Publicité

Un Salon de Mai pléthorique au MGI

1 juin 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Un Salon de Mai pléthorique au MGI

Le traditionnel Salon de Mai de l?Ecole des Beaux-Arts de l?Institut Mahatma Gandhi (MGI), expose, jusqu?au 14 juin 2008, plus de 70 ?uvres artistiques (peintures et sculptures) d?autant d?artistes chevronnés ou nouveau venus dans le panorama des Beaux-Arts de Maurice. On ressort comblé d?une telle exposition, s?étalant, s?étageant même, sur quatre ou cinq salles et autant de niveaux, en sachant que nous avons des galeries privées qui ne sont pas forcément plus vastes que l?une ou l?autre des multiples salles du MGI.

Commençons le compte-rendu de notre visite du Salon de Mai 2008 par ses plus agréables surprises. La palme revient sans doute aux papiers collés de Khalid Nazroo qui abandonne quelque peu ses prédilections géométriques pour des formes découpées d?une légèreté aérienne, survolant un ensemble doucement coloré.

François Hardy continue de surprendre avec des paysages imaginaires, faits de quelques traits généralement horizontaux, délimitant des espaces harmonieusement colorés et faisant fonction de masses décoratives. Ce n?est plus de la peinture. Cela devient une contemplation méditative, la pensée se chargeant de meubler tout ce que lui inspire cet harmonieux jeu de lignes et de couleurs.

Sabeer Bahadoor réussit à merveille un entrelacement sculptural du plus bel effet. Cela tient davantage de draps torsadés qu?un fakir talentueux ferait monter au Ciel, pour exprimer toute la quête de liberté d?une Humanité, souffrant des esclavages qui lui sont imposés ou qu?elle s?impose, en raison de son instinct pollueur, sinon suicidaire. Tout cela respire le souffle, la grandeur, une saine inspiration.

Formes féminines, gracieuses à souhait

Sunita Luchmun Beekharee exploite habilement des formes féminines, gracieuses à souhait, émergeant plus ou moins d?un fond bleuté, pour apparaître en pleine lumière, plus belles que jamais. Le dégradé est d?une perfection soignée, faisant de cette ?uvre réussie un ballet où chaque détail joue, avec bonheur, la partition qui lui est allouée.

Marie Rogers mise sur une symphonie de couleurs que rehaussent quelques traits, coulés sur cet univers de grâce et de fraîcheur. Il s?agit d?une célébration de la joie de vivre quand, au matin, tout paraît ensoleillé et aux antipodes de ces pluies torrentielles, ayant visiblement inspiré Hans Ramduth.

Le bras tendu du sculpteur Vynand Dausoa est celui de la joie que procure une victoire bien méritée. On devine une forme humaine de laquelle émerge ce bras triomphant, rempli d?allégresse et de satisfaction.

Exubérance colorée

Saïd Hossanee réussit une ambitieuse fresque regroupant habilement, mais aussi harmonieusement, une quarantaine de mini-tableaux, mettant en valeur des silhouettes humaines, témoignant des différentes facettes de l?Humanité opérante. Les clins d??il à l?exubérance colorée chazalienne sont tempérés par des jeux d?ombre et par des formes stylisées. Tour à tour la fresque se fait mauricienne, en faisant appel à des dominantes empruntées à notre quadricolore. Le tout porte l?empreinte d?une grande convivialité typiquement mauricienne.

Raibye Mangra invente également des paysages imaginaires, mais colorés à la manière de Marie Rogers, autrement dit avec enjouement et bonne humeur.

On s?approche de Jean Claude Baissac avec des soupçons de velléités bédéistes pour y découvrir la manière propre à Picasso de meubler de couleurs choisies les espaces délimités par les traits dessinés. C?est à la fois facile et génial. Bien inspiré en tout cas.

Rikesh Boodhun part également d?un décor bleuté à souhait, magnifiant l?effet de profondeur et d?intensité. Puis apparaît une forme religieuse, divine même. Un visage énigmatique à souhait. Des mains de protection et de glorification. Des crânes osseux, figurant l?éternité de notre humanité, se retrouvant ainsi dans le sein du Créateur.

Varsha Rambarassah donne à son ?uvre la patine évocatrice du batik. Des sortes de médailles commémoratives, fleurant les piastres d?antan, et des sceaux rectangulaires encadrent à merveille un espace que la pensée du contemplateur doit remplir. Tout cela a du caractère.

Le Salon de Mai 2008 fait appel, avec bonheur, à quelques-uns de nos peintres chevronnés qu?il n?y a nul besoin de présenter encore à un public averti. Les cabris de Roger Charoux surprennent agréablement par leur maintien hiératique. Il fait appel à des teintes brunâtres qui s?empourprent tellement sont-elle harmonieuses. Vaco Baissac glorifie le Divali, grâce à la présence élégante et particulièrement gracieuse de vierges sages, ayant pris la précaution de faire le plein d?huile, avant l?arrivée du maître. Sa fête de la Lumière est d?un rougeoiement flamboyant.

Rayons de lumières

Yves David nous rappelle que les Gorges de la Rivière Noire sont une des plus belles régions de l?île, car elles marient heureusement le souffle torride de la savane à la grâce bleutée de nos plus hautes montagnes. Kalindi Jaulimsing continue à faire danser nos ouvrières des champs. Elles sont autant déterminées que joyeuses. Moorthy Nagalingum poursuit son exploration des formes majeures et de cette couleur poudreuse, mais nacrée où tout est simplement, mais divinement suggéré.

Sans être irréprochables, d?autres ?uvres retiennent l?attention en raison principalement d?une inspiration de bon aloi. Geeta Rampersad nous offre un clair obscur, fait de rayons de lumières, de cascades de fleurs, de jeux d?ombre et de lumière, que le cadre du tableau ne parvient pas à contenir. L?on peut, ici, parler d?heureux renouvellement d?un style qui n?a pas dit son dernier mot.

Béatrice Julien donne pour sa part dans le miniaturisme, à l?instar d?Ariana Cziffra. L?envolée y est pourtant présente avec un gratte-ciel s?achevant juste avant l?infini. Les couleurs sont mystérieuses à souhait. Une semblable réussite entoure l??uvre picturale de Nadine Louise.

Quand on aura signalé le monumental assemblage de boîtes d?emballage d?Ismet Ganti, dénonçant ou exaltant frénésie de consommation, on vous aura dit l?essentiel sur ce Salon de Mai 2008 : à voir et à contempler toute affaire cessante, car c?est un modèle d?organisation, une fête autant pour les yeux que pour le coeur.

Publicité