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Un groupe armé agite la menace d’une “guerre totale”
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Un groupe armé agite la menace d’une “guerre totale”
Un mouvement armé séparatiste menace ouvertement la région pétrolière du delta du Niger, au sud-est du Nigeria. Son chef, Mujahid Dokubo Asari, a annoncé, mardi 28 septembre, qu’il allait rencontrer le président Olusegun Obasanjo pour des négociations de la dernière chance, avant de lancer une “guerre totale contre l’Etat fantoche du Nigeria”. Dokubo Asari se présente comme le chef de la Force volontaire du peuple du delta du Niger (FVPDN), un mouvement recrutant au sein de l’ethnie Ijaw, majoritaire dans l’estuaire.
Ce groupe est apparu officiellement lorsque, le 28 janvier, Dokubo Asari a publié un communiqué demandant aux ambassades étrangères d’évacuer leurs ressortissants du delta du Niger. Il ne menaçait pas explicitement de détruire les installations pétrolières, mais précisait que son mouvement n’assumerait pas “le mal qui pourrait être fait à des étrangers” après la publication du communiqué...
Depuis, la compagnie anglo-hollandaise Shell a annoncé qu’elle perdait 28 000 barils par jour (bpj) à cause de l’insécurité qui règne dans cette région de marais difficilement accessibles, et qu’elle avait procédé, il y a une semaine, à l’évacuation de 200 employés “non essentiels”. Avec 2,5 millions de bpj, le Nigeria est le sixième exportateur de brut du monde et le premier producteur d’Afrique.
L’insécurité dans cette zone ne date pas d’hier, mais elle se limitait auparavant à de fréquentes prises d’otages, parfois meurtrières (en avril, deux Américains et cinq Nigérians ont été tués), ainsi qu’à des actes de piraterie ou de chantage à la sécurité des compagnies pétrolières. Pour assurer la sécurité des pipelines et des installations, les majors paient des chefs de milice. Ce qui n’empêche pas le sabotage des réseaux de pompage, dans le but de détourner le pétrole brut et de le revendre en contrebande à l’étranger, voire pour le raffiner et l’écouler sur le marché local.
Climat général d’insécurité
Dokubo Asari fait partie de ces chefs de gang qui se sont enrichis par ce trafic. Il reconnaît disposer d’une “petite raffinerie”. Les bénéfices sont ensuite employés à l’achat d’armes de guerre et de fonctionnaires corruptibles, en guise de protection. On estime l’ampleur de la contrebande pétrolière au Nigeria, appelée “bunkering”, à 100 000 bpj. Certaines évaluations situent le volume à plus de 300 000 bpj.
Depuis le début de l’année, deux milices s’affrontent pour le contrôle de ce juteux commerce dans l’Etat de Rivers : celle d’Asari et celle d’Ateke Tom, que l’on dit soutenu par le gouverneur de l’Etat, Peter Odili. Lors de la dernière élection, Asari reconnaît avoir aidé M. Odili. Selon plusieurs ONG locales, le gouverneur a armé une partie des gangs pour assurer sa victoire. Depuis, il en aurait perdu le contrôle, n’ayant tenu ses promesses. Asari, en sa qualité de président du “conseil de la jeunesse des Ijaw”, a rencontré à plusieurs reprises le président Obasanjo.
La tension est montée d’un cran, quand ces gangs rivaux ont commencé à s’affronter au cœur de la capitale de l’Etat de Rivers, Port Harcourt, où sont installées la plupart des compagnies pétrolières opérant au Nigeria. Amnesty International a estimé récemment qu’en août les violences avaient fait au moins 500 morts, essentiellement des civils. Les autorités de Rivers contestent ces chiffres, mais reconnaissent à demi-mots avoir lancé une opération militaire d’envergure contre Asari. L’armée nigériane s’est déployée à Port Harcourt et a mené, la semaine dernière, plusieurs raids pour le capturer. Sans succès, pour l’instant.
Pourtant, Dojubo Asari ne se cache pas. Il reçoit régulièrement les journalistes étrangers et, selon ses propres termes, “se balade sans aucun problème à Port Harcourt”. Ses menaces proférées à l’encontre des ressortissants étrangers du secteur pétrolier inquiètent d’autant plus que, relayées par la presse internationale, elles influent sur le cours du brut, déjà tendu en raison de la situation en Irak, de l’affaire Ioukos et des dégâts occasionnés par plusieurs cyclones sur les côtes américaines.
Au Nigeria, on s’interroge sur les motivations exactes de ce chef de guerre d’une quarantaine d’années et sur sa capacité de nuisance. Il y a deux mois, il revendiquait 2 000 combattants armés. A présent, il affirme en avoir cent fois plus. Sa principale force semble verbale, ses déclarations alimentant un climat général d’insécurité.
“Je ne mène ni une guerre ethnique ni une guerre de religion. Je mène la guerre des Ijaws”, prétend Dokubo Asari, converti à l’islam en 1988 et admirateur d’Oussama Ben Laden. Il demande “l’autodétermination, le contrôle des ressources -pétrolières- et l’organisation d’une conférence nationale souveraine pour régler une bonne fois pour toutes les problèmes du Nigeria”.
Ces revendications sécessionnistes réveillent les souvenirs traumatiques du mouvement indépendantiste du Biafra, à la fin des années 1960.
<B>Alexandre JACQUES</B>
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