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Un nouvel espoir pour les accros ?
Ce n?est pas un remède miracle, mais c?est un espoir énorme pour les drogués, les alcooliques et leurs familles. Six personnes s?envolent pour l?Australie au début du mois de février pour se faire faire un implant de naltrexone. L?Association pour personnes en larmes (APPEL), l?initiatrice de ce projet à Maurice, travaille en étroite collaboration avec le Centre d?accueil de Terre-Rouge.
Mais qu?est-ce que ce traitement ? La naltrexone est utilisée pour combattre l?accoutumance aux drogues, c?est un antagoniste qui empêche l?action des opiacés sur leurs récepteurs du système nerveux central (voir Questions à). Elle est donc utilisée comme un traitement de soutien dans le sevrage de la toxicomanie et dans la prévention des rechutes.
Les six bénéficiaires de ce projet ont été invités, sur une base de projet pilote, par celui qui a mis en place ce traitement il y a sept ans, le docteur George O?Neil de l?Australian Medical Procedures Research Program. Ce dernier était d?ailleurs à Maurice en décembre dernier. Lors de son séjour, il a rencontré Ian Mc Conville, le haut-commissaire australien à Maurice, qui a salué ses démarches. Ian Mc Conville compte donner son appui dans la relation bilatérale entre Maurice et son pays en matière de médecine dans l?avenir.
Grâce à ce projet, l?association APPEL qui est présente depuis plus de dix ans dans le social à Roche-Bois, veut à sa manière donner un coup de main à ceux qui sont en difficulté. Elle souhaite les aider à sortir du bourbier de l?alcool et des drogues et de leurs effets sur la famille, la société et l?économie.
Faire l?effort de changer
Cette initiative est d?ailleurs bien accueillie par les personnes qui vont bénéficier de cette aide. L?espoir est permis pour O., cet alcoolique qui a multiplié les plans de désintoxication. Il a tout essayé, jusqu?à consommer de la bière sans alcool pendant un moment, mais il a replongé ensuite pour « une vraie bière ». Idem pour cette femme, meurtrie par l?alcoolisme de son frère qui a suivi un traitement de désintoxication à l?hôpital Brown-Séquard 22 fois, sans compter les séjours en clinique et d?autres programmes de désintoxication dans d?autres centres. (Voir témoignages).
Mais attention, comme on le disait plus haut, la naltrexone n?est pas un remède miracle, car le sevrage n?est pas une fin en soi. Le Centre d?accueil de Terre-Rouge, qui pilote cette expérience et qui est dans la réhabilitation et la réinsertion depuis 21 ans, en sait long sur le sujet. Le traitement comportemental est primordial. « Il faut se dire que même lorsqu?on est guéri de l?alcool et de la drogue, on reste un dépendant en rétablissement toute sa vie. Mais on est heureux de ne plus être un esclave », fait ressortir Jean-François Rey.
Il faut encore combattre les tentations, les bars à tous les coins de rue, la pression de ceux qui vous traitent de « fifi » quand vous refusez de boire? Le Centre d?accueil de Terre-Rouge a élaboré pour les volontaires de la thérapie naltrexone un programme axé autour de la physiologie, la manière de vivre chez soi, la relation avec les autres, l?éducation et la réinsertion dans le travail.
« L?amour et le soutien de la famille sont importants dans ce combat », insiste Jean-François Rey. Il concède néanmoins que si l?alcoolique et le toxicomane ne peuvent pas changer le monde, ils peuvent, eux, faire l?effort de changer.
TEMOIGNAGES
■ C?est palpable, R. a de la détermination à en revendre.
Il lutte depuis des années pour sortir de l?engrenage de la drogue. « Mo drog mwa ek brown sugar depi ki mo ena 14 ans. Azordi, mo ena 29 ans, mo tuzur pa kapav arete. Mo finn fer karem, mo finn al La Mecque set fwa, mo finn fer ban program desintoxicasyon plisir fwa dan klinik, mo finn al guet bokou dokter. Mo finn rod sorti ladan me li pli fort ki mwa », racontait ce jeune homme, samedi dernier, au Centre d?accueil de Terre-Rouge lors d?une séance d?information sur la thérapie naltrexone.
Il y a sept ans, depuis qu?il s?est marié, il a cessé de se faire « piquer » parce qu?il ne veut pas risquer de transmettre une maladie à sa femme. Ce n?est là qu?une petite victoire. Depuis un moment, il ne sort plus pour ne pas avoir de contact avec le monde de la drogue.
Il a décidé de rester dans le giron familial et il travaille avec ses parents qui lui donnent un peu d?argent. « Mo papa ine bien laguerre ek banne marsan la drog.
Aster la pou ki mo pas tenté pou pren plis la drog, li même li aseté mo dose ki li donne mwa gramatin tanto. Li kontrol mwa », explique-t-il. Mais il sait que ce n?est pas la solution, que sa drogue ronge sa famille, il souffre de s?approvisionner en stupéfiants au lieu d?acheter un gâteau pour sa fille.
Il compte sur la naltrexone pour l?aider à voir le bout du tunnel.
■ « 1 % confiance mo né pli ena dans mo garçon. Sak fois li dir moi li pou sanzé mé li pa sanzé. Kan ou koz ar li li énervé ou bien li verse so larme, li dire moi mo pas konpran li. »
Ce père, comme tant d?autres, jongle entre espoir et découragement. Il a donné plusieurs chances à son fils K. de 22 ans qui se drogue au brown sugar. Il lui a permis de travailler avec lui dans son entreprise, mais ce dernier a fait main basse sur la caisse à plusieurs reprises. « Li bien embarrassant devan ou banne associé. » Ce père a finalement organisé une réunion de famille pour demander à K. ce qu?il voulait faire de sa vie. « Li finn repone mwa ki li le vive normalman et pou li normal ve dire boir ene ti labière ek kamarad ek fim masse », explique notre interlocuteur.
Finalement, il a lancé un ultimatum à son fils, ou ce dernier se décide à sérieusement tout mettre en ?uvre pour s?en sortir ou c?est la famille qui le rejettera.
« Mone accepté pou perdi mo garçon même si li bizin vinne ene clochard. Mone bizin fer le ker dir. » Mais l?espoir est permis, puisque K. a décidé, de lui-même, de se joindre à la thérapie naltrexone avec ses économies mises en dépôt à la banque.
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