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Un souffle intensément féminin

26 décembre 2004, 20:00

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Elles jouent, mais elles ne font pas semblant. Elles créent tout simplement. Comédiennes en quête du vrai. La revue de l?actualité théâtrale 2004 fait remonter à la surface trois portraits. Pamela Edouard, Deepa Bhookhun et Miselaine Soobraydoo. Un trio de personnalités aux contours tracés dans l?étoffe de la détermination. De quoi rectifier les priorités d?un art amputé de son plus beau joyau !

Le théâtre pleure le Plaza. Indisponible depuis le 1er octobre 2004, foyer et scène sont fermés pour une rénovation longtemps attendue. Les travaux devraient durer deux ans. C?est le cabinet Ramphul Associates qui est chargé de mener à terme ce projet dont le coût est estimé à Rs 150 millions.

Bien que le théâtre de Port-Louis ne peut contenir que 600 personnes, soit la moitié de la capacité du Plaza, le ?petit théâtre à l?italienne, le plus vieux de l?hémisphère Sud?, s?est offert la troisième édition de son festival annuel.

A l?affiche : une confirmation. Celle d?un talent expatrié pour cause de syndrome aigu de malaise en terre natale. Venue jouer en août, Houria, la femme que j?étais, monologue de Gaspare Dori, Pamela Edouard en a profité pour dire qui elle est devenue.

Pour avoir créer la pièce le 8 mars 2004, Journée internationale de la femme, au siège de l?Unesco, avant de faire salle comble à Paris, la comédienne refuse les obstacles à sa liberté de penser. ?Je ne suis pas une femme, je ne suis pas un homme, je ne suis pas afghane. Je suis une personne, j?existe, je brûle de vie?, dit le texte. A travers la souffrance de Houria, une femme à quelques heures de la lapidation, la comédienne qui a fait ses premières armes au sein de la Troupe d?Henri Favory, a éructé son sentiment de claustrophobie.

Non. Pamela Edouard, enfant de Roche-Bois, ne veut plus revenir vivre ici. ?L?île des idées préconçues lui sort par les pores.? Son traumatisme remonte aux événements qui ont suivi la mort de Kaya, en février 1999. Cinq ans plus tard, la comédienne partie cicatriser en France, n?a pas changé d?avis. ?Pour vivre ici, il faut pouvoir (?) s?autocensurer.?

Un anniversaire ne saurait souffrir la censure. A fortiori s?il s?agit de célébrer le quart de siècle d?une troupe d?amateurs qui a fait beaucoup de chemins depuis. Au point de confier le rôle du dieu Krishna dans Mahabharat, the eternal conflict, à Deepa Bhookhun, journaliste à l?express.

?Vivre et dire pour ne pas mourir.? Cette phrase de Pamela Edouard pourrait être la devise de Deepa. D?elle, Rajoo Ramana, metteur en scène de la mythique épopée dit : ?Nous avons cherché parmi les comédiens, celui qui avait le charisme, la voix, la présence pour camper ce rôle, mais nous n?avons pas trouvé. Deepa s?est tout de suite imposée.?

Un roi sans divertissement

De lui, la comédienne émue dresse le portrait d?un ?homme qui pleure sur scène.? Dans sa mémoire défilent des images qui sentent bon l?enfance. Ces jours où son père, Deepak, répétait son texte tout haut à la maison. Un père souvent absent pour cause de passion artistique. ?MDL ena mem laz ar moi.?

Des souvenirs aux mots tremblotants pour raconter ses débuts dans le ?top ladaptasion? de An Inspector Calls et de Toofann, en 1995. Avant que ne tombe le couperet nommé Krishna, presque dix ans plus tard. ?Mo finn grandi avek enn zeneration dimounn ki pa ti esite pou fer sakrifis pou teat : mo papa, Rajoo, Gaston Valayden, Pamela Edouard, Tico Soupaya.? Quand on doit remonter sur scène après neuf ans d?absence, fatalement arrive la crise de conscience. Deepa l?a traversée.

Un océan de possibilités que Miselaine Soobraydoo a allègrement franchi. Peu d?échos ici, mais du retentissement à l?île s?ur. Une décennie qu?elle s?était forgé un registre dans le gros comique ? ni bête ni méchant ? mais surtout lucide. Sa marque de fabrique : les Komiko. Bel parol, Pas kass konte, des farces qui résonnent encore.

Au contraire des ?dinosaures? qui peuplent le monde théâtral ? les Henri Favory, Gaston Valayden et Rajoo Ramana, entre autres ? Miselaine s?est lancée dans une aventure en solo. Son truc : la pièce Architruc qui était à l?affiche au théâtre du Grand Marché à Saint-Denis de la Réunion en novembre. Sur le texte de l?auteur franco-russe, Robert Pinget, notre compatriote a donné la réplique à Erik Isana, directeur du Teat La Kour et Roméo Andriamandresy Hasivelo dit Légo ? musicien malgache ? dans une ?fable drôle et cruelle pour deux bouffons pathétiques, une critique sévère du pouvoir ou la chronique mélancolique de l?infinie solitude humaine.?

Ce voyage hors-Komiko a débuté lors d?un mois de chantier de formation à l?île s?ur. C?est là que la plume prolifique des Komiko rencontre Ahmed Madani, directeur de la salle réunionnaise. Une fois le contact établi, il lui propose le rôle d?un ?roi sans divertissement? dans Architruc. Belle preuve que les registres ne sont pas des prisons où l?on s?enferme volontairement.

?Un trio de personnalités aux contours tracés dans l?étoffe de la détermination. De quoi rectifier les priorités d?un art amputé de son plus beau joyau !?

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