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Un Mauricien au centre d’une bagarre pour la liberté d’expression

5 octobre 2006, 00:00

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Maurice est prise bien malgré elle au beau milieu d’un bras de fer politique opposant les deux principaux partis des Seychelles sur la question de liberté d’expression. Un de ses fils, Me Kishore Pertab, est accusé par l’opposition d’être venu renforcer le penchant dictatorial du gouvernement de James Michel en conseillant qu’un permis de radio lui soit refusé. Du coup, on assisterait à une renaissance des sentiments anti-mauriciens dans l’archipel.

Kishore Pertab a été embauché comme conseiller auprès du ministère seychellois de la Télécommunication et des Technologies informatiques peu après avoir été battu aux élections générales de 2005. Il y a travaillé jusqu’à il y a deux mois quand il est revenu à Maurice peu après la présidentielle seychelloise tenue en juillet et qui a reconduit James Michel au pouvoir. Un des projets sur lesquels il a travaillé alors qu’il était employé par le gouvernement seychellois était une refonte du Broadcasting and Telecommunication Act.

Aussitôt revenu au pouvoir, le gouvernement a demandé l’avis de Me Pertab concernant une demande de permis pour l’opération d’une radio venant de l’opposition. Il s’est prononcé contre, arguant que le nouveau Broadcasting and Telecommunication Bill prévoyait de toute façon que les partis politiques et les organisations religieuses ne soient pas autorisés à contrôler une radio. Il a fait ressortir que cette tradition est largement respectée dans la région, notamment à Maurice et en Afrique du Sud. Il a conseillé au gouvernement Michel de légiférer en conséquence et de refuser la demande du Seychelles National Party.

Seulement voilà. L’Attorney General des Seychelles a donné un avis contraire. Il soutient que refuser la demande du SNP est anticonstitutionnel dans la mesure où il enfreint la liberté d’expression de ce parti. Il est resté sur sa position même après avoir écouté Me Pertab expliquer la sienne.

Mais mardi, le gouvernement Michel a tranché. Le conseil des ministres, mené par le président de l’archipel, a adopté le projet de loi Pertab et a refusé la demande du SNP. C’est la révolte parmi les partisans du SNP qui a eu le soutien d’environ 45 % des Seychellois lors des dernières élections.

Les jours précédant la réunion du conseil des ministres de mardi, des slogans hostiles au gouvernement se faisaient déjà entendre. Une manifestation menée par les dirigeants du SNP a été orchestrée le jour même pour protester contre le projet de loi jugé antidémocratique et anticonstitutionnel.

<B>Des journaux indépendants... climat répressif</B>

Très vite, les attaques deviennent personnalisées. Le SNP, déjà pas très sympathique durant la campagne électorale à la présence en grand nombre des Mauriciens dans l’archipel, s’en est pris à Kishore Pertab, l’accusant de vouloir entraver la liberté d’expression des Seychellois. La manifestation s’est terminée dans la violence, l’armée seychelloise s’en étant mêlée. Le leader de l’opposition Wavel Ramkalawan aurait été atteint d’un coup de balle en caoutchouc à la tête et il a été hospitalisé. Selon la presse locale, trois autres manifestants auraient également été blessés. Roger Mancienne, secrétaire général du SNP et rédacteur en chef du journal de parti Regar, aurait été arrêté puis relâché hier.

“La stabilité et la paix sont très importantes. Nous avons affaire à une opposition irresponsable qui n’a aucun respect pour la loi alors même que certains de ses dirigeants font partie de l’appareil législatif”, a déclaré aux journalistes locaux le président James Michel, de retour d’une mission en Europe.

Commentant l’affaire de Maurice, Kishore Pertab avoue ne pas comprendre pourquoi c’est lui qui fait l’objet des attaques du SNP. “Je n’étais qu’un simple conseiller et le gouvernement avait toute la possibilité de ne pas accepter mon avis. Je suis préoccupé par la campagne à relent xénophobe mené actuellement dans l’archipel. Mon épouse et ma fille s’y trouvent encore et je ne suis pas très rassuré par rapport à leur sécurité”, dit-il.

Les incidents ont attiré pas mal d’attention sur les Seychelles. L’organisation internationale Reporters Sans Frontières a été parmi ceux à réagir hier. “Il est grand temps que le gouvernement relâche dans la paix le contrôle qu’il exerce sur l’information aux Seychelles. Nous ne voyons aucune raison valable pour arrêter Mancienne”, a déclaré cette organisation dans un communiqué officiel. Il existe bien des journaux dits indépendants aux Seychelles. Mais ils évoluent dans un climat assez répressif, estime l’opposition.

La manifestation orchestrée par l’opposition mardi a été qualifiée d’illégale. Wavel Ramkalawan et les autres manifestants seront traduits en cour de justice mardi prochain. Le twist dans l’histoire c’est que fort probablement ils devront paraître devant la senior magistrate …Lovania Pertab, épouse de celui par qui les malheurs du SNP sont arrivés. Celle-ci est attendue à Maurice aujourd’hui où elle vient passer son week-end en famille.

Selon toute probabilité, elle demandera à ne pas présider à l’affaire mais alors, la justice seychelloise aura fort à faire pour lui trouver un remplaçant. Le service serait confronté à un sérieux manque de magistrats.

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