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?Une compagnie nationale d?aviation ne peut opérer que pour les hôtels?

27 septembre 2005, 20:00

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● Vous quittez Air Mauritius conformément au désir du nouveau régime. Avez-vous le sentiment d?avoir été éjecté ?

Pas du tout. Le gouvernement s?est expliqué publiquement sur mon départ tout en louant ma performance ici et ailleurs.

● Mais vous partez plus tôt que prévu?

J?avais un contrat de quatre ans mais je ne suis resté que deux ans. Durant ce temps, j?ai pu faire l?essentiel pour repositionner la compagnie et lui donner les moyens de ses ambitions. Nous avons rationalisé notre réseau, optimisé notre flotte et réduit nos coûts. Nous avons pris des décisions critiques pour le rajeunissement et la modernisation de notre flotte. Nous avons aussi conclu des accords avec des partenaires valables pour étendre notre rayonnement et assurer une desserte beaucoup plus importante qui n?aura pas été possible avec une flotte limitée en capacité.

● Êtes-vous satisfait de votre bilan ?

étant donné le temps limité que j?ai été en place, je ne peux qu?en être fier. Il fallait restructurer la société. Elle était passée par une période d?indécision, d?incertitude et de manque de leadership. Elle a également été secouée par les scandales dont les effets se font toujours ressentir. J?ai eu la chance d?obtenir le soutien nécessaire pour faire avancer certains gros dossiers pour repositionner Air Mauritius. Parmi, on compte la décision stratégique de nous retirer de certaines routes non rentables afin de focaliser nos efforts sur des secteurs à fort potentiel. Jusqu?à mon arrivée, Air Mauritius essayait de planter le drapeau national sur un maximum de points de la mappemonde alors que les grands transporteurs comme South African Airways et Singapore Airlines optimisaient leurs réseaux. Il a également fallu aligner nos prix sur nos coûts sur certaines lignes, moderniser la flotte et étendre notre empreinte sans investir massivement dans la capacité. Tout cela a été fait à l?abri des pressions politiques ou autres. Le repositionnement d?Air Mauritius a permis de redonner confiance aux employés, aux partenaires et au marché. Cela se reflète d?ailleurs dans l?évolution des actions d?Air Mauritius en Bourse alors qu?à travers le monde, les cours des compagnies aériennes chutent.

?Si les portes sont déjà grandes ouvertes et que les transporteurs ne prennent pas avantage pour entrer, faut-il absolument démolir les murs ??

● Certains au gouvernement vous reprochent votre attitude au sujet de l?ouverture du ciel?

Aucun gouvernement ne m?a reproché cela. Air Mauritius n?est qu?un transporteur. C?est l?état qui décide de la politique de l?accès aérien. Nous sommes toutefois les mieux placés pour donner une opinion utile au gouvernement dans la formulation d?une politique nationale. Nous faisons en sorte que ceux qui ont le pouvoir de prendre les décisions aient les informations cruciales. La firme est au service du pays et opère dans un cadre défini par rapport aux objectifs nationaux. Air Mauritius n?est pas au service d?une section particulière de l?économie. Elle est la mieux placée pour évaluer la portée des décisions de l?état sur les intérêts du pays sur le long terme. J?ai tout simplement conseillé au gouvernement actuel, comme je l?ai fait avec le précédent, de s?engager avec prudence dans la réforme de la politique de l?accès aérien vu l?empressement et la pression de certains lobbies. D?ailleurs le plan stratégique de Netherlands Airport Consultants (NACO) préconise une approche ?step by step?.

● Êtes-vous contre la libéralisation ?

Les accords bilatéraux existants accordent déjà des droits de trafic qui sont soit sous-utilisés ou pas exploités du tout par des transporteurs étrangers. Alors si les portes sont déjà grandes ouvertes et que les transporteurs ne prennent pas avantage pour entrer, faut-il absolument démolir les murs ? La réalité, c?est qu?il y a deux ou trois transporteurs spécifiques qui opèrent sur une base très différente et qui veulent écrémer un marché créé et maintenu par des campagnes de marketing agressif des autres. Il n?y aurait aucun mal à cela s?il n?y avait pas un risque que cela fasse fuir les compagnies aériennes qui ont contribué au développement du tourisme. Il n?est pas facile d?atteindre la masse critique justifiant une desserte long-courrier Europe-Maurice. Par exemple, British Airways n?opère que trois vols par semaine sur Maurice alors qu?il a le droit d?en effectuer six. Singapore Airlines, Qantas, Alitalia et Lufthansa ne viennent pas. La Réunion a vu neuf transporteurs supposément low cost disparaître. Ils offraient des prix bas mais n?ont pu survivre. Je crois fermement que tout cela doit être pris en considération.

