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Un deuxième membre de la Prison Security Squad agressé

7 mars 2007, 00:00

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“Mo pou touy twa ek tou bann gard PSS.” Ce sont les menaces proférées par un ex-détenu à un membre de la Prison Security Squad (PSS) avant de l’agresser en plein centre de Port-Louis, hier. Cette scène s’est déroulée tout près de la Mauritius Housing Company (MHC), vers 14 h 30, devant plusieurs témoins.

C’est grâce à l’intervention d’un policier que l’un des agresseurs a été maîtrisé avant d’être conduit au poste de police. Gowtam Ramtohul, le membre de la PSS, s’est rendu par la suite à l’hôpital Jeetoo pour recevoir les premiers soins.

Il raconte sa terrible mésaventure. “J’étais à Port-Louis en compagnie de mon épouse lorsque cette agression a eu lieu.” Avant de poursuivre son récit, il confie que ses collègues et lui ont déjà fait, il y a quelque temps, l’objet de menaces de la part de certains prisonniers.

Le jour de l’agression, dit-il, il s’était rendu à la MHC pendant que son épouse faisait du lèche-vitrines. “Lorsque je suis sorti du bâtiment pour aller la rejoindre, je me suis retrouvé face aux deux hommes.” Tous deux sont, selon Gowtam, des ex-détenus de la prison centrale de Beau-Bassin. L’un d’entre eux, dit-il, s’est emparé d’un cutter qu’il avait dissimulé dans la poche de son pantalon et a proféré des menaces à son encontre.

Pendant ce temps, le deux-ième homme s’est mis derrière lui et l’a tiré par son T-shirt. “C’est à ce moment-là que je suis tombé”, poursuit Gowtam. Alors que son agresseur lui infligeait des coups de poing au visage, Gowtam, à l’aide de son casque intégral, essayait de se défendre. “Letan boug la ti pe donn mwa coudpoin, so kamouad ti pe ris mo t-shirt.” Pendant ce temps, raconte-t-il, les passants s’étaient massés autour d’eux sans réagir. “Letan mo fam finn truv sa, li finn ale rod led avek enn lapolis ki ti dan le paraz. Letan gard la ti pe vini, mo finn reissi tini boug la. Lerla, so complis finn gagn letan sove. Sa lager la finn deroule pendan 5 minit.”

Ce qui semblait, à première vue, être une simple bagarre, s’est révélé être un règlement de comptes, accréditant ainsi l’existence d’un gang se faisant appeler le groupement d’intervention des prisonniers mauricien. Ce “groupement” aurait déjà revendiqué publiquement l’agression d’un autre officier de la prison, en l’occurrence l’assistant surintendant des prisons et responsable de la PSS, Hemindralall Bhunjun. Ce dernier a été agressé à bord de sa voiture, sur l’autoroute de Phœnix, le lundi 26 février.

La police n’a pas tardé à réagir face à cette deuxième agression. D’autant plus que ce “groupement” a déjà annoncé que leur prochaine cible n’est autre que le surintendant Prem Raddhoa, chef de la Major Crimes Investigation Team. Ce dernier bénéficie, depuis peu, d’une protection rapprochée.

Nicolas ATCHIANE

MIEUX COMPRENDRE

Dans l’univers de l’unité spéciale de la prison

La Prison Supporting Squad (PSS) est formée en septembre 1999, au lendemain du changement de direction à la prison. Jusqu’en 1999, la police n’est pas impliquée dans la gestion du service pénitentiaire car policiers et détenus sont des ennemis jurés. Cette règle d’or est respectée dans toutes les prisons.

Maurice décide de faire exception après l’évasion spectaculaire de Rajen Sabapathee et de quatre autres détenus en juillet 1999. La Prison Supporting Squad est née avec la bénédiction du gouvernement d’alors, l’enthousiasme du commissaire des prisons par intérim d’alors, Ramakrishna Brojmohun et sous la supervision de la police mauricienne. 135 officiers de la prison sont triés sur le volet et subissent une formation intense du Groupe d’intervention de la police mauricienne (GIPM). Ces gardes chiourmes, auparavant des officiers chargés de la réhabilitation des détenus, sont transformés en “commandos”. Ils sont désormais ces gardiens qui se promènent avec matraques et qui ont tronqué leurs chapeaux contre un béret détesté des détenus.

Même au sein des gardes-chiourme “ordinaires”, il y a du ressentiment. Si certains, par conviction, s’opposent à la présence musclée, d’autres voient d’un mauvais œil le fait que, eux, ne perçoivent pas l’allocation de Rs 800 que reçoivent les membres de la PSS.

Au fil des mois, cette unité, dont le service pénitentiaire s’est bien passé depuis sa création, est de plus en plus présente dans l’enceinte de la prison.

Révoltés, les détenus manifestent de plus en plus par la violence. La situation s’embrase en septembre 2003 quand, répondant à des “provocations” des détenus, la PSS s’en prend à un groupe de détenus, dont Wendy Lafleur, qui se retrouve dans le coma pendant quelques jours. La situation dans les prisons va alors en s’empirant.

Plusieurs allégations de brutalités sont émises contre les officiers de la PSS. Ils sont une quarantaine à être de service à la prison centrale tous les jours.

Selon les témoignages de détenus, ces derniers recevaient régulièrement des ordres de certains hauts gradés pour “bate”. Ces allégations n’ont jamais pu être prouvées mais des incidents violents impliquant détenus et PSS sont nombreux.

En 2004, Bill Duff – qui remplace Brojmohun, limogé en 2003 après l’incident Lafleur et après un long intérim de Jensing Shibdoyal – nomme le “Deputy Commisioner of Police”, Jacques Henri, responsable de l’unité PSS. Mais officiellement, les PSS recevront l’instruction d’intervenir uniquement lorsqu’il n’y a pas d’autre alternative. Ce qui – eu égard aux nombreux incidents violents – est très souvent.

Mais les membres de la PSS ont compris qu’une intervention de leur part finit souvent par empirer les choses. A titre d’exemple, en mars 2006, alors que l’on découvre un cadavre après six jours à la prison de Beau-Bassin et qu’une mini mutinerie a lieu, la PSS hésite à intervenir, sachant qu’elle risquait d’envenimer la situation. Une décision sage qui a permis aux détenus de décider d’eux-mêmes d’aider les gardiens à transporter le cadavre.

La PSS a aussi eu des journées de répit. Un de ses membres confiait à l’express le 12 novembre 2005, quelque temps après l’annonce du gouvernement, que la rémission allait être rétablie, que “na pli bizin krie ar zot aster. Na pena bate, na pena zoure, zot fer seki dir zot fer”. Mais le répit n’a pas duré. Et pour cause : le gouvernement n’a pas tenu parole. Du coup, la PSS a recommencé à avoir du pain sur la planche. La suite, on la connaît…

Deepa BHOOKHUN

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