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Un manuscrit sur Agalega vendu à Rs 2 millions
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Un manuscrit sur Agalega vendu à Rs 2 millions
?C?est le manuscrit le plus extraordinaire que je n?ai jamais eu !? L?enthousiasme de Bruno Sepulchre, propriétaire de la Librairie Ancienne, à Paris, est à la mesure de sa trouvaille : un manuscrit signé de l?administrateur français d?Agalega retraçant la vie sur l?île de 1827 à 1839.
Il y a deux ans encore, Auguste Le Duc dans l?Ile de Galega figurait dans le catalogue de la Librairie Ancienne Bruno Sepulchre. Un collectionneur français le lui a acheté à? 60 000 euros (soit près de Rs 2 057 000) ! Mais l?ouvrage est si précieux que le libraire en a gardé une photocopie !
Lorsqu?il est entré en possession de l?ouvrage, Bruno Sepulchre a contacté l?ambassade mauricienne à Paris. Il pensait que Maurice voudrait l?acquérir. Selon le libraire, l?ambassade n?était pas intéressée et ne lui a fourni ?que très peu de renseignements?.
Le passionné d?histoire qu?il est a du mal à comprendre cette absence d?intérêt. Tout comme il a du mal à accepter qu?on puisse lui refuser l?autorisation de visiter l?île. Bruno Sepulchre avait en effet décidé de se rendre à Agalega en vue d?écrire un livre sur le manuscrit. Il avait même trouvé un bateau pour l?y déposer ! Mais le ministère français des Affaires étrangères lui a conseillé d?oublier cette idée car il ne pourrait pas se rendre sur l?île.
Le manuscrit est une véritable trouvaille. Le catalogue de la librairie relate que Le Duc Saint Elme avait été chargé, en 1827, d?administrer ?une île perdue sur l?océan Indien, avec comme seule compagnie 200 esclaves?. Ce qui aurait pu ressembler au scénario classique des colons du XIXe siècle s?avère totalement différent. Une fois arrivé, l?administrateur tente coûte que coûte de recréer une utopie égalitaire à la Jean-Jacques Rousseau ou Bernardin de St Pierre et, contre toute attente, il réussit.
?Il est singulier de voir ce colon français du début du XIXe siècle, dont la principale occupation n?est pas d?exploiter un domaine et ceux qui y travaillent contraints et forcés, mais avant tout d?élever au rang d?hommes et de citoyens, des êtres que le commun méprisait?, explique Sepulchre dans son catalogue.
Un des accomplissements les plus singuliers de Le Duc Saint Elme fut son approche envers le manque de femmes sur l?île. Cette situation créait beaucoup de problèmes. Il instaura alors un accord à l?amiable entre les hommes mariés et les célibataires. L?homme marié adoptait donc un célibataire avec lequel il fraternisait et qu?il appelait ?noir-bonsoir?.
Le système était simple mais efficace, comme l?illustre le manuscrit : ?Chacun fait sa semaine, c?est-à-dire que lorsqu?ils ne mangent pas ensemble, la négresse va dans la case de l?un pour lui préparer son souper, et revient dans la case de l?autre pour coucher avec lui, et ainsi alternativement. La morale publique n?est nullement blessée, puisque ce sont des conventions faites et observées religieusement. Tous les enfants sont légitimes ou légitimés.?
Le contrat social de Le Duc Saint Elme fonctionnait très bien. Même en limitant le travail hebdomadaire à 50 heures par semaine, cette communauté harmonieuse réussit à transformer les cabanes en maisons, à introduire des charrettes, des plantations et de l?apiculture, et à assainir les marais. Les constructions, en plus d?une école et d?un gymnase, incluaient des routes, une chaussée reliant les deux îles, un phare, des bateaux, un hôpital, une chapelle, un moulin à vent, des puits et même une école de natation où les jeunes pouvaient nager protégés des requins.
Le Duc Saint Elme eut une triste fin. Il avait quitté l?île en 1839 sous la direction des frères Paillère. A son retour en 1841, ?il trouve l?île dans le plus grand désordre, la population divisée et maltraitée, la plupart de ses institutions ruinées. Craignant pour sa vie à cause de deux nouveaux colons il est obligé de renoncer à Agalega. Plus de deux tiers des habitants veulent quitter l?île avec Le Duc Saint Elme?. Il mourut, ruiné et aveugle, à Mahé (Seychelles) en 1851.
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