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Un héritage à assumer
Pravind Jugnauth est arrivé au sommet par une voie relativement facile. Le plus difficile, pour lui, reste à faire. D?abord, il doit démontrer qu?il peut exister, politiquement, hors de l?ombre du mythique Sir Anerood. Ensuite, le nouveau ministre des Finances doit énoncer sa vision et fixer ses objectifs économiques. C?est un homme qui communique avec une mesure extrême et donc ses orientations sont très peu connues.
Sur le plan du tempérament, on sait déjà qu?il n?a pas hérité des traits marquants de son père. Lui refoule ses sentiments et demeure policé en toutes circonstances tandis que Sir Anerood est spontané, impulsif. Cependant, les deux semblent ?result-oriented? même si leurs méthodes sont très différentes.
Au ministère de l?Agriculture, Pravind Jugnauth a traité avec beaucoup d?efficacité du délicat dossier de la réforme de l?industrie sucrière. Malgré les assises rurales de son parti, il a fait adopter un plan de centralisation qui autorise la réduction des effectifs dans une industrie qui recrute sa main-d??uvre dans les villages. Dans cette affaire, la rationalité économique a pris le dessus sur les considérations politiciennes à court terme. Certes, le support du Premier ministre et du ministre des Finances d?alors a été un facteur clé dans l?aboutissement du Strategic Sugar Sector Plan, mais Pravind Jugnauth a néanmoins le mérite personnel d?avoir su expliquer avec clarté ses objectifs et d?avoir exercé ses talents de négociateur avec un art consommé.
Plus de 15 000 employés sont partis en retraite volontaire sans que cela ne provoque des tensions sociales. Un programme de modernisation, reporté à maintes reprises par manque de courage politique, a été mis en ?uvre sans aucun problème majeur. Le ministre de tutelle peut légitimement revendiquer quelque crédit pour ces résultats.
Il va de soi qu?aux Finances, ce sera une autre paire de manches. Paul Bérenger a donné le cap lors de la présentation de son budget en juin 2001 mais, plus de deux ans après, il y a des mesures correctives à apporter.
Le véritable défi à relever, pour Pravind Jugnauth, sera de conjurer la hausse du chômage. Il a atteint un taux alarmant. Un recadrage de la politique gouvernementale est nécessaire.
Les signes ne sont pas encourageants pour l?industrie informatique car les investisseurs ne se bousculent pas aux portes de la cybertour. Il a été plus facile de faire sortir des terres d?Ebène un monstre d?acier et d?aluminium que d?en trouver des locataires.
Le 11 septembre 2001 a créé une opportunité extraordinaire pour Maurice en instituant un nouveau créneau, celui du ?disaster recovery?. Manifestement, nous ne parvenons pas à exploiter cette occasion avec la même ardeur qu?avaient démontrée les dirigeants politiques en 1984 quand ils sont allés cueillir les investisseurs qui voulaient fuir Hong Kong.
Pravind Jugnauth bénéficiera d?une marge de man?uvre considérable avec la reprise économique aux Etats-Unis et en Europe. S?il entend profiter de la conjoncture et attirer les investisseurs, il lui faudra une politique agressive et un effort personnel considérable. Le ministre aura à se déplacer pour aller à la rencontre des investisseurs étrangers. Il ne peut confier cette tâche aux seuls hauts fonctionnaires du BOI ou de la BPML.
L?ancien ministre des Finances, Paul Bérenger, soucieux de rigueur budgétaire, a réalisé un taux de croissance satisfaisant dans un contexte difficile. Il a préparé la croissance du futur en investissant dans les infrastructures. C?est sur ces fondations que Pravind Jugnauth est appelé à construire le ?deuxième miracle mauricien? et , accessoirement, sa carrière politique.
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