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U2 dans un décorum familier
Le titre du précédent album de U2, All That You Can?t Leave Behind (Tout ce qu?on ne peut laisser derrière), confessait la volonté du groupe irlandais de retourner à ses bases. Leurs années 1990 avaient été celles des aventures sonores, de l?ambition expérimentale. Les années 2000 s?annonçaient postmodernistes. How to Dismantle an Atomic Bomb, quatorzième opus de la formation, confirme le désir de Bono, The Edge, Adam Clayton et Larry Mullen Jr d?oeuvrer dans le format de la chanson et de planter un décorum familier.
Tactiquement, ce choix avait fait ses preuves. En redonnant à ses morceaux des structures et des sons qui avaient fait le succès d?albums comme The Josuah Tree ou Rattle and Hum, U2 a reconquis les foules qui avaient boudé des tentatives plus innovantes. Plus de 10 millions d?exemplaires vendus de All That You Can?t Leave Behind, une tournée triomphale n?allaient pas encourager les Dublinois à changer de ligne.
On peut aussi imaginer des raisons plus nobles à leur envie de retrouver l?efficacité d?antan. Né au crépuscule du mouvement punk, le groupe avait crié une soif de romantisme et de spiritualité qui voulait s?opposer au matérialisme à tous crins des années 1980. Contemporains de la chute du mur de Berlin et de l?écroulement du bloc communiste, leurs disques les plus audacieux réfléchissaient au pouvoir aliénant du spectacle, tentaient la satire et la mise en abyme. Depuis quelques années, Bono a repris son bâton de pèlerin pacifiste. Face à un monde en guerre et toujours criant d?injustice, gageons qu?un disque baptisé Comment démonter une bombe atomique recherche plus volontiers la lisibilité du message et des émotions que leur second degré.
Pour cette remontée du son de U2 à ses origines, ce n?est sans doute pas un hasard si les Irlandais ont demandé à Steve Lillywhite, producteur de leurs trois premiers disques, de reprendre les manettes sur la plupart de ces nouveaux titres. Avant de barouder dans le désert américain (The Josuah Tree), le groupe aimait faire flotter ses étendards dans le vent glacé. La première moitié d?How To Dismantle an Atomic Bomb résonne souvent de cette exaltation forçant sur les aigus d?un chant messianique et d?une guitare claquant comme une oriflamme. La spontanéité des débuts en moins. Ainsi, le titre d?ouverture et premier single, Vertigo, bastonne sans décoller. Et, malgré de jolies introductions, Miracle Drug, Sometimes You Can?t Make it on Your Own ou City of Blinding Lights se perdent dans la pompe du grand spectacle, quand le graisseux All Because of You s?enlise dans le hard rock.
Aux charges héroïques et à la compassion mises en scène pour les stades, on préfère les moments où U2 trouve un équilibre entre son lyrisme naturel et plus de dépouillement émotionnel. Tout en recyclant les vieux gimmicks du guitariste The Edge (écho, réverbération, minimalisme cristallin) et l?habituelle puissance rythmique d?Adam Clayton (basse) et Larry Mullen Jr (batterie), Crumbs From Your Table trouve assez de ressources harmoniques pour ne pas s?envoler dans le vide. Avec une dose de guitare sèche, Bono vibre d?une sobriété enfin émouvante dans A Man and a Woman, l?emballant Original of the Species et surtout One Step Closer, ballade où la légère usure de son timbre et la puissance retenue de son souffle prouvent qu?il demeure l?une des grandes voix du rock.
<B>Stéphane DAVET Le Monde 2004 distribué par The N. Y. Times Syndicate</B>
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