● Air Mauritius a-t-elle peur de la libéralisation et de la compétition ?

C?est un cliché très répandu mais totalement faux. Air Mauritius n?opère pas en monopole. Nous transportons seulement 60 % du trafic qui touche Maurice. Et parmi ceux que nous transportons, 80 % sont des étrangers qui ont choisi de voyager sur nos lignes et non sur d?autres. Les Mauriciens ont le même choix. Il n?y a qu?à voir les billboards. Nous n?avons pas les moyens d?offrir des stop-overs avec hébergement gratuit dans des hôtels quatre-étoiles à un prix plus bas que la concurrence. Nous n?avons qu?une seule destination : Maurice. Et c?est ce qui fait notre différence. Aujourd?hui nous avons atteint des parts de marché de 50 % en Grande-Bretagne et en France. Comment dire que nous avons peur de la concurrence quand nous l?affrontons tous les jours.

● Le Premier ministre reproche à Air Mauritius et aux hôteliers de ne pas accorder leurs violons. êtes-vous d?accord ?

Il a raison. Le ministre Xavier-Luc Duval a d?ailleurs fait état d?un dialogue des sourds. Ce dialogue ne date pas d?hier. Nous avons eu des réunions interminables avec les acteurs du secteur et la décision fut prise de tout confier à NACO. Le rapport démontre clairement que la capacité au niveau des sièges ne fait pas défaut, contrairement à ce que les hôtels ont toujours affirmé. Il y a un déséquilibre pendant quelques jours de l?année que personne n?arrivera à maîtriser. Tous les touristes qui sont arrivés en décembre veulent repartir à la veille de la rentrée en janvier. Comme les réservations se font en avance, il est normal que quelqu?un qui veut repartir le 2 janvier ne trouve pas de place. Et ce, même s?il fait sa réservation sept mois à l?avance. Le discours des sourds ne cessera que si on met en pratique les recommendations de NACO.

● Certains affirment que les relations entre Air Mauritius et les hôteliers n?ont jamais été aussi mauvaises?

Certains souhaitent qu?Air Mauritius ne se défende pas et que le gouvernement se laisse faire. Air Mauritius est investie d?une mission beaucoup plus grande dans l?économie. Une compagnie nationale ne peut opérer que pour les hôtels. Elle se trouve à la tête d?une chaîne de valeurs qu?elle doit alimenter de par ses opérations. Nous avons donc le devoir de privilégier le long terme et de ne pas succomber aux exigences du court terme. Cela ne plaît pas à certains mais dans l?ensemble, Air Mauritius reste l?interlocutrice et la partenaire privilégiée de l?hôtellerie. Mais elle doit se faire respecter dans l?intérêt national.

● Les hôteliers affirment que les tarifs d?Air Mauritius sont trop chers. Votre réaction?

Un prix exhorbitant ne se pratique que dans une situation où la demande excède l?offre. Ce qui n?est guère le cas. Si nos prix sont exorbitants, qu?attendent les autres compagnies aériennes pour exploiter les droits de trafic déjà acquis ? Pourquoi les clients ne vont-ils pas chez British Airways et pourquoi celui-ci ne double pas ses vols ? Le coût du billet aérien ne pèse pas aussi lourd qu?il devrait l?être dans le coût d?un séjour à Maurice vu son éloignement géographique. NACO soutient d?ailleurs que ?room rates have increased significantly in recent years?.

● Pour les hôteliers, Air Mauritius ne devrait pas être profitable?

Air Mauritius est un porte-drapeau mais aussi une entreprise commerciale. Nous avons plus de 13 600 petits actionnaires. Nous avons aussi des gros actionnaires comme British airways, Air France, Air India et Rogers. Ces quatre détiennent plus de 40 % de la compagnie. Le gouvernement n?est pas en mesure de nous avancer des fonds si nous subissons des pertes pour plaire à certains membres de la chaîne de valeurs que nous alimentons. Air Mauritius est appelée à investir massivement dans sa flotte, ses ressources humaines et le marketing. Nous sommes contraints d?offrir une qualité de confort comparable avec les meilleurs car 80 % de nos clients proviennent de leurs marchés nationaux. Comment demander à une telle compagnie d?opérer à perte ? Il est incroyable que ceux qui professent cela souhaitent que le gouvernement reprenne Air Mauritius et libéralise totalement l?accès aérien?

