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Un miracle à bout de souffle

13 août 2004, 20:00

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Il reprend son souffle. De son expiration dépend sa vie. Les poumons dilatés, le souffleur de verre libère sa créativité à grosses bouffées. Ses joues doublent de volume. Toutes leurs rondeurs sont mobilisées pour façonner la courbure du produit. Comme un fruit trop mûr qui menace d?éclater, les lèvres rose chair sont gonflées à cause du contact répété avec la canne.

C?est au bout d?une sarbacane en acier ? aux allures de flûte avec son mètre soixante ? que tout se joue. Dans l?atelier ceinturé par un petit muret, l?équipe de dix personnes de la Mauritius Glass Gallery s?active. Dix gaillards qui changent de place toutes les heures.

Chauffés par la chaleur du four, les tabliers et les lunettes de protection s?activent. Là, au pied du muret, juste en dehors de l?atelier, gît la matière première. Presque pathétique. Brisée, pratiquement pilée. Entre les débris, l?on reconnaît les restes de chopines de bière, de litres de boisson gazeuse. Transparence réduite en morceaux avant d?entamer une nouvelle vie. Sans rompre les liens de la Mauritius Glass Gallery avec la société mère : Ph?nix Camp Minerals.

Une pancarte caustique fixée au tourniquet qui barre l?entrée, plante le décor : «Get a free sauna.» A l?extrême gauche de l?atelier dallé, se tient le four, aux allures de fournaise. On sent davantage son souffle brûlant qu?on ne le voie. Sécurité oblige. La température atteint les 1 100°C à 1 200°C. Un enfer qui en une nuit transformera le verre brisé en une pâte.

choc des éléments

Après que la dureté et le tranchant du verre aient été vaincus par le feu, le four livre une matière incandescente et malléable. Choc des éléments. D?une main où ne perce pas la moindre hésitation, le verrier armé d?un carré de papier journal mouillé à intervalles réguliers, arrondit un peu plus la boule au vermillon prononcé qui brûle au bout de la canne. A l?abri de la chaleur sous son bonnet vieux rose, l?ouvrier lève un instant les yeux de la besogne. Du geste, nous lui demandons s?il n?a pas peur de toucher la pâte brûlante avec ce qui nous semble être une protection minimale. Petit signe de dénégation, léger sourire devant notre appréhension, avant que ses traits ne reprennent la place allouée par l?effort de concentration.

On n?est pas très loquace à l?atelier. Chaque seconde compte. Il s?agit de ne pas laisser refroidir la matière vive. De la travailler, la soumettre à son souffle, lui faire épouser les contours d?un moule. D?aller plus vite que ce traître qu?est l?air ambiant, qui s?obstine à vouloir figer la matière dans un état brut.

Il est temps de passer à l?étape décisive. Celle modelée par le souffle du souffleur de verre. Comme un athlète arrivé en finale, il se présente promptement sur la ligne de départ. Empoigne la canne entre ses doigts usés par l?entraînement. Avant de souffler tout son soûl. Comme si sa vie en dépendait. Il donne tout ce qu?il a dans le ventre. Mouvement de la trachée et de la bouche coordonné avec le roulement continu des doigts, pour équilibrer le souffle fertile venu de ses poumons.

Roulée d?abord à l?horizontal, la canne redescend vite en position verticale pour finir sa course dans le moule qu?un collègue referme d?un coup sec après que le souffleur de verre y ait introduit le bout incandescent de sa canne. Pendant tout ce temps, le maître d??uvre n?arrête jamais de déverser le contenu de ses poumons dans la canne.

Quand enfin elle ressort du moule, la pâte de verre s?est visiblement allongée. Entre les deux bouts vermillon se tient un long corps mince et transparent. Il sera remisé dans une chambre de décompression pendant toute une nuit pour éviter que le verre ne se brise.

<B>Richesse des manipulations</B>

Véritable palais des glaces que le showroom de la Mauritius Glass Gallery. Après le four qui chauffe l?atelier, la pièce aux étagères couvertes d??uvres fragiles frappe par sa fraîcheur et la lumière qu?elle diffuse. On est d?abord assailli par une panoplie de verres. A bière, à eau, à vin, à liqueur, flûtes de champagne. Avant de passer plusieurs minutes à contempler l?équilibre altéré du verre offset. Son histoire est synonyme d?étourderie. C?est par accident qu?un verrier a placé le pied de ce verre en biais. Prix de cet article qui vaut le coup d??il : Rs 207 la pièce. Que dire des verres «qui penchent comme la tour de Pise» à Rs 124.

Nous buvons goulûment les formes et le léger vert de tout ce verre poli. Impossible d?oublier que dans la pièce d?à côté, des panneaux disposés par Friends of the Environment, rappellent que la durée de vie du verre dans la nature est de 4 000 ans.

En sus de sa vocation lucrative et créative, la Mauritius Glass Gallery contribue aux efforts de recyclage du verre. Une partie de ses recettes est versée à la Mauritius Wildlife Foundation. Réflexe inévitable, nous pensons aux trésors naturels de l?île aux Aigrettes, avant d?aborder les rivages féériques des kaleidoscopes. La soufflerie de Ph?nix ne se cantonne pas à fabriquer de l?utile. Presse-papiers, abats-jour, cendriers et vaisselles diverses frottent leur surface lisse avec celle des sujets à tête de dodo et de poisson. La fourchette de prix commence à Rs 2,35 pour les billes décoratives qui agrémentent vases à fleurs et aquariums. Le maximum est déterminé par les goûts du client et des objets qu?il peut faire réaliser sur commande.

Mauritius Glass Gallery, Pont Fer Ph?nix. Renseignements : 696 3360. Heures d?ouverture : 8 heures à 17 heures.

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