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Un pan de notre histoire dévoré par les flammes
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Un pan de notre histoire dévoré par les flammes
C?est impardonnable. Une fois de plus, la négligence affichée par l'État vis-à-vis de certains monuments est affligeante. Dans la nuit de mardi à mercredi, le bâtiment vieux de 140 ans qui a abrité la Central Railway Station, à Port-Louis, a été la proie d'un violent incendie.
Cette partie donnant sur la gare Victoria et qu'occupaient dans un passé récent la National Transport Authority (NTA) et la poste, a été particulièrement touchée. Le feu n'a pas non plus épargné le plancher et les autres installations en bois au rez-de-chaussée comme à l'étage.
Ironie du sort, l'édifice classé monument historique a été la proie d'un incendie dont le départ a eu lieu dans un tas de détritus. Ces immondices ont sans nul doute été jetées par les marchands ambulants qui occupent illégalement les abords du bâtiment.
Telles des toiles d'araignées, des filins laissés par les colporteurs pendaient encore sous la varangue de ce qui avait été l'une des plus belles bâtisses de la capitale. Des étaux en fer grossier s'y trouvaient également, amoncelés parmi des restes de boîtes en carton.
Flanquant la gare routière qui dessert le sud et le centre de l'île, le bâtiment d'architecture victorienne avait fière allure, malgré l'état de décrépitude dans lequel il a été laissé depuis quarante ans.
En effet, depuis 1964, année de la mort du chemin de fer, l'édifice a été abandonné aux caprices du temps. Le ministère des Travaux publics ? maintenant le ministère des Infrastructures publiques ? responsable du bâtiment, n'a pas fait grand cas de son sort.
Ainsi, ce qui était naguère une belle varangue s?est transformé en un souk où se vendaient des babioles allant des craies contre les cafards aux chaussures en toile. Mais comme à toute chose malheur est bon, les colporteurs semblent avoir abandonné le bâtiment désormais en ruine. Espérons que l'incendie fera réagir les autorités. Depuis des lustres, un projet de réhabilitation a été évoqué, mais il est resté lettre morte. Seule la gare routière a subi un lifting.
Construite en pierre la Central Railway Station était l'endroit le plus fréquenté, après le port, à la fin du XIXe siècle et au début du xxe siècle. Elle abritait le quartier général des Mauritius Government Railways à l'étage, alors que les salles d'attente et de réservation se trouvaient au rez-de-chaussée. Le Central Telegragh Office, y avait également son siège, avant d?être transféré au bâtiment de la Poste centrale en 1877.
Un wagon-corbillard et une chapelle
La gare centrale était surtout un vestige du temps où des locomotives sillonnaient l'île, encore dépourvue de routes carrossables. En effet, sous la pression de la Chambre d'agriculture, les lignes de chemin de fer sont devenues une réalité en 1865 avec l'inauguration de la Central Line. Une route avec Mahébourg, Rose-Belle, Rivière-Dragon et Souillac est établie en 1878. La ligne Port-Louis-Bois- Chéri voit le jour en 1903, suivie de celles menant à Tamarin et Montagne-Longue l'année suivante.
Beaucoup d'anecdotes existent sur cette période de l'installation du chemin de fer qui aura coûté plus de 1,8 million de livres sterling à l'époque. Ainsi, le naturaliste George Clark suivait avec intérêt l'avancement des tranchées pour la pose des rails, dans l'espoir de mettre la main sur des restes du dodo. Son attente se prolongera, mais il aura de la chance en 1865 lors des fouilles à Mare-aux-Songes.
Beaucoup se demandent aussi d?où vient le nom de gare Victoria. Tout simplement parce qu?à l?époque, une statue de la reine Victoria se trouvait sur l?actuelle place des taxis et elle a ensuite été placée devant l?Hôtel du gouvernement.
Mais dans son livre Maurice : Une île et son passé, Antoine Chelin indique qu?une deuxième statue devant être installée devant l?Hôtel du gouvernement a été débarquée à Port-Louis le 20 avril 1902 par le navire Djemnah. Une ou deux statues, seule l?Histoire peut y répondre.
Il faut savoir également qu'avant l'arrivée des trains à Maurice, il existait un réseau de tramway dans plusieurs établissements sucriers. Le premier a été mis en place en 1858 par l'ingénieur français Pierre de Closets pour Donald de Rochecouste, propriétaire du domaine de Riche-en-Eau. Ce tramway reliait Beau-Vallon à Grand-Port.
Puis, le train a fait son entrée en scène. Ainsi, lorsque les locomotives ont commencé à faire leur apparition à partir 1865, il existait même un wagon-corbillard peint en noir et la gare qui se trouvait au cimetière de Bois-Marchand était utilisée comme une chapelle?
Le chemin de fer était un apport certain pour l'industrie sucrière pendant cette période, car le pays comptait 262 usines qui produisaient 125 000 tonnes de sucre par an. Le succès de la locomotive a été plus que foudroyant lorsque l'épidémie du Surra a frappé les bêtes de somme et de traite.
Mais avec l'avènement de l'automobile, le chemin de fer a vite perdu de son attrait. Il était plus facile de se rendre dans certains villages en autobus. La ligne de Rivière-Noire a ainsi été fermée le 15 juillet 1929 avec l'inauguration d'une desserte par autobus entre Petite- Rivière et Case-Noyale.
En 1956, le dernier train pour passagers est rentré en gare. C'était à l'occasion de la visite de la princesse Margaret.
Un convoi spécial faisant le va-et-vient avait alors transporté un total de 24 000 personnes, dont 7 000 écoliers.
En 1964, l'année de son centenaire, le chemin de fer, alors essentiellement utilisé pour le transport de sucre et des marchandises, a connu une fin tragique. Il était devenu trop coûteux.
Mais peut-être que le vieux bâtiment de la Gare centrale aurait pu être utilisé comme un musée, au lieu de laisser une locomotive au musée naval de Mahébourg? « Ou en un centre culturel » comme le souhaite Yvan Martial, ancien rédacteur en chef de l'express féru d'histoire. Quoi qu?il en soit c?est un pan de notre histoire et de notre patrimoine qui a fini dévoré par les flammes.
Série noire à la gare Victoria
C?est un enchaînement infernal. Deux bâtiments aux abords de la gare Victoria ont été détruits dans un incendie cette semaine. À l?angle de la rue Kitchener et Perdreau, le Victoria Bazar ? une foire permanente faite de tuyaux galvanisés et de tôle ? et tous les produits emmagasinés à l?intérieur ont été réduits en cendres mardi soir. L?origine du drame est inconnue, mais la police estime qu?il ne s?agit pas d?un acte criminel. Puis jeudi soir, vers 22 heures, la vieille boutique Amicale a été complètement ravagée par un incendie qui s?est déclaré à l?arrière, dans sa partie en bois.
Enfin le bâtiment en pierre sous une toiture en bois et en tôle, à côté des anciens locaux de l?ex-MCCB, et qui abritait le restaurant Cheminots n?a pas résisté au brasier. Certains marchands qui travaillaient sur place sourcillent devant cette série noire. Le bâtiment touché jeudi soir abritait aussi un entrepôt où ils gardaient leurs produits. La police a ouvert une enquête pour savoir si les trois sinistres ont quelque chose en commun.
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