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Un phénomène nommé D.J.
« Depuis ma jeunesse, j?adore aller danser. Et ce n?est pas pour autant que je vais m?arrêter, malgré mon âge ! J?aime l?ambiance de ces soirées, surtout avec un D.J. international. Cela laisse de beaux souvenirs », confie Claude, 49 ans. Avec son épouse, Josiane, il a assisté à la White Nightlife d?Alex Gaudino le 20 juillet. « Ce concert est l?occasion rêvée pour se distraire ! », avoue-t-elle. Le 28 juillet dernier, Didier, 24 ans, avait répondu présent au House Rendez-Vous de David Vendetta. « Les soirées des D.J. internationaux permettent de découvrir les différents professionnels de ce domaine, de même que les nouvelles tendances musicales comme l?électro, la house, la progressive house », explique-t-il.
Et Olivia, 25 ans, férue des soirées, d?ajouter : « Ces concerts changent des soirées en boîte de nuit car ils ont lieu en plein air, ce qui permet à plus de monde d?y avoir accès. On peut se lâcher, s?amuser. Et cela me fait revivre les soirées similaires auxquelles j?ai assisté à l?étranger. »
Comme eux, plus de 5 000 Mauriciens se sont récemment mobilisés pour ces rassemblements. À la mi-juillet, des centaines se ruaient au concert de Pakito et de Matt Jamison, deux autres étoiles montantes de l?univers D.J. Et depuis l?an dernier, le craze pour ces événements va crescendo ! En 2006, Tom Snare était venu le temps d?une soirée, talonné par David Guetta et Laurent Wolf en 2007. C?est dire que nos compatrio-tes, jeunes et vieux, sont de plus en plus friands de ces manifestations musicales. Pourquoi ?
Des retombées positives
« Auparavant, les D.J. internationaux venaient à Maurice et se produisaient dans une ou deux boîtes du littoral. Ces soirées ont eu un franc succès. Et depuis peu, les D.J. pleuvent de partout et la demande du public mauricien pour ce genre d?événement se précise. Si cela continue, Maurice pourrait avoir la réputation d?un petit Ibiza », déclare Marie-Eve Chavrimootoo, directrice de The Green Dot Co Ltd, organisatrice du concert de David Vendetta. Ses propos sont rejoints par ceux de Fabrice Chaperon, un des directeurs des Hippies, organisateurs de la soirée d?Alex Gaudino. « Le public apprécie ces soirées et il a des attentes. Après avoir organisé des événements avec des D.J. locaux qui ont eu des retombées positives, nous avons enchaîné avec le concert de Tom Snare, qui fut un succès. Et nous continuons au-jourd?hui à emmener d?autres D.J. internationaux au pays avec un véritable show entourant l?événement pour le plaisir des Mauriciens », affirme notre interlocuteur.
Jusqu?aux petites heures du matin
À quoi peut-on attribuer le succès de ces D.J. étrangers ? Leur médiatisation y a largement contribué. « La profession elle-même était méconnue. Elle s?est davantage vulgarisée et a permis aux D.J. d?être perçus comme des artistes, au même titre que des musiciens ou chanteurs », affirme Estelle, l?épouse et manager de David Vendetta. Élément qui vient consolider le positionnement des D.J. sur la scène internationale et locale.
« Avant, les gens étaient friands de chanteurs, et il y en a de plus en plus qui émergent. Toutefois, nombre d?entre eux n?ont qu?une carrière éphémère. La culture des D.J., elle, prend de l?ampleur et ce, grâce à ce gen-re de manifestations, mais aussi à travers leurs productions. Car les D.J. ne sont plus des interprètes de mu-siques, mais ils en créent et sont davantage artistes », déclare Philippe Seither, manager d?Alex Gaudino et de Tom Snare.
La curiosité pour identifier les D.J. internationaux, auteurs de tubes à succès, prend son essor. « Dans le top 50, on compte une dizaine de professionnels internationaux qui y figurent, alors que dans le passé, on ne savait guère qui ils étaient. Il y a une volonté de savoir qui est derrière les chansons et donc, derrière les platines », soutient Pascal Pierre, organisateur du concert de Pakito et de Matt Jamison.
Ce qui ne peut que faire plaisir à ces maestros des platines ! « Il y a une nouvelle vague, une génération de musique électronique, qui contribue à façonner des chansons à travers des consoles et autres logiciels. La profession de D.J. s?est largement démocratisée », affirme David Vendetta, auteur des succès Unidos Para la Musica, et Break for Love. Lui qui ne connaissait pas Maurice a pu découvrir de visu, sa popularité ! Idem pour Alex Gaudino qui a mis le feu et tenu en éveil les spectateurs jusqu?aux petites heures du matin avec Destination Calabria et Que Pasa.
