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Un pacte avec les lauréats

12 février 2007, 00:00

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par Raj Meetarbhan

Le système des lauréats a un coût trop ambitieux pour Maurice. L?Etat dépense chaque année environ Rs 115 millions pour financer les études de ceux et celles qui occupent la tête du palmarès du ?Higher School Certificate?. Or, une étude officielle révèle que la plupart d?entre eux ne rentrent pas au pays après les études. Beaucoup ont disparu sans laisser de trace. La dynamique migratoire est à l??uvre, causant un préjudice au pays. Pourtant aucune correction n?est apportée au système des lauréats. Il n?a pas changé depuis des décennies.

Tant sur le plan financier qu?académique les pays développés offrent aujourd?hui des perspectives alléchantes aux lauréats issus des universités prestigieuses de la Grande-Bretagne ou d?ailleurs. Beaucoup ne sont pas insensibles à cet appât. Un nombre de plus en plus important de ces brillants cerveaux mauriciens choisissent de travailler à l?étranger. On peut comprendre leurs aspirations somme toute légitimes, mais, un pays pauvre comme le nôtre peut-il continuer à attribuer des bourses aussi coûteuses sans qu?il n?y ait retour sur investissement ?

Durant les années 90 déjà, les dirigeants du pays avaient anticipé le problème et discuté des mesures à prendre pour éviter le gâchis. Malheureusement, deux écoles de pensée s?affrontaient à ce sujet et le dossier n?a guère avancé. Le Premier ministre d?alors était un ardent partisan du libre choix. Selon lui, la bourse d?Etat représentait une récompense pour des efforts faits par l?élève en HSC. Suivant cette logique, le lauréat n?avait aucune obligation envers le pays à la fin de ses études. Anerood Jugnauth s?opposait fermement à toute législation qui ferait obligation aux lauréats de servir le pays pendant quelques années au moins après leur période de formation.

D?autres ministres de l?époque refusaient d?admettre que le bénéficiaire d?une bourse d?Etat puisse tourner le dos au pays qui a financé son éducation depuis le pré-scolaire jusqu?à l?université. Ils proposaient un engagement contractuel qui imposerait un choix au lauréat : soit il rentre au pays, soit il rembourse le montant des dépenses que ses études ont occasionné pour l?Etat.

Les deux points de vue se défendent. Il est vrai que si la bourse est conçue comme un cadeau destiné à récompenser le mérite des premiers de la classe alors il ne saurait être question d?y attacher des conditions. Une bourse octroyée sans contrepartie a effectivement un formidable effet incitatif et pousse les élèves à mieux développer leurs capacités. En revanche, ceux qui contestent cette vision soutiennent que l?éducation est un instrument au service de l'État et non un moyen de glorifier tel ou tel individu. Par conséquent, le petit pays pauvre qui finance les études de son élite ne peut accepter que son investissement profite aux nations riches qui garantissent des meilleurs débouchés aux jeunes professionnels. Et, poussant plus loin ce raisonnement, il est possible de préconiser des poursuites automatiques contre les boursiers qui ne respectent pas le contrat qu?ils ont signé au moment d?accepter leur bourse.

La situation se complique davantage avec les ambiguïtés concernant la valeur légale du contrat que les lauréats doivent actuellement signer. On tourne en rond depuis des années. Un compromis est nécessaire. Par exemple, l?Etat pourrait proposer aux lauréats, à la place du contrat légal, un pacte civique qui aura une force morale. Ce document les inciterait à travailler pour le pays plutôt que de s?offrir au mieux offrant.

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