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Un ministère, pour quoi faire ?

21 septembre 2008, 00:00

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Le gouvernement a son Sisyphe : Sylvio Tang. Il dégringole aux Jeux des îles, tutoie les sommets aux Jeux Olympiques de Pékin, et depuis le remaniement, repart vers d?autres ascensions. Son nouveau terrain est la protection des consommateurs. Jusqu?alors rattachée au ministère de la Femme, cette attribution a pris du galon. La voilà transformée en portefeuille à part entière, dirigé par l?ex-ministre de la Jeunesse et des sports.

« Etre à l?écoute, redonner confiance aux consommateurs et faire respecter leurs droits », telles sont les nouvelles ambitions de Sylvio Tang. En clair, il n?a rien de concret à annoncer pour l?instant. « Je dois d?abord rencontrer mes officiers », s?excuse-t-il. Et il confie : « Je promets de faire de mon mieux ». Ça tombe bien car l?attente est forte du côté des associations de consommateurs. Ce qu?elles espèrent ? Un superministère. « Pour exister, cette nouvelle entité devra avoir une capacité d?influence, voire d?autorité, sur l?ensemble des actions menées par les ministères », laisse entendre Mosadeq Sahebdin, porte-parole de l?Institut de protection des consommateurs (ICP).

« Les boulangers font ce qu?ils veulent »</B>

Et s?il voit si large, cela signifie qu?« une vraie politique de protection des consommateurs est forcément transversale ». D?où le besoin d?un « droit de regard » sur la Santé ou l?Environnement. Mosadeq Sahebdin propose donc une nouvelle idée à creuser. Il suggère de « mettre sur pied un Consumer protection council chargé de coordonner l?action des ministères ».

Il est rejoint sur ce point par Jayen Chellum, le secrétaire général de l?Association des consommateurs de l?île Maurice (ACIM). Lui aussi est impatient de voir le tout nouveau ministère à l??uvre. Tout en restant « vigilant sur le risque d?en faire une coquille vide ».

Cette coquille, Jayen Chellum aurait de quoi la remplir. « J?ai en tête une liste de mesures simples, concrètes et rapides », assure-t-il. Comme celles concernant l?accès à l?information des consommateurs.

« Ce droit essentiel est en train d?être bafoué », dénonce Jayen Chellum, qui cite deux exemples. D?abord, l?usage du chinois, du malais ou de l?arabe sur les emballages (alors que seul l?anglais et le français sont autorisés). Ensuite, « les prix fixés à la tête du client, notamment sur les étals des marchés ».

« En Inde, poursuit-il, les bazars sont bien plus grands que chez nous. Pourtant, l?affichage des prix est respecté. Si Tang veut réussir ses débuts et marquer son ministère, qu?il s?attaque d?emblée à ce problème.

Ce n?est pas compliqué, il suffit de faire respecter la loi », explique le secrétaire général de l?ACIM.

Un autre sujet où Sylvio Tang est attendu concerne les prix. Ceux des médicaments, du lait ou encore du pain. « Pour les pains traditionnels - baguette et pain-maison - il n?y a pas de problème.

Mais pour ceux dits de luxe, c?est l?anarchie, les boulangers font ce qu?ils veulent », se plaint l?ACIM.

Le ministère « très moderne » promis par Sylvio Tang a fait naître bien des espoirs. L?ICP les a compilés dans une sorte de livre blanc, assorti d?une kyrielle de propositions. Par exemple, traquer les sociétés de crédits fumeuses, réorganiser les Small claims tribunal, lutter contre le matraquage publicitaire de certains produits pharmaceutiques ou promouvoir la création de class actions à Maurice.

Très utilisée aux Etats-Unis, cette dernière idée est la plus ambitieuse.

Les « actions collectives en justice » permettent à un grand nombre de consommateurs ayant subi le même préjudice d?obtenir une indemnisation sans avoir à payer des honoraires d?avocats élevés. Des exemples de ces préjudices sont les cas de surfacturation téléphonique ou de prélèvements de frais bancaires indus. « Chaque victime pourrait mandater une association de consommateurs pour la représenter au sein d?une action en justice groupé. Une seule procédure, un seul verdict, pour un nombre illimité de plaignants, c?est tout l?intérêt des class actions », explique un juriste.

Le problème, c?est que « les class actions font peur à beaucoup d?entre-prises », qui craignent à terme, un impact économique lourd. Du reste, Jayen Chellum ne se fait guère d?illusions :

« Les décideurs politiques sont trop proches du secteur privé pour lancer un tel dispositif. Ce serait pourtant une avancée énorme ».

Les consommateurs mauriciens, eux, mettent la barre moins haut. Comme ce couple interrogé au rayon d?un supermarché : « Ce qu?on attend d?un ministre des Consommateurs (sic) ? Rien de révolutionnaire, plutôt des efforts pour améliorer le quotidien, sur la qualité des aliments par exemple ».

<B>« La transparence,voilà une belle bataille »</B>

Notre assiette préoccupe aussi les membres des diverses associations. D?autant qu?ils n?entendent « plus parler de tests réguliers sur les fruits et les légumes, afin d?évaluer leur taux de pesticides, comme cela se faisait autrefois ».

« En matière de sécurité sanitaire, les autorités semblent avoir baissé les bras, renchérit Jayen Chellum. « J?aimerais aussi qu?on m?explique pourquoi les tests sur la qualité de l?eau ne sont jamais publiés.

La transparence, voilà une belle bataille pour un ministère dont la vocation est de protéger les consommateurs », résume le secrétaire général de l?ACIM.

Alors, ce nouveau ministère sera-t-il celui du passage à l?acte ? Ou restera-t-il un cabinet fantôme placé sous la tutelle de quelques ténors du gouvernement ? Pour se faire une idée, les associations de consommateurs ont maintenant hâte de rencontrer le ministre. Histoire de sonder ses mots. Et même de grands mots. « Je relèverai tous les défis », promet Sylvio Tang.

De John Major à Sylvio Tang</B>

« Consumer Protection and Citizen?s Charter ». On pourrait tenir pour anecdotique l?intitulé officiel du ministère dirigé par Sylvio Tang. Mais la présence de l?expression « Citizen?s Charter » va beaucoup plus loin qu?une simple affaire de vocabulaire. De quoi s?agit-il ? D?une initiative lancée par le Premier ministre anglais, John Major, en 1991, dont le but est de garantir les droits du citoyen face aux administrations. Dix-sept ans plus tard, des éléments du Citizen?s Charter ont perduré. Pourtant le projet n?est généralement pas reconnu comme ayant été un succès. Reste à savoir quel goût aura le Citizen?s Charter à la mauricienne.

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