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Un jeu trouble
Le point de départ de la convocation du ministre Sushil Khushiram par la commission anti-corruption est ahurissant. Il a été invité à se rendre à l?ICAC sur la base d?allégations faites dans un tract anonyme rédigé sous la forme d?un affidavit et attribué à l?homme d?affaires Teeren Appasamy.
Ce texte contient de graves allégations à l?encontre de plusieurs personnalités, dont des politiciens, des hommes d?affaires et des professionnels. L?avoué Pazhany Rangasamy a affirmé qu?il ne s?agit pas d?un ?authentique affidavit? de son client, Teeren Appasamy. Le récit d?intrigues qui y est fait mélange savamment un certain nombre de faits apparemment vérifiables et ce qui ressemble à de folles fabulations. Il pourrait n?être que le fruit de l?imagination d?un mythomane ou des inventions d?un maître-chanteur.
?L?express?, qui possède une copie du texte, a choisi de ne pas en répercuter le contenu lorsque nous avons eu confirmation des hommes de loi de Teeren Appasamy qu?il n?émane pas de celui-ci et qu?il n?est pas un affidavit juré en cour. Le tract s?attaque à la réputation de gens sans répondre aux exigences de rigueur et d?exactitude qui s?appliquent aux informations publiables.
L?ICAC a jugé opportun de convoquer un ministre de la République, responsable des services financiers de surcroît, que le tract associe à un fumeux projet hôtelier au Port-Louis Waterfront. La commission anti-corruption est légalement habilitée à agir à partir de dénonciations anonymes, mais elle court le risque d?être manipulée par des dénonciateurs malveillants.
Outre le ministre Sushil Khushiram, plusieurs personnes visées par le tract anonyme ont déjà démenti avec la plus grande fermeté les allégations qu?il contient. Parmi ceux qui se sont élevés contre les ?non-vérités? colportées par ce document figurent le député Eddy Boissézon, l?homme d?affaires Iqbal Muthy et deux des directeurs du cabinet De Chazal Du Mée, Jean Marc Harel et Emmanuel Ng Cheong Tin. Auparavant, la crédibilité de Teeren Appasamy avait déjà été mise à mal par le banquier Philippe A. Forget qui a contesté, preuves à l?appui, plusieurs allégations faites par l?homme d?affaires.
L?utilisation qui a été faite du faux affidavit, d?origine douteuse, soulève une question importante qui relève de l?éthique. Quel traitement doit être accordé à des dénonciations anonymes non-soutenues par des faits vérifiables? A cet égard, le ministre Anil Gayan tient des propos très justes dans l?interview qu?il accorde à ?week-end? hier pour fustiger tous ceux qui utilisent l?anonymat ?pour proférer des attaques lâches?. Il demande notamment aux radios de ne pas ouvrir leurs micros à des gens dont elles ne connaissent pas l?identité.
Comme les radios libres, l?ICAC est une institution qui n?est pas à l?abri de quelques erreurs de jeunesse, mais il faut espérer qu?elle tirera les enseignements de ses péripéties. Par exemple, elle devrait arriver à convoquer dans ses locaux Teeren Appasamy, le principal bénéficiaire allégué des fonds détournés à la MCB. Cela lui évitera d?avoir à s?appuyer sur des documents incertains.
L?opinion ne peut qu?être troublée par l?affirmation de l?avoué Rangasamy qu?il suffit d?une reqûete formelle de l?ICAC pour qu?il organise une rencontre entre la commission et son client. En général, la commission multiplie les initiatives dès qu?il y a un bel os à croquer. Pourquoi fait-elle preuve de moins de célérité dans ce cas ?
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