La rude tâche de chauffer la salle
Et la venue de ces pros du mixage étrangers à Maurice offre la possibilité de valoriser nos D.J. Car ces derniers sont aux platines avant le passage de leurs homologues venus d?ailleurs. « C?est déjà une fierté mauricienne d?accueillir les D.J. internationaux, mais cela vient aussi promouvoir le travail des locaux », déclare Arnaud Lacase, qui est lui-même D.J. Assurant donc la première partie du spectacle, ils ont la rude tâche de chauffer la salle? ou plutôt la discothèque improvisée en plein air ! « Il nous faut jouer des morceaux qui sont en vogue, mais qui vont aussi mettre de l?ambiance, avec l?aide de la technologie. Ces soirées sont des activités qui manquaient à Maurice », déclare Prakash, qui compte plusieurs années d?expérience dans ce domaine.
Pour David Jay, autre D.J. qui monte à Maurice, il incombe de divertir le public, mais aussi de favoriser la découverte : « En tant que D.J., nous devons être au fait des évolutions musicales, des derniers tubes en date pour que tout le monde puisse s?amuser. Mais il faut faire découvrir d?autres morceaux méconnus et ainsi créer une ouverture. »
Une porte qui s?ouvre donc pour nos as du mixage ! Et pour le plus grand bonheur des clubbers, les organisateurs comptent remettre ça dans les mois qui viennent ! Promis juré, le rendez-vous sera assuré
À L?ECOLE DU MIXAGE
Le mixage vous passionne ? Plusieurs possibilités de formations existent. Vers la mi-août, Ben Javed et Patrice d?Avrincourt lanceront une école à Rose-Hill. « La formation théorique et pratique sera assurée par trois D.J. professionnels à des groupes de cinq à sept élèves. Trois cabines disposant d?équipements de sonorisation ont été aménagées. Outre les horaires de cours réguliers, les élèves pourront également la réserver pour pratiquer », explique Ben Javed.
L?école est ouverte de 9 à 19 heures. Ces cours, qui s?adressent aux filles et garçons, aux amateurs comme aux semi-professionnels, durent deux mois. Autre possibilité, la JR School, à Port-Louis. Elle dispense une formation de quatre mois menant à un Certificate in Deejaying, approuvé par la Mauritius Qualifications Authority (MQA).
Le programme consiste à transmettre les bases du mixage aux étudiants. Il leur faut, au préalable, une qualification académique à partir de la Form III. Les cours ont lieu le samedi de 12 à 14 heures. Les frais sont de Rs 1 500 pour l?entrée et de Rs 1 500 mensuellement. Vous pouvez également être initié au deejaying par des D.J. Pascal Pierre donne des cours à son domicile, à Rose-Hill. « Je commence la base sur vinyle pour maîtriser les vraies techniques du deejaying », confie-t-il. Ses cours ont lieu sur une base hebdomadaire. La durée dépend de la progression de la personne qui les suit.
LE « DEEJAYING », C?EST QUOI ?
Littéralement, le rôle d?un D.J. est d?enchaîner deux morceaux de musique sans qu?il n?y ait de blanc. Mais celui-ci a largement évolué, ne se limitant plus à la simple sonorisation, et touchant davantage à la production. Pour la petite histoire, le deejaying (DJ-ing) est né dans le Bronx, au début des années 1980. Kool Herc est considéré comme le premier D.J. à avoir mixé deux disques, superposés et enchaînés sur la même base rythmique. Après le mixage apparut le scratch, inventé par D.J. Grandwizard Theodore. Et depuis, les D.J. n?ont pas cessé de créer de nouvelles techniques de mixage. Outre le scratch, le mixage se fait progressivement, notamment grâce au fondu-enchaîné (fade ou crossfading), entre autres. La technique la plus récente est le Beat Juggling (le jonglage des rythmes, qui s?applique avec deux disques identiques pour recréer une version différente de l?original, et en manipulant simultanément ceux-ci par découpage et réarrangement pour former des boucles). La technologie aidant, les D.J. utilisent maintenant des logiciels comme Ejay Rave, ainsi que d?autres formats de musique comme le MP3, pour composer des sonorités et les façonner en chanson.
LES FILLES S?Y METTENT AUSSI !
Le deejaying, serait-ce une histoire d?hommes ? Bien que ce soit essentiellement la gent masculine qui épouse cette profession, les filles ne sont pas en reste. Catherine Fleurant (photo), dit Lady Cat, en est un exemple. Bercée par un père ingénieur qui lui rapportait des albums achetés lors de ses voyages et par son frère, Henri, qui est D.J., elle a décidé de s?y mettre.
« J?ai commencé à jouer sur les appareils de mon frère pendant qu?il n?était pas là. Puis un jour, je lui ai fait écouter et il a été surpris. J?ai aussi participé à des compétitions et à de grosses soirées. J?aime mixer, mais c?est stressant quand on est devant la platine », explique-t-elle. Comme elle, Akriti Bacha, alias Miss Kitz, a été inspirée par son frère, Avneesh. Âgée de 16 ans, elle s?est inscrite au concours DMC DJ Scratch Mix.
Elle avait déjà participé au Sprite in da Mix Tour 2005. Sa passion pour le mixage est venue de l?observation de son frère qui officiait aux platines. Et pour se perfectionner dans ce domaine, l?adolescente s?est entraînée auprès de ce dernier à Singapour.
« Ces concerts contribuent à notre développement personnel »
Qu?est-ce qui explique l?engouement des Mauriciens pour de tels événements ?
