une jeune créatrice de mode pour former le Fashion Consulting Group, dont l?objectif était double : habiller la Mauricienne et agir d?intermédiaire entre les jeunes créateurs de mode et d?éventuels clients à l?étranger.

Ce projet a toutefois tourné en eau de boudin. Et ce, pour plusieurs raisons. «J?avais ciblé une clientèle aux moyens conséquents alors que mon personnel n?arrivait pas à suivre au niveau de la confection.» Elle a également eu quelques «surprises» avec des personnes sur qui elle croyait pouvoir compter... De ces épisodes aigres-doux, Raymonde n?en conserve toutefois aucune amertume. «Ce sont de mauvaises expériences mais elles m?ont appris de très bonnes leçons de vie.»

Tout concourt à la renvoyer en Australie. Son mari ne veut pas renouveler son contrat à Maurice, préférant accepter une proposition en tant que Chief Executive Officer dans une grosse boîte de Sydney. Raymonde, qui fait la navette entre l?Australie et Maurice, refuse toutefois de lâcher prise, sentant qu?elle n?a pas dit son dernier mot dans son pays. Elle veut se donner une dernière chance et explique son raisonnement. «J?ai tout eu dans ma vie. Et j?estime qu?il faut donner un peu aux autres. Ce que je voulais le plus, ce n?est pas pour faire de l?assistanat mais d?apprendre aux jeunes ayant un potentiel créatif à pêcher.»

Raymonde, qui a le flair pour les tendances de la mode, veut miser sur les chemisiers d?homme pour femmes qui s?arrachent en Australie et en Europe. Elle cherche donc une usine qui en fabrique déjà. L?usine Bentley Textile Ltd à la route L?Abattoir, Roche-Bois, est une de celles-là. Raymonde sollicite un rendez-vous professionnel avec Patricia Koo, la directrice de l?usine. Le courant passe si bien entre les deux femmes qu?elles décident de s?associer. Elles aménagent un coin de l?usine en atelier de confection de chemises et de pantalons pour dames. Raymonde se charge de la conception des modèles.

Patricia Koo met à sa disposition une spécialiste des patrons. Et lui cède même le rez-de-chaussée de l?usine qu?elle aménage en galerie de mode. L?objectif étant de cibler les Mauriciennes actives qui ont «un pouvoir d?achat normal», c?est-à-dire des femmes capables de dépenser entre Rs 450 et Rs 800 pour un joli chemisier. «Mes chemisiers et pantalons sont pour trois générations de femmes: la grand-mère, la mère et la fille.»

Cependant, on n?y trouvera pas des chemisiers en matières synthétiques. Car Raymonde a une préférence pour les fibres naturelles, notamment le coton et le lin. Pour les clientes qui ne trouveraient pas de chemisier ou de pantalon à leur taille, Raymonde est disponible sur rendez-vous pour des consultations sur mesure.

Le profit n?est pas sa priorité. En fait, pour elle, c?est même secondaire. Ce qu?elle veut, c?est utiliser la galerie de mode pour exposer et promouvoir les ?uvres de jeunes créateurs mauriciens. «Je veux épauler les jeunes créateurs et négocier pour eux avec les entreprises pour qu?ils puissent avoir accès au marché. Et ce, sans avoir à débourser beaucoup.»

<B>Creations originales</B>

Ainsi, la galerie de mode «Ile de Fleurs», appellation choisie par Raymonde en raison de sa connotation parfumée et colorée, expose et vend actuellement les créations originales de quatre jeunes qui veulent garder l?anonymat. L?une d?eux confectionne des chemises à valeur ajoutée et des petits débardeurs peints à la main et décorés de colliers. L?autre réalise des bijoux fantaisie.

«Je veux épauler les jeunes créateurs et négocier pour eux avec les entreprises pour qu?ils puissent avoir accès au marché. Et ce, sans avoir à débourser beaucoup.»</I>

La troisième fabrique des accessoires de mode, comme par exemple des ceintures en tissu et paillettes. Le dernier peint de beaux tableaux. A part la cession d?un pourcentage sur la vente de ces ?uvres, dont les prix sont établis par les créateurs eux-mêmes, ces derniers n?ont pas d?autres frais. Raymonde voudrait promouvoir les ?uvres d?autres jeunes créateurs voulant se lancer.

Depuis l?ouverture de la galerie de mode «Ile de Fleurs», lundi dernier, Raymonde n?a pu s?empêcher de noter quelques réticences par rapport à la localisation géographique de ladite galerie. «Il faut que les gens changent de mentalité et arrêtent de stigmatiser Roche-Bois. Cette région a commencé à changer et va changer. Des compagnies importantes y sont déjà installées et je ne vois pas quel est le problème!».

Raymonde et sa partenaire projettent d?ouvrir une boutique de mode avec leurs créations en Australie. Et si, comme pour le premier projet, celui-ci ne connaissait pas le succès escompté ? Raymonde s?en trouverait navrée mais prendrait les choses philosophiquement. «Maurice doit savoir ce qu?elle veut : promouvoir des créateurs ou ne produire que des travailleurs qui travailleront à la chaîne dans les usines. Je n?ai rien à perdre?»

*La galerie de mode «Ile de Fleurs» est ouverte du lundi au samedi entre 9 h 30 et 16 heures.

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