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Un nouveau souffle économique pour Maurice et Madagascar
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Un nouveau souffle économique pour Maurice et Madagascar
À GRAND accord, grandes promesses. Hier à Tananarive, la capitale malgache, le Premier ministre mauricien, Paul Bérenger, et son homologue malgache, Jacques Sylla, ont signé trois conventions. Une nouvelle ère de développement économique s?ouvre donc pour les deux pays. Accompagnées d?un accord général, ces conventions portent sur une coopération technique au niveau du tourisme, de la promotion et de la protection réciproque des investissements. Elles doivent permettre aux deux pays de faire évoluer la coopération bilatérale dans un cadre juridique clair et sans ambages. Le but étant d?encourager les échanges commerciaux sur la base de garanties solides.
?Ces accords donneront un nouveau souffle aux deux pays. Ils sont classiques. Nous n?inventons rien, mais ça rassure?, déclarait Paul Bérenger après la signature au bureau du Premier ministre de Madagascar, hier après-midi. L?accord général, valable pour les dix prochaines années permettra de ?protéger les deux pays qui pourront promouvoir ensemble leur développement?, estime de son côté Jacques Sylla. Pour les deux dirigeants, il s?agit de bien plus qu?un échange de bons procédés.
Les documents ont été signés par le ministre des Affaires étrangères malgache, Marcel Ranjeva et, du côté mauricien, par le ministre de l?Industrie et des Services financiers, Sushil Khushiram, celui du Tourisme, Anil Gayan et celui des Affaires étrangères, Jayen Cuttaree. ?Nous sommes en train de faire l?histoire?, souligne Paul Bérenger, alors que Jacques Sylla évoque une journée à ?marquer d?une pierre blanche?.
Deux autres accords initialement prévus, l?un portant sur la culture et l?autre sur le commerce, ont été reportés à une date ultérieure. Ils ont besoin d?être peaufinés. ?L?accord commercial est très compliqué. Celui portant sur la culture est très important pour nous et nous souhaitons qu?il rapproche davantage les deux peuples?, explique le Premier ministre mauricien.
L?entente est telle que les deux gouvernements veulent pousser le partenariat plus loin. Sur le plan régional d?abord, à travers la Commission de l?océan Indien et la Southern Africa Development Community (SADC), à laquelle Madagascar devrait adhérer d?ici quelques mois. Ensuite, au niveau international, les deux pays voudraient bien faire voix commune au sein de l?Union africaine et, comme le dit Jacques Sylla, ?pourquoi pas au sein des Nations unies ??.
Canaliser l?investissement
Reste maintenant à transformer ces promesses en concret. Et à ce niveau, il y a du pain sur la planche, même si les deux parties sont pleinement confiantes. Plusieurs réalités, dont la lourdeur administrative, risquent en effet de freiner cet élan. ?Nous devons faire en sorte que cela aille plus vite?, dit Jacques Sylla. Au niveau malgache, des structures, dont le Guichet unique pour l?investissement du développement des entreprises (GUIDE), ont été mises en place pour mieux canaliser les investissements et éviter les goulets d?étranglement. Mais cela ne suffira pas.
Ces fameuses lourdeurs administratives et autres contraintes pratiques étaient très présentes durant les discussions d?hier matin lors de la grande rencontre secteurs public- privé mauricien et malgache en présence de Paul Bérenger et de Jacques Sylla à l?hôtel Colbert. Les différents régimes fiscaux et douaniers posent de gros problèmes pratiques, estiment les opérateurs mauriciens. L?absence d?infrastructure élémentaire comme des chambres froides au port de Tamatave risque, par exemple, de refroidir les ardeurs.
Toutefois, l?optimisme est de mise. ?Notre intérêt est clair. Une coopération régionale est nécessaire. Les opérateurs et policy makers l?ont bien compris?, souligne Raj Makoond, le directeur de notre Joint Economic Council.
Les premiers secteurs de collaboration bilatérale qui devraient connaître un envol rapide sont, de l?avis de tous, l?agriculture et le tourisme. Madagascar a la capacité d?être un grenier pour la région. Les grandes man?uvres devraient commencer par l?importation de pommes de terre de Madagascar à Maurice. Un projet pilote a d?ailleurs démarré entre le Mauricien Satish Ramruttun d?ERS Marketing et son partenaire malgache Josoa Ramamonjisoa, directeur de l?Institut supérieur de technologie de Tananarive. Cela servira de test pour d?autres importations de fruits et légumes, explique Jean-Noël Humbert, le président de la Chambre d?agriculture mauricienne.
L?autre secteur prometteur est le tourisme. Madagascar a un énorme potentiel avec sa faune et sa flore uniques au monde et sa richesse culturelle. Le seul hic : la Grande ïle n?a pas les compétences pour les développer. Et c?est là que l?expérience et le savoir-faire mauriciens peuvent agir comme détonateurs. Plusieurs opérateurs touristiques mauriciens ont d?ailleurs déjà clairement signifié leur intérêt sur ce plan. L?île Sainte-Marie, par exemple, visitée par Paul Bérenger dimanche dernier, attire les convoitises. Au niveau aérien, le partenariat entre Air Mauritius et Air Madagascar reprend sur de nouvelles bases avec un accord signé cette semaine entre les deux directions. De huit vols hebdomadaires, la desserte passe à dix, avec, en prévision, un vol direct entre Plaisance et Nosy Be.
De notre envoyé spécial à Madagascar Patrick HILBERT
COOPÉRATION BILATERALE
Le président malgache met de grands espoirs dans le nouveau partenariat
- ?Nous attendons beaucoup de cette visite et voulons que des projets touristiques, d?agriculture et de fermes intégrées se concrétisent rapidement.? Le président Marc Ravalomanana s?est montré très optimiste au dîner officiel qu?il a offert hier en l?honneur de la délégation mauricienne dans le décor colonial du palais présidentiel à Antananarivo. Il espère, tout comme le Premier ministre mauricien, Paul Bérenger, que ces accords vont accélérer les choses entre les deux pays.
Ce qu?il attend de ces conventions bilatérales est clair. ?Vous avez le savoir-faire, nous avons les ressources. Vous avez la technologie, nous, les grands espaces. Chez vous, c?est le séga, ici c?est le salegy?, a déclaré Marc Ravalomanana pour illustrer la complémentarité des deux pays. De plus, le chef de l?Etat malgache souhaite que cette entente puisse ?développer un pôle économique dans cette partie du monde?.
Paul Bérenger a abondé dans le même sens. Le protocole d?accord signé hier sur la promotion et la protection réciproque des investissements est encore un exemple de la volonté du pays d?entrer sur le marché libéral. ?Cet accord va grandement contribuer à la création d?un environnement hautement favorable aux investissements en provenance de Maurice ou de Madagascar?, estime le Premier ministre. Cet accord vient se greffer sur plusieurs grandes mesures déjà prises par le gouvernement malgache pour encourager les investisseurs étrangers à s?installer dans la Grande île. Une des mesures les plus importantes est la loi passée en août dernier permettant aux étrangers d?accéder à la propriété foncière.
Pour Paul Bérenger, ?cette décision aura une très grande portée sur le développement des secteurs agricole et hôtelier, secteurs qui intéressent particulièrement les opérateurs économiques de mon pays?.
Ce dernier a également lancé un appel pour que les deux pays puissent se positionner en ?seafood hub?. Maurice et Madagascar ont tous deux de larges étendues de zones économiques exclusives maritimes. De plus, Maurice a également un port franc idéal pour le transbordement, la transformation, la distribution et la réexportation des produits de la mer à valeur ajoutée.
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