L?ampleur pour ce type de soirées dépend de plusieurs facteurs. D?abord, il y a l?évolution technologique avec Internet, les blogs ; ce qui fait que la musique se partage et se propage. Puis, de plus en plus, on remarque que les gens veulent surtout devenir actifs, contribuer à faire quelque chose. Ils essaient de trouver un moyen de s?exprimer, s?épanouir et de s?éclater, et ce, afin de sortir de la passivité.
Autrefois, on se contentait des concerts classiques alors que la demande pour l?événementiel s?approfondit de nos jours. Pourquoi cette transition ?
Nous avons commencé à développer le goût de l?art. Le monde lui-même a aussi évolué dans ce sens, et nous motive à reconnaître que nous sommes tous talentueux. On apprend à se valoriser et à croire que nous pouvons faire quelque chose. Ce désir artistique qui s?éveille en nous nous fait osciller davantage vers ce type d?événement.
Nous sommes dans un monde de reconstruction avec des schémas qui étaient définis auparavant avec des artistes et des compositeurs. Il existait d?ailleurs, à ce moment-là, une barrière psychologique où les gens devaient faire avec ce qu?ils avaient. Mais désormais, la donne a changé et a aidé ces personnes, au public, à rompre cette barrière pour vivre son temps, sa liberté et son mode d?expression.
Ce type d?événement peut-il contribuer à l?épanouissement de l?individu ?
Les concerts permettent aux gens de se détendre, mais c?est aussi un moyen de grandir. Ces concerts contribuent à notre développement personnel. Souvent, on remarque que les groupes d?amis s?organisent pour le déplacement, les parents y participent avec leurs enfants, les couples s?y rendent également. La participation à de telles soirées peut développer des life skills.
Ainsi, au lieu d?être passifs devant la télévision ou la vidéo, toutes ces personnes, indépendamment de leur tranche d?âge, deviennent actives, mais également créatives.
DANS LES COULISSES DU SHOW
Qui sont les instigateurs des soirées des D.J. internationaux ? Il s?agit des responsables des agences événementielles. Pour les concerts d?Alex Gaudino et de David Vendetta, ce sont respectivement le groupe Hippies et Bluesteel Klubbing Gear et The Green Dot Co Ltd et le VIP Club, qui en ont été les chevilles ouvrières. Quelles sont les étapes entourant une tournée d?un D.J. étranger au pays ? Le point de départ, c?est la prise de contact. « Il faut d?abord s?enquérir auprès du manager du D.J. pour savoir s?il pourra donner un concert à Maurice. Nous avons suivi le parcours de David Vendetta depuis deux ans et après une rencontre, le contrat a été signé en janvier 2007 », explique Marie-Eve Chavrimootoo, directrice de l?agence The Green Dot, créée en 2006.
La compagnie des Hippies, fondée par les frères Éric, Wesley et Jérôme Élie, a démarré ses activités en 2005, avec l?organisation de soirées 80?s, avant d?enchaîner avec le concert de Tom Snare, après une rencontre avec Philippe Seither, manager de ce dernier. Le D.J. devait se produire à la Réunion pour la soirée Keep in Touch et a donc accepté de venir chez nous la veille. Et vu que Philippe Seither est également le manager d?Alex Gaudino, et qu?un déplacement sur l?île s?ur était prévu pour la Keep in Touch le 21 juillet 2007, les Hippies ont réitéré la démarche pour le 20 juillet, lors de la White Nightlife Destination Calabria.
Après la prise de contact, les modalités de déplacement, l?hébergement, le cachet de l?artiste, entre autres, sont finalisés, ainsi que la signature du contrat. Ensuite, les organisateurs planifient le déroulement, en cherchant l?emplacement et l?aménagement des équipements nécessaires. « Les D.J. internationaux n?apportent que leurs disques.
Ils nous communiquent une liste de matériel nécessaire pour la soirée et nous leur fournissons le tout », explique Fabrice Chaperon, des Hippies. Lors de cette préparation qui s?effectue six mois au préalable, les agences événementielles s?associent à des sponsors.
Après cette étape, elles poursuivent avec les aménagements, la décoration, la conception de la scène qui sera animée par des spectacles. « Nous étions à la soirée Keep in Touch en 2006 à la Réunion et nous nous en sommes inspirés pour monter le spectacle avec des danseurs et artistes divers pour la soirée d?Alex Gaudino », confie Wesley Élie, des Hippies. Comme eux, The Green Dot a également conçu un spectacle folklorique. Après l?élaboration de tous ces détails, les billets seront mis en vente et toutes les pièces du puzzle de la préparation seront assemblées jusqu?à la tenue finale du spectacle !
EN CHIFFRES
Entre Rs 1,5 et Rs 2,4 millions
Tel est le budget approximatif pour la tenue d?une soirée d?un D.J. international à Maurice. C?est l?évaluation des agences événementielles qui ont organisé la venue d?Alex Gaudino et de David Vendetta respectivement.
Ces frais incluent également le cachet de l?artiste, ainsi que les autres dépenses encourues pour ce type de concert.
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