● L?aérien vole dans une zone délicate : le prix du fuel augmente, la compétition s?intensifie et les passagers veulent des billets moins chers. Comment sortir de cet étau ?

Les compagnies aériennes n?ont plus de contrôle sur leurs tarifs qui sont dictés par le marché. Le prix des billets dégringole constamment, et nous ne pouvons que gérer les coûts. L?avantage est que les transporteurs ont longtemps évolué dans un monde à part et qu?il existe une grande marge de man?uvre pour faire baisser les coûts. Ce que nous avons fait pendant deux ans pour arriver au résultat actuel : rester profitable même si les tarifs ont baissé dramatiquement. La rationalisation du réseau et l?optimalisation de la flotte nous ont permis de transporter plus de passagers et de fret. La compagnie est appelée à faire plus d?outsourcing. La flotte homogène d?Airbus permettra des économies d?échelle. Notre stratégie est d?effectuer des vols directs sur des aéroports stratégiques qui servent de points d?éclatement, ce qui nous permet de couvrir des zones géographiques plus larges.

● L?industrie perdra sept milliards de dollars cette année. Air Mauritius sera-t-elle profitable l?année prochaine ?

Tout l?indique. Les six premiers mois de l?année sont généralement mauvais à cause de la période creuse mais nous nous rattrapons durant le deuxième semestre. L?an dernier, nous avons effectué des pertes durant les premiers six mois mais nous avons finalement réalisé des profits records. Les six premiers mois de l?actuelle année financière seront également déficitaires mais Air Mauritius sera bel et bien profitable à la fin de mars 2006. à condition de continuer à maîtriser les coûts pour faire face à la montée du prix du fuel.

● Dans le dernier rapport annuel, vous insistez qu?Air Mauritius doit être flexible afin de mater les défis. La compagnie est-elle suffisamment souple ?

Air Mauritius est une vieille compagnie qui s?est développée sans aucun plan. Nous avons hérité d?une lourdeur bureaucratique et opérationnelle qui demande à être assouplie. Mais Maurice étant ce qu?elle est, cela pourrait causer des problèmes sociaux importants. Cette transformation doit se faire en douceur, avec beaucoup de dextérité et de sensibilité. C?est pourquoi nous ne recrutons que des contractuels depuis deux ans et nous externalisons certains services.

● Le personnel grogne. Pourquoi ?

Les accords qui régissent les conditions d?emploi doivent être renouvelés et c?est normal que les revendications se manifestent à la veille des négociations. Certains font pression pour recueillir la sympathie, d?autres veulent effrayer le management. Nous n?avons pas plus de problèmes industriels que d?autres compagnies aériennes. Le fait qu?Air Mauritius fasse des profits records dans un contexte difficile peut suggérer que nous aurions pu augmenter les salaires. La réalité est que les droits acquis au fil des années par des actions syndicales et généreusement octroyés par la direction pendant des temps plus glorieux pèsent lourds aujourd?hui. Il faut faire un trait dessus et bouger vers un autre modèle qui soit soutenable dans le long terme.

?Les droits acquis au fil des années par des actions syndicales et généreusement octroyés par la direction pendant des temps plus glorieux pèsent lourds aujourd?hui.?

● Il est grand temps qu?Air Mauritius opère sur une base commerciale. Pourra-t-elle le faire malgré l?interférence de l?état ?

C?est très complexe. Comme porte-drapeau, Air Mauritius doit agir par rapport aux objectifs définis par la politique gouvernementale. La compagnie est un gros moteur de l?économie mauricienne. Le gouvernement ayant choisi que la compagnie opérera dans un environnement concurrentiel, il faut toutefois qu?il lui soit permis d?assurer son rôle d?entreprise commerciale.

● Vous parlez d?Air Mauritius avec passion mais vous quittez la compagnie ce vendredi. Avez-vous un goût d?inachevé ?

Je ne suis pas venu faire carrière à Air Mauritius. Je pars plus tôt que prévu mais après avoir permis à Air Mauritius d?effectuer un tournant décisif. C?était un mastodonte à la dérive. J?ai pris un T.G.V. alors qu?il était en marche et je l?ai remis sur les bons rails avec le soutien de talents internes, du gouvernement et du monde des affaires. Je pars avec un sentiment de grande satisfaction.

Propos recueillis par Ryan COOPAMAH

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