Publicité

Un anonyme raconte le MMM

10 août 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

En 1980, au lendemain de la stratégie des grèves générales d?août 1979, tentant de paralyser l?économie capitaliste mauricienne et se voulant une répétition de celles de 1971, le MMM se remet en question. Ce virage idéologique suscite des débats animés. Bérenger multiplie les interviews et essaye d?expliquer ses réorientations politiques. Un collaborateur anonyme tente une synthèse du cheminement plutôt erratique de ce parti politique. Suivons ses tâtonnements. L?heure est à la confusion. De 1970 à 1980, le MMM assure l?endoctrinement des militants, sinon d?une nouvelle génération de Mauriciens que le débat politique passionne. En 1980, Bérenger est un grand-prêtre brûlant ce qu?il a adoré et brisant ses idoles (lutte des classes, dictature du prolétariat, marxisme humanitaire). Il contient encore l?extrême gauche. Dev Virahsawmy et le MMMSP (sans Paul) réintègrent le bercail mauve. Le MCPS (Mouvement Chrétien Pour le Socialisme) de Reynolds Michel lui conserve sa confiance. Le MMM fonctionne selon le principe stalinien du centralisme démocratique. C?est un parti unanime. Les thèses du secrétaire général tiennent lieu de pensée. Bérenger s?auto-proclame ?la pensée de gauche?.

En tenant désormais un discours ne respectant pas son discours politique, le MMM vit une crise d?identité. Notre commentateur anonyme tente d?éclairer la démarche militante à partir des principes fondamentaux.

Marxisme : Il s?agit d?une doctrine visant la transformation du monde. La pensée de Karl Marx se veut un système complet de l?homme, de la nature et de l?histoire. Cette philosophie comprend le matérialisme dialectique et historique, une théorie économique et politique. Celle-là débouchant sur celle-ci. Pour rassurer la droite, Bérenger a désormais besoin de faire oublier ses anciennes références marxistes. Pour ce faire, il se déclare gauchiste.

Gauchisme : Rien n?est plus imprécis que le gauchisme. Il comprend les maoïstes, les trotskistes, les léninistes, les anarchistes et d?autres sensibilités non cataloguées pour ne pas parler des sous-groupes et des dissidents. Bérenger ne récuse guère l?étiquette ?d?enfant de mai 1968? que d?aucuns veulent lui coller sur le dos. La devise de Mai 1968 est : ?il est interdit d?interdire?. Un slogan un tantinet anarchiste. Il bat en brèche les principes d?organisation sociale et de toute vie en société. Il conteste l?autorité, la discipline, la hiérarchie, les tabous. Il reconnaît le bien-fondé de diverses thèses regrettant les aliénations de toutes sortes. Epiphénomène ou séisme culturel, le gauchisme contient tout ou presque sauf justement une économie politique et à fortiori une politique économique. Mai 68 est encore à la « propriété c?est le vol ».

Synthèse impossible : Le MMM préconise le socialisme autogestionnaire, prétendant réaliser la synthèse entre le socialisme marxiste et l?autogestion gauchiste. Dangereuse illusion, que relèvent Pierre Livet et André Oraison. (?Annuaire des pays de l?O. Indien?, page 91). Ils parlent même d?utopie en observant qu?il serait curieux que l?expérience mauricienne de socialisme autogestionnaire réussisse alors qu?elle n?a guère réussit dans des centres beaucoup plus développés et évolués comme l?Europe et même le Chili de Salvadore Allende. De même, Tanzanie et Algérie offrent des exemples d?échecs tout autant retentissants. Plutôt que de parler de synthèse dialectique, il conviendrait mieux de parler d?opposition de contraires stériles. Prétendre que le socialisme autogestionnaire se pratique partout dans le monde est, sinon un mensonge éhonté, du moins une naïveté désarmante, indigne d?aspirants chefs de gouvernement.

L?être ou le paraître : De l?impossibilité de réconcilier l?irréconciliable naissent les incohérences politiques du MMM. Il y a inadéquation entre les propos et les faits. Hervé Masson l?admet quand il dit que le MMM est davantage un ?front? qu?un parti. A défaut d?être une marmite politique, il est peut-être un ?melting pot?, s?équilibrant par la diversité des réflexions qu?il accueille.

Allons-y alors pour un MMM front plutôt que parti. Mais quel est le ciment soudant ses divers éléments ? Pour Livet et Oraison, ce ciment mauve est la lutte des classes, que certains présentent comme une constante dans la lutte des Mauves. Livet et Oraison sont très généreux au sujet de la ?rupture complète du MMM avec le capitalisme?.

Notre commentateur anonyme de 1980 s?acharne à voir dans le MMM, même d?alors, un parti marxiste en guerre avec un capitalisme qu?il ne saurait gérer. Il conclut, logiquement toutefois, à cette crise d?identité de ce parti. Une crise identitaire qui, depuis, s?est auto-baptisée pragmatisme. Faut-il pour autant accepter cette définition de travesti-politique qu?il accole à ce parti, parvenu à la croisée des chemins dont celui qui le mènera au pouvoir, mais de façon éphémère, à partir du 11 juin 1982 ?

Publicité