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Une éternelle apprenante

2 septembre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Marie-Annick SAVRIPÈNE

Lorsqu?elle porte un regard d?adulte sur son enfance, Christina Chan-Meetoo se décrit comme une rêveuse, toujours plongée dans ses livres. Elle n?a pas beaucoup changé sur ce dernier point car elle lit toujours beaucoup, tant par obligation professionnelle que par passion personnelle. Ce qu?elle a perdu en grandissant toutefois, c?est sa naïveté d?enfant. Son regard sur les choses est devenu comme on le verra plus loin, on ne peut plus lucide.

Si elle adore son métier de chargée de cours en Media and Communication Studies qui lui procure une «grosse autonomie intellectuelle et une flexibilité», elle a rejoint le corps universitaire davantage par un concours de circonstances que par un choix mûrement réfléchi. «J?avais postulé partout, répondant à tous les avis publiés dans la presse. D?ailleurs, ce n?est pas mon premier emploi.»

Christina reconnaît s?être toujours laissée porter par les événements et cela lui a réussi. «J?ai toujours eu de la chance, il me semble. J?allais là où m?emmenait le vent. J?ignore quand cette chance va tourner», confie-t-elle en riant et en touchant le bois de sa table de travail.

Ainsi, c?est à la chance qu?elle attribue le fait d?être née avant-dernière d?une famille modeste de cinq enfants. Sa mère qui n?a pu compléter son éducation secondaire qui était à l?époque payante, tenait une cantine scolaire. Son père était boutiquier. «J?ai été protégée par rapport aux grandes s?urs. J?étais inconsciente des difficultés financières. Je sentais qu?il fallait faire attention mais j?étais inconsciente et protégée.»

Avide de lecture

Christina qui dévore les livres, doit à sa mère sa persévérance dans ses études et sa réussite subséquente. Elle se classe 11e au Certificate of Primary Education. Résultat qui lui ouvre automatiquement les portes du Queen Elisabeth College où elle se découvre une passion pour les langues. Elle se classe d?ailleurs deuxième après la lauréate à l?examen final. Ce qui lui vaut de décrocher une bourse française.

Elle veut poursuivre des études supérieures en lettres modernes mais cette matière ne figure pas sur la liste des sujets imposés aux étudiants de premier cycle. Les sciences de l?information et de la communication paraissent correspondre davantage à son profil et c?est son second choix. «J?ai choisi cette matière sans vraiment réfléchir à ce que je ferai avec une fois de retour à Maurice.»

On l?autorise toutefois à faire un diplôme d?études universitaires général en lettres modernes à l?université de la Réunion où elle rencontre d?ailleurs son futur mari, avant de poursuivre avec une licence et une maîtrise en sciences de l?information et de la communication à l?université de Lyon. Des trois options proposées, Christina en prend deux : journalisme, marketing et management. Pour sa licence, elle effectue son stage en entreprise dans le service de communication interne de la Communauté urbaine de Lyon, rebaptisée aujourd?hui le Grand Lyon, une administration locale. Là, elle anime notamment le journal interne, fait du graphisme, de la mise en page.

C?est dans une agence de communication et de publicité qu?elle est acceptée pour son stage de maîtrise. Elle participe aux campagnes de publicité et à tout ce qui est événementiel et développe même un site Web pilote. à son retour au pays, Christina fait acte de candidature pour tous les postes publiés et ayant trait à la communication. La première entreprise à l?embaucher comme assistante du Events and Marketing Manager est la State Property Development Company Ltd. L?université de Maurice qui cherchait une chargée de cours en Media and Communication Studies prend trois mois avant de la contacter et la recruter.

Elle accepte le poste car l?enseignement la tente. C?est avec un ?il neuf qu?elle revoit ses cours universitaires pour mieux les transmettre à ses étudiants dont la majorité est plus âgée qu?elle, certains travaillant déjà dans des organes de presse. Elle leur enseigne non seulement le journalisme mais aussi la communication d?entreprise. En 2000, la faculté des Sciences sociales qui chapeaute son unité de Media and Communication Studies, la charge de piloter l?élaboration du contenu du cours menant au BSc en Communication Studies. Une responsabilité qui permet à Christina de faire ce qu?elle aime, à savoir des lectures et des recherches.

Cela fait maintenant sept ans qu?elle enseigne à l?université de Maurice. Elle tire d?énormes satisfactions des échanges avec ses étudiants. Par contre, l?aspect administratif la barbe, tout comme elle trouve «moins intéressante» l?étape des corrections d?épreuves.

Elle suit avec beaucoup d?attention l?épreuve de traction entre le pouvoir et la presse, qui n?est pas une nouveauté. «C?est une bonne chose qu?il en soit ainsi car faire copain-copain avec les gouvernants ne permet pas de conserver la distance et peut être une entrave à son indépendance.» Il y a eu tant d?informations contradictoires à propos du Media Commission Bill qu?elle ne veut rien préjuger avant de l?avoir vu. Pour elle, il ne s?agit que d?une sonde lancée par le pouvoir pour tâter le terrain.

Par contre, elle pense qu?une hausse des amendes concernant la diffamation ou l?atteinte à la vie privée n?est pas mauvaise. «Les amendes actuelles sont dérisoires et n?impactent pas sur les médias.» Mais elle estime que les gouvernants ne doivent pas contrôler la presse. «Il serait souhaitable que la presse se prenne en charge et protège sa crédibilité. Pour l?instant, elle n?arrive pas à montrer ce qu?elle fait. Elle doit démontrer qu?elle travaille de manière responsable. C?est peut-être le cas mais ce n?est pas visible.»

Être dans la mouvance sociale

Un des moyens d?y arriver est de promulguer un code de déontologie, adoptée par l?ensemble de la profession. «à moins que chaque organe de presse ait son propre code et qu?il le rende accessible au public. Une autre façon de procéder pourrait être que chaque organe de presse ait son propre médiateur qui gérerait les plaintes du public.»

L?idée de la Press Complaints Commission n?a qu?une partie de son approbation. «Ce n?est pas une mauvaise idée surtout si les organes de presse n?ont pas de mécanisme régulateur interne. Mais l?effet négatif pourrait être une trop grande rigidité et l?application du politiquement correct. Quelle que soit la forme que prendra cette instance, il faudrait qu?elle soit le fruit d?une réflexion consensuelle entre la presse et la société.»

Christina ne pense pas que le pouvoir pourra boycotter la presse pendant longtemps. «La presse reste le passage obligé de la communication car elle permet de toucher les gens. Les menaces ou le boycott ne sont que des leviers d?intimidation. Au-delà de la liberté de la presse, il y a la liberté de l?information qui doit être préservée. C?est vrai que la liberté de la presse est un facteur déterminant cette liberté de l?information mais il y a aussi d?autres moyens de communication.»

Christina a résisté aux appels du pied du secteur privé car elle a les siens solidement sur terre. « Qui peut dire qu?il n?y a pas de frustrations dans un boulot mais c?est ainsi partout ! Ici, je forme des étudiants et quelque part, j?impacte sur la société. Du moins, j?ai la sensation d?être dans la mouvance sociale. Et développer le contenu de cours m?oblige à lire et me documenter constamment. Et ça, j?aime particulièrement. Dans le privé, on est certes dans l?application pratique mais j?aurais moins de temps pour me documenter. Quand j?évalue la somme globale, cela me plaît d?être ici.» Voilà une femme satisfaite de son sort?

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