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Un étudiant comorien expulsé

18 novembre 2004, 00:00

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La France, terre d’accueil ou d’écueils ? C’est la question que se posent non seulement la communauté comorienne à la Réunion, mais également d’autres ressortissants étrangers de l’île. Ils sont profondément choqués par l’expulsion le 11 novembre dernier de Andhumoudine Ahmed.Cet étudiant en BEP architecture, âgé de 20 ans, vit à la Réunion depuis 1992. Il a fait l’objet d’un arrêté de reconduite à la frontière car selon la préfecture de la Réunion, ses papiers n’étaient pas en règle. Par désespoir, sa mère a depuis son départ arrêté ses séances de dialyse et avec ses deux filles, ont entamé une grève de la faim devant les locaux de la préfecture.

Andhumoudine Ahmed est né d’un père comorien et d’une mère qui a la nationalité française. Il a passé toute son enfance à la Réunion. Ce n’est qu’en octobre dernier, après plusieurs semaines d’attente, que la mère parvient à obtenir le vrai acte de naissance de son fils. La préfecture rejette cette pièce, arguant qu’un premier document a déjà été soumis et souligne qu’elle se trouve en présence de papiers contradictoires. Le jeune homme est donc considéré comme étant en situation irrégulière et fait l’objet d’un arrêté préfectoral de reconduite aux frontières. Il dépose une requête au tribunal administratif, mais celle-ci est rejetée. Il est alors escorté par deux inspecteurs de la police au frontières au centre de rétention du Chaudron.

C’est impuissante, que sa famille, soutenue par des sympathisans, se rend à l’aéroport, espérant jusqu’au dernier moment un miracle qui ne se produit pas. Andhumoudine Ahmed est embarqué à bord de l’avion en partance pour Moroni, là où il n’a aucune famille. Les adieux sont déchirants.

A son arrivée à l’aéroport de Moroni, les autorités lui confisquent son passeport comorien en lui signifiant que son titre de voyage n’est pas valable. Selon son avocat, Saïd Larifou, le jeune étudiant serait “apogryphe” car il ne figure pas dans les archives du tribunal de la Réunion instance de Moroni, ni dans les archives de l’état-civil comorien.

Dans un courrier adressé au préfet de la Réunion, Saïd Larifou écrit :“j’entends saisir le tribunal de première instance de Mayotte aux fins de voir confirmer l’authenticité de l’extrait de naissance établi par la mairie de Mamoudzou et confirmer l’identité de Andhumoudine Ahmed”. Ce courrier précise également : “légalement, les autorités de comoriennes ne peuvent délivrer un acte d’état civil ou un autre passeport comorien étant donné que le jeune homme n’a aucune attache dans ce pays”. La copie du passeport de sa mère comme l’acte de naissance de Mayotte, établi par l’officier de l’état civil de Mamoudzou, confirme d’ailleurs sa naissance à Mamoudzou, précise son avocat.

En attendant, un comité de soutien composé de plusieurs associations s’est constitué. Le sentiment d’indignation est encore très vif. Mohammed Maoihibou, président de la Maison des Comores déclare que “cette expulsion une mesure de rétorsion extrême. Ce jeune est intégré dans la vie sociale et il aurait fallu qu’on le traite comme tel. Mais on l’a martyrisé. On l’a déraciné pour l’envoyer dans la jungle.”

Un sentiment partagé par Samuel Mouen, de la coordination des associations de lutte contre le chômage, l’exclusion et la précarité. “Cet étudiant, est un gamin, c’est un être humain. C’est un acte de violence qu’on a émis contre lui. La France est signataire de la déclaration des droits de l’homme. Pourtant, dans la pratique, c’est le contraire. Nous sommes là en pleine contradiction entre l’application du texte et la réalité.”

Humiliation et traitement inhumain

Des étudiants comoriens, malgaches et mauriciens son tout aussi scandalisés. L’un d’entre eux déclare :“ce genre de procédé ne m’étonne pas. Il n’y a qu’à voir comment on est traité à la préfecture lorsqu’on veut établir un titre de séjour étudiant. On nous parle comme si on était des chiens. On nous humilie. On nous fait bien sentir qu’ici, ce n’est pas chez nous. Et on est obligé de se taire, parce qu’on est en position de faiblesse. Je ne pensais qu’il pouvait exister autant de racisme ici.”

Des propos qui sont appuyés par notre compatriote Canda Sawmy Pillay, président de la Ligue des droits de l’homme. Il soutient qu’il serait temps que l’on comprenne combien les ressortissants des pays de la zone sont “maltraités” et considérés comme “des moins de que rien” de la part des autorités françaises. Il estime que la position de la Réunion dans l’océan Indien devrait être reconsidérée de manière à ce que soit créée une zone de libre circulation des biens et des personnes.

Suite à son mouvement de grève et soutenus par la député Huguette Bello, qui clame haut et fort son indigantion devant “ce racisme”, la mère a été reçue par le préfet dans la soirée de lundi. Un accord a été trouvé. Selon Saïd Larifou, Andhumoudine Ahmed pourrait revenir très vite à la Réunion s’il arrive à obtenir un passeport comorien. Pour l’avocat, s’il est vrai que les papiers du jeune homme n’étaient pas en règle, il n’y avait pas nécessité d’avoir recours à l’expulsion, qu’il qualifie de “décision brutale et disproportionnée”.

<B>Repère</B>

● <B> Filière Café. Vers le haut de gamme.</B> Le café réunionnais serait très prometteur et ferait même partie du “haut de gamme”. Les producteurs espèrent d’ici 2007 disposer de 10 tonnes de ce café pour la commercialisation. Initié il y a deux ans, ce programme compte 88 expérimentateurs, sur treize hectares de terres à travers l’île. Constat après les récoltes démarrées il y a trois mois : le café présente des caractéristiques de “grand cru” et comporte 40 % moins de caféine que les cafés arabica les moins riches en caféïne.

Pour structurer cette filière économique, les expérimentateurs se sont regroupés en association. Celle-ci entend se transformer en organisation agricole pour lancer une filière de café “haut de gamme”. Dès l’année prochaine, une unité dépulpage-lavage à Saint-Pierre sera mis sur pied. La première petite récolte sur les plantations de l’année 2002 subira un traitement spécifique “café gourmet”. 52 personnes seront formées à la dégustation du café.

L’histoire de ce savoureux café a démarré fin 1999. Le conseil régional a été contacté par les représentants d’une firme japonaise, leader mondial dans le domaine des cafés “haut de gamme”, désireux d’approfondir leur connaissance sur une variété de caféier, le “Bourbon Pointu”, qui avait jadis fait la renommée de la Réunion. Pour l’heure, le bilan du programme café “Bourbon Pointu est positif, même si pour les experts, il doit encore faire ses preuves.

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