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Un regard envoûtant

23 septembre 2006, 00:00

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Mon ?il a joué au peintre et celui du cinéaste a joué au photographe. Impossible de rester insensible à l?énorme travail de cadrage et de lumière apporté au film, quitte parfois à alourdir le rythme pour laisser le temps au spectateur d?admirer la vue.

La Cathédrale est un beau moment de cinéma, pas un film mais une ?uvre cinématographique, envoûtante et touchante, réalisée avec un sens artistique et esthétique très poussé.

Si comme l?écrit Shakespeare, « la perspective est le plus grand art du peintre », elle est également celle du photographe et du cinéaste qui mettent en image la très belle histoire de Ananda Devi, l?une de ses premières nouvelles, publiée en 1977 dans le recueil Solstice.

C?est un point de vue sans jugement. Juste une histoire et son décor. Un regard. La Cathédrale raconte une journée dans la vie de Lina, jeune port-lousienne qui se balade doucement et qui prend son temps. Elle se repose à l?ombre et comme sous la protection de la Cathédrale.

En cette journée, Lina fera la connaissance d?un photographe étranger. Ce dernier personnage semble moins fort qu?aurait pu l?être le marin de la nouvelle, mais sa présence se justifie et s?inscrit ici dans une autre logique.

D?abord il y a ces pas qui mènent les gens au sein de la Cathédrale. Il y a les doux pas de Lina, sa démarche nonchalante. Il y a le père de Lina, humble et sage cordonnier, pour qui l?on peut connaître les gens en regardant leurs chaussures.

Et enfin, le photographe, qui aime à photographier les pieds des gens. Avec une écriture, une construction et de la technique Harrikrishna Anenden, documentariste de métier, réussit son passage à la fiction en ayant su capter l?âme de notre capitale. «Pourtant aux yeux manque la science qui parfait l'art, dessinant ce qu'ils voient, ils ne savent le c?ur ».

Le film, déjà présenté, au Centre Charles Baudelaire et au Théâtre de Port-Louis, était jeudi soir projeté dans une salle du cinéma Star au Caudan. Une affiche que l?on espère retrouver.

Berty Fleury, chanteur

J?ai aimé le fait que c?est une histoire typiquement mauricienne. C?est très vrai. Il y a de belles images. De belles chansons. C?est vrai que dans la vie, les gens sont pressés, stressés. Et que l?on ne prend pas le temps de regarder.

Jean Philippe Amadis, photographe

C?est très intéressant. Il n?y a pas d?influences européennes ou américaines. C?est un film mauricien, une histoire mauricienne, faite pour les Mauriciens. Côté cadrage, c?est super réussi. J?ai aimé les plans de la Cathédrale, les pieds, les visages des enfants qui mangent du glaçon râpé, les ombres.

Issa Asgarally, auteur

Bien que La Cathédrale, le film, soit assez différente de la nouvelle, qui porte le même titre, elle nous plonge dans l?univers littéraire de Ananda Devi, tel qu?elle le construit et le construira, dans ses autres nouvelles et romans, dont Pagli et Eve de ses Décombres. Cette plongée est assez réussie.

Je suis aussi agréablement surpris par la belle écriture cinématographique de Harrikrishna Anenden. Je voudrais dire aussi que je constate, comme je l?avais d?ailleurs dit à Selven Naidu il y a quelques années, que le cinéma mauricien ne démarrera que lorsqu?il y aura des textes forts. Et ce jeune cinéma mauricien s?inspire de la littérature pour s?épanouir. C?est le cas pour le Rêve de Rico, pour Bénarès et aujourd?hui pour La Cathédrale.

La pauvreté de maints scénarii et de nombreuses pièces de théâtre, au niveau du contenu, prouve qu?au théâtre comme au cinéma, il faut avant tout un texte fort, que l?on trouve dans le domaine littéraire.

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