Publicité

Un clone de dodo sur le point d?éclore

1 avril 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Aline GROËME

Ils ne le quittent plus des yeux. Caressant des yeux les contours lisses de l?ovale parfait avec des yeux brillant de convoitise. Autour de la couveuse, dans laquelle un unique ?uf de dodo est gardé au chaud, l?équipe d?universitaires se tient, recueillie. Comme des fées marraines penchées autour d?un berceau.

Le premier à faire un v?u est le professeur Tom Sawbone, paléontologue spécialisé dans les fossiles d?oiseaux, de la prestigieuse université de Princeton. C?est par lui que tout arrive. C?est lui qui a fait la découverte qui va révolutionner les connaissances jusqu?ici incomplètes sur notre oiseau-patrimoine, notre oiseau emblème : le dodo. Une espèce dont la disparition date des années 1700.

Ses paroles nous parviennent un peu étouffées par le masque de chirurgien qui lui barre le visage. Conditions aseptisées obligent, avant de pénétrer dans son laboratoire, dont nous ne divulguerons pas l?emplacement pour des raisons évidentes de sécurité, nous avons dû enfiler une combinaison thermique avant de passer sous trois douches de désinfectant.

«Tout a commencé par des fouilles archéologiques dans la plus grande discrétion. Alors que tout le monde pense à Mare-aux- Songes, nous sommes allés au pied de la montagne du Pouce.» Et le scientifique de nous rappeler que les ossements qui constituent le squelette de dodo exposé au Mauritius Institute à Port-Louis, ont été retrouvés dans les parages de la montagne du Pouce.

«En plus des ossements habituels ? fragments de fémur, de pattes et des éléments de la mâchoire ? nous avons trouvé un ?uf fossilisé parfaitement conservé.» De ce «miracle», Tom Sawbone n?en informera que deux autres personnes, ses assistants : David Follet du Royal Botanical Gardens du Royaume-Uni et le Dr Julia Devilsworn, généticienne de l?université de Glasgow.

Pour éviter tous les risques inutiles ? «et éviter les longues procédures administratives avant d?avoir l?autorisation officielle pour faire sortir les ossements de Maurice» ? l?équipe décide alors d?installer son laboratoire à Maurice même.

Le professeur Sawbone de nous expliquer quelques-unes des étapes menant au clonage de l?oiseau disparu. «Nous avons d?abord fait des prélèvements d?ADN, à partir de l??uf et des ossements.» Non sans s?être assuré que tous ces restes proviennent bien d?un seul et même individu. «De cela dépend la réussite de l?expérience», précise le scientifique.

À partir du prélèvement, l?empreinte génétique de l?oiseau a pu être reconstituée avec précision. «La marge d?erreur est de 0, 045 %», nous précise Tom Sawbone, avec un clin d??il. Comme pour l?emplacement du laboratoire, il ne tient pas à s?étendre sur les manipulations génétiques, ni les modèles de projection numérique sur ordinateur.

Il sort enfin de sa contemplation, pour vérifier encore une fois, le niveau des burettes et pipettes reliées à la couveuse. À quoi servira cette expérience ? La réponse du scientifique fuse. «Une fois pour toutes, nous pourrons vérifier tous les mythes et légendes qui entourent cet oiseau.»

À commencer par sa manière de marcher. Et la vitesse à laquelle il se déplaçait. «Quand vous comparez tous les dessins, toutes les gravures qui nous sont parvenues, deux versions contradictoires s?opposent. Les unes nous le montrent effilé et gracile comme une autruche, alors que les autres dépeignent un volatile à la cage thoracique prononcée, aux ailes atrophiées et aux bourrelets d?obésité.»

Tout cela sera connu d?ici ce soir. En extrapolant les diagrammes qui tapissent les murs du laboratoire, Tom Sawbone prédit l?éclosion pour les alentours de 20 heures ce soir. Selon lui, à maturité, le dodo devrait atteindre les 15 à 20 kg.

Au rayon des mythes, Tom Sawbone tentera également d?élucider ceux entourant le régime alimentaire du dodo. Ne voulant rien laisser au hasard dans cette périlleuse entreprise, il a aussi fait pousser des tambalacoques dans la serre qui jouxte son laboratoire. «On raconte que les graines de tambalacoques (Calvaria major, Sideroxylon grandiflorum) ne poussent que quand elles ont été digérées par un dodo. Pour l?heure, j?ai mis des graines en terre. Elles poussent difficilement. Je vais nourrir le dodo avec et voir ce qui arrive.»

À la question : qu?allez-vous faire du premier dodo ? «Le manger bien sûr», lance?t-il dans un sourire. Boutade ou réelle intention. Celle du scientifique de poursuivre son expérience jusqu?au bout. Toujours est-il qu?il nous rappelle avec délectation : «Beaucoup de témoignages d?époque disent que la chair de dodo était répugnante. Pourtant, les Hollandais en raffolaient. Au point d?exterminer la race. Alors, une fois pour toutes, il faudrait savoir. C?est pour cela que je compte le manger un peu avant qu?il n?atteigne la maturité.»

«Les Zoos du monde sont prêts pour l?héberger»

Si toutes ces expériences s?avèrent concluantes, l?équipe du professeur Sawbone annonce qu?il compte cloner les dodos sur une base régulière. «J?ai commandité une étude de marché. A priori, tous les zoos du monde sont sur le coup. Ils sont prêts à payer une fortune pour héberger un dodo et le montrer à leurs visiteurs.»

Faisant preuve de son sens des affaires, Tom Sawbone prévoit : «Quand l?effet de surprise sera passé, on pourra le commercialiser pour l?alimentation. Si c?est vrai que la chair n?est pas comestible, nous ferons des tentatives pour croiser le dodo avec la dinde, qui est de la famille la plus rapprochée des colombiformes. Cela devrait améliorer sa chair, la rendre plus tendre et plus savoureuse.»

Si tout se passe selon ses plans, le professeur Tom Sawbone s?attaquera d?ici cinq ans au clonage de la tortue géante, contemporaine du dodo, aujourd?hui disparue.

Publicité