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Tzipi Livni devra vite faire ses preuves

19 septembre 2008, 00:00

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C?est une figure plutôt neuve, jeune et inexpérimentée (selon les critères israéliens) « que les membres de Kadima, le parti au pouvoir en Israël, ont élue à leur tête, le mercredi 17 septembre », relève le Jerusalem Post. « De plus, c?est une femme. » Mais pour celle qui prône le « changement », il sera difficile d?échapper à un paradoxe : comment rompre avec la « politique d?hier » quand on dirige « le parti au pouvoir et est donc le premier responsable de cette politique » ?

Le Jerusalem Post se dit par ailleurs « troublé » par le fait qu?Israël est dirigé par un premier ministre qui n?a recueilli que 17 000 voix. En effet, seuls les membres de Kadima étaient amenés à s?exprimer ; parmi eux, seule la moitié s?est rendue aux urnes, et 43,1 % des suffrages sont allés à la ministre des Affaires étrangères. « Kadima est certes le parti élu démocratiquement à la tête du gouvernement israélien, mais les circonstances de son élection rendent son mandat troublant, au moment où des contacts intenses se nouent avec les Palestiniens, où un dialogue indirect s?est engagé avec les Syriens, et où la marge de man?uvre d?Israël diminue face aux Iraniens. » Mme Livni devra donc faire preuve de toutes ses qualités, conclut le Jerusalem Post, « pour construire les fondations d?un soutien public et convertir sa victoire aux primaires de Kadima en un succès plus large pour Israël ».

Yediot Aharonot souligne que Tzipi Livni devra en effet décider très rapidement si elle souhaite ou non asseoir sa légitimité lors d?élections générales. « Mais il ne faudrait pas lui en vouloir », poursuit Yediot, « si elle décidait de ne pas (?) organiser un scrutin qui pourrait mal finir pour elle », au vu notamment de la popularité du leader du Likoud, Nétanyahou.

Pour Haaretz, la priorité de celle qui prendra dimanche ses fonctions de Premier ministre intérimaire sera de « dé-olmertiser » Kadima. Il lui faudra « purger la corruption à la tête du gouvernement, ce qui veut dire, en pratique, mettre fin à la culture de copinage qui règne au cabinet du premier ministre ». Le quotidien souligne également l?urgence de la situation : « Tzipi Livni pourrait bien se trouver à la tête d?un Etat en guerre, non pas dans un an, mais dans un mois, voire même une semaine, car Israël n?est pas seul à prendre l?initiative. Et ses ennemis ? Iran, Hezbollah, Hamas ? pourraient être tentés d?en tirer parti. »

Mathilde GÉRARD

UNE FEMME SECRETE A L?ASCENSION RAPIDE

Tout au long de la campagne pour les primaires de Kadima, ses détracteurs ont fait courir la plaisanterie du coup de fil de trois heures du matin. Quelle décision un haut responsable doit-il prendre dans l?urgence en cas d?événement grave ? Ils sous-entendaient que la novice en politique n?avait pas la carrure pour affronter une crise majeure.

Âgée de 50 ans, Tzipi Livni a moins de dix ans de carrière politique puisqu?elle a été élue pour la première fois à la Knesset en 1999. Elle ambitionne néanmoins d?être une nouvelle Golda Meir, la première femme qui a dirigé le pays de 1969 à 1974 et qui fut ministre des Affaires étrangères avant d?être Premier ministre. S?étant fixée comme règle de ne pas répondre aux attaques personnelles, cette ancienne avocate fait malgré tout remarquer dans un entretien au Jérusalem Post : « Ce n?est pas parce que je suis une femme que je serai un leader faible. Je n?ai aucun problème à appuyer sur la gâchette si nécessaire. »

Sera-t-elle une nouvelle « dame de fer » ? Difficile à prédire tant Tzipi Livni est secrète. Très réticente à parler d?elle-même, plutôt froide, sérieuse, préférant les choses simples aux mondanités, elle se protège derrière une telle carapace que beaucoup se demandent ce qu?elle cache. Même son programme politique reste flou. « Elle parle beaucoup mais ne dit pas grand-chose », fait remarquer Yossi Verter dans le Haaretz.

Bien sûr, celle qui a conduit les négociations avec les Palestiniens depuis le sommet d?Annapolis le 27 novembre 2007 veut poursuivre les pourparlers pour tenter d?aboutir à la paix. Sur ce dossier, ses convictions sont bien affirmées. Mais, pour le reste, elle a constamment choisi la prudence. Elle a été raillée pour avoir refusé de dire ce qu?elle pensait de la solution à adopter pour le statut de Jérusalem. Elle a été accusée d?être trop sur la défensive et de ne pas exprimer clairement quels étaient ses projets pour le pays.

Son arrivée au pouvoir risque de réserver des surprises. Derrière cette façade souvent hermétique, certains croient discerner une poigne de fer et une ambition farouche de sortir le pays de ses blocages. Sa réserve et sa modestie seraient l?héritage de son passé. Issue d?une famille de combattants de l?Irgoun, organisation ultranationaliste juive «terroriste» avant la création de l?Etat palestinien en 1948, Tzipora Malka Livni a été élevée dans la tradition conservatrice et le goût du combat.

Lieutenant dans l?armée, elle cultivera encore ce penchant pour le secret pendant les quatre années passées au Mossad dans les années 1980. Elle aurait participé à la filature de dirigeants de l?OLP en Europe.

Entrée en politique en 1999 sous la bannière du Likoud, elle devient la protégée d?Ariel Sharon, son mentor, qui lui confie plusieurs portefeuilles. Elle le suit lorsqu?il s?agit de retirer les colons de la bande de Gaza, lorsque Kadima naît d?une scission du Likoud en novembre 2005. Tzipi Livni est fidèle et droite. Avec Ehoud Olmert, elle obtient le portefeuille convoité des Affaires étrangères. Elle est favorable à la malheureuse aventure de la guerre au Liban en 2006. Ensuite, l?expérience du pouvoir, les ennuis judiciaires d?Ehoud Olmert, son attachement à la rectitude mettent à mal sa loyauté politique.

En mai 2007, elle réclame le départ du Premier ministre après la publication du pré-rapport Winograd sur le fiasco de la guerre du Liban. Mais elle ne quitte pas le gouvernement. Ce manque de cohérence est amplement critiqué. Plus d?un an plus tard, elle récidive, demandant qu?Olmert renonce à ses fonctions en raison des enquêtes policières à son encontre qui ternissent à ses yeux l?image d?Israël. Car Tzipi Livni estime qu?il ne faut pas mêler la politique et le business.

Elle sait que son intégrité reconnue est un avantage indéniable en cette période où les affaires de corruption secouent le pouvoir. « Mme Propre » fait figure de renouveau. Ehoud Olmert ne lui a jamais pardonné « ses coups de poignards dans le dos ». Il entreprend de démolir « la traîtresse ». « Elle est incapable de prendre des décisions. Elle est influençable et n?a pas confiance en elle-même. Croyez-moi, elle n?est pas capable de mener une politique », a accusé, en juillet, le premier ministre sortant. Considérant qu?elle avait mieux à faire que répondre à ces violentes attaques, elle a continué à tracer son sillon de femme du changement. Il lui reste désormais à le prouver.

Michel Bôle-Richard

© Le Monde 2008, distribué par The New York Times Syndicate

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