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Un Anglais vient définir le territoire mauricien
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Un Anglais vient définir le territoire mauricien
Il n?est pas toujours facile de se débarrasser de sa mentalité de colonisé, surtout quand on compte tant d?? old friends? dans la capitale britannique et quand on s?y rend à la moindre occasion. L?île Maurice d?avant le 11 juin 1982 éprouve les plus grandes difficultés à couper le cordon ombilical avec la puissance colonialiste anglaise, qui la gouverne depuis 1810. Elle ressent même une gêne paralysante à prendre certaines décisions majeures, car ayant trait à sa souveraineté et à l?intégrité de son territoire, sans référer à Londres ou sans solliciter les services d?experts anglais, ce qui apparaît aux yeux de certains comme un pléonasme car pour eux tout Anglais est forcément un expert et tout expert ne peut qu?être anglais.
L?on n?a pas oublié ces générations d?écoliers ne pouvant apprendre à l?école que l?archipel des Chagos appartient bel et bien à la nation mauricienne mais qu?il lui a été volé, en 1965, par des colonialistes anglais et que les Etasuniens se rendent coupables de recel en continuant à maintenir une base nucléaire sur l?île extorquée de Diego Garcia. Ils ne le savent pas, d?une part parce que leurs instituteurs ne peuvent leur dire la vérité au sujet des Chagos et, d?autre part, parce qu?ils apprennent la géographie dans un atlas préparé par des Anglais, ayant pris soin d?effacer toute mention de l?appartenance indiscutable des Chagos à la nation mauricienne, pour ne rien dire de la complicité des autorités politiques et éducatives mauriciennes. Cela le Parti Travailliste ne pourra jamais le démentir.
Les Mauriciens ont eu à attendre l?arrivée dans l?arène politique du MMM tiers-mondiste et, à l?époque, anti-impérialiste, pour prendre conscience de ces vol et recel et surtout du calvaire infligé à nos s?urs et frères chagossiens, ayant eu à payer, dans leur chair et dans leur déracinement, la rançon due pour que la puissance colonialiste daigne nous accorder notre indépendance, alors que depuis la publication des rapports Titmuss et Meade tout le monde sait que la Grande-Bretagne n?attendait que son extorsion des Chagos pour nous donner le coup de pied de l?Indépendance et se débarrasser à jamais des ?damned Mauritians? que nous sommes à leurs yeux. Il suffit d?ailleurs de se présenter devant un de leurs comptoirs d?immigration pour nous souvenir de cela.
Depuis l?arrivée du MMM dans l?arène politique mauricienne, les Mauriciens savent pertinemment bien que le vol des Chagos constitue une épine profondément enfoncée dans les relations bilatérales anglo-mauriciennes, l?obligeant à boiter de la façon la plus ridicule qui soit. Cela n?empêche pourtant le gouvernement travailliste de Sir Seewoosagur Ramgoolam de solliciter les services d?un expert, naturellement anglais, pour définir le territoire mauricien. Autant demander à un cambrioleur d?établir l?inventaire d?objets volés lors d?un chapardage maison.
Il s?agit d?un opérateur du Directorate Overseas Survey, organisme britannique spécialisé dans les travaux de cartographie. L?express du 11 août 1981 omet de préciser son nom. Son titre suffit. Il vient définir sur des cartes géographiques le territoire mauricien. Il sera aidé dans sa tâche par les géomètres du ministère des Terres que dirige le ministre PMSD Eliézer François.
Il est même précisé que les travaux de cet expert commenceront à Maurice, puis se poursuivront à Agaléga, à Cargados Carajos (Saint-Brandon) et à Rodrigues ?afin de couvrir le territoire mauricien?. Aucune mention, bien sûr, de l?archipel des Chagos. Absence révélatrice que, avant le 11 juin 1982, l?Hôtel du gouvernement, PMSD et CAM compris, n?accorde aucune attention ou presque à la revendication mauricienne des Chagos, nous appartenant pourtant bel et bien.
Les travaux de cartographie doivent durer deux mois et serviront de base pour la préparation des cartes géographiques du territoire mauricien, moins les Chagos, bien sûr.
L?express précise que si la cartographie de l?île Maurice ne cesse de s?améliorer, il n?en va pas de même pour nos îles lointaines. Pour certains, il faut se contenter de cartes établies avant 1840, avec des moyens plutôt rudimentaires, même pour l?époque. Les nouvelles cartes le seront grâce aux informations transmises par des satellites internationaux de NAVSAT en orbite et dont les signaux sont enregistrés par des appareils sophistiqués, les dopplers, permettant de situer avec précision n?importe quel point sur le globe.
Ces nouvelles cartes permettront d?établir la zone économique exclusive de 200 milles marins du territoire mauricien, mais toujours amputé de celle entourant les Chagos et qui, à elle seule, peut être aussi importante que celle de Maurice, Rodrigues, Agaléga, quelque peu gênée aux entournures par la proximité de la Réunion et des Seychelles. Notons le même et inquiétant silence concernant le banc de sable de Tromelin sur lequel la France maintient un poste d?observation météorologique. Bien qu?elle soit incomplète en raison de cette double absence, les nouveaux relevés cartographiques seront utiles à la navigation maritime, à la prospection des fonds marins et à leur exploitation.
Les Chagos font aussi parler d?elles, en ce début d?août 1981, en raison de la venue à Maurice de MM. Leo Bush et Philip Granek du Pacific Naval Engineering Command des Etats-Unis. Ils viennent préparer la visite des délégués du consortium anglo-américain ayant décroché le contrat d?importants travaux de développement à Diego Garcia, contrat ayant tant fait saliver Gaëtan Duval, au point de lui faire mendier la présidence d?une commission administrative urbaine. Le gouvernement PTR-PMSD espère toujours obtenir quelques miettes de ce contrat juteux.
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