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?Tu le zur? : un regard neuf

20 juin 2004, 20:00

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?Lor kontur lari Kot nu rev tas lor poto Revolt fer piti.? ?Lor laplenn letan Zordi zwe bul Ek leker.?

Deux Haïku, des seuls trois du premier recueil de 44 poèmes en créole et en français, de Georges Legallant, Tu le zur, paru chez ZM Edisyon, et préfacé par Alain Gordon Gentil. Ils en disent pourtant long, tant sur une certaine qualité de l?écriture que sur le contenu. Un petit événement pour ce poète né dans une maison sans livres. Et qui met en appétit.

Le recueil est présenté sous une couverture d?un gris mat fort subtil, à l?élégance discrète, au toucher agréable, d?où émerge en filigrane le poète, surmonté d?un soleil de mots. Certains rayons mettent en exergue des rubriques que tout lecteur reconnaîtra, comme celles de l?un ou l?autre journal de son choix : ?Who Cares, Actualité, Brève, Fait divers, International, Confidences??

Aussi, en filigrane, un extrait de journal ferme chaque page. Voilà qui oriente davantage vers les thématiques récurrentes de l?auteur, les faits divers. D?un format pratique (17,8 sur 11,2 cms), il se laisse emporter avec plaisir et invite à la lecture. Le titre peut se lire en trois mots, comme en deux, l?article central se détachant par sa couleur rouge et sa police différente. Une présentation de Imagine Communication ?Pu ki parol reste?. Tu le zur a été lancé au City Club le mercredi 16 juin 2004 par Danielle Tranquille.

Parole nouvelle

Une économie de mots, tirant vers un minimalisme marqué, caractérise cette parole nouvelle qu?est celle de Georges Legallant. Elle est simple, sans mystère. Elle fait partie d?hier, d?aujourd?hui, de demain, le sien. Le vôtre, le leur. C?est la vie au quotidien, avec ses vérités, souvent plus noires que roses, auxquelles les images du poète apportent une saveur qui, tout en les rendant plus poignantes, permettent de regarder en face ces réalités d?un ?il autre, plus propice à une réflexion porteuse qu?à un éclat stérile, tel le haïku ?kot nu rev tas lor poto?.

Elle n?est pas faite que d?images, cette poésie. Elle est même désarmante par moments par son raccourci. Lisez plutôt : ?Mwa ki mwa ? II. Mo mwa - Pa bondye ? Pa satan ? Parey kuma twa ? Kuma li ? Kuma zot - Kuma tu ? Zom ? Fam ? Zanfan ? Malere - Eksplwate ? Maltrete ? Prizonye ? Prostitye ? Rezete ? Abandone ? Vyole? ? Mwa ? Parey kuma zot - Nu tu imin.?

A les lire, ces poèmes, comme La Victime Prisonnière, dédié à Soomit Beenee, monte de ce regard neuf comme une compassion, une croyance en la faiblesse humaine qui vient rappeler que personne n?est au-dessus de l?erreur. ?? Je sais - grande s?ur ? tes aveux ? sont les cris ? d?un c?ur ? truffé de douleurs ? je sais ? mère courageuse ? tu donneras encore ? et encore ? cinq mille cent dix jours ? de ton âme et amours ? derrière ces barreaux ? face à l?abîme ? de ces petites victimes ? que les bourreaux de la vie - dévorent avec appétit.?

Alain Gordon-Gentil parle de cette ?émouvante compassion?. ?L?Homme et sa douleur, dit-il, gravitent au centre de ses textes que l?on sent écrit avec le désir de dire que chacun de nous est un objet de mystère qui mérite d?être compris, aimé, écouté.? Danielle Tranquille, elle, dit de cette voix qu?elle ?pe met nou en gard, ki pe deman nou rest vigilant? et, plus loin, que ?lekritir (?) ena sa role eveilleur de conscience (?)? Ailleurs, elle évoque le fait que soulève notre poète qu?il n?y a pas qu??sel verite?.

La chercheuse cite quelques lignes de Rainer Maria Rilke, de Lettres à un jeune poète. C?est ce que fait précisément Georges. ?Fuyez donc les grands thèmes pour ceux que vous offre votre propre quotidien ; dites vos tristesses et vos désirs, vos idées fugitives et votre foi en une beauté, quelle qu?elle soit ? dites cela avec sincérité profonde, sereine, humble et, pour vous exprimer, utilisez les choses qui vous entourent, les images de vos songes et les objets de vos souvenirs (?)?

Sans doute Georges Legallant sait déjà qu?il est de ceux qui en mourraient si on leur enlevait l?écriture.

PORTRAIT

Legallant : un auteur hors norme

  • Portrait L?aîné d?une famille ouvrière de cinq enfants, dont deux filles et trois garçons, Georges Legallant voit le jour à Pamplemousses dans une maison sans livres. ?Enadfwa pa mem enn zurnal, pas de culture de la lecture?, dira le poète. Il sera pourtant scolarisé jusqu?en ?Form V?. Et la passion pour la poésie l?habite déjà. Avec le temps, il parcourt ses papiers et prend conscience qu?à partir 1984, ?zafer-la finn vinn en pe pli serye?. Pendant les vingt précédentes années, il sera à la recherche d?un style pour ?plus de confiance en soi, pour arriver à une écriture constructive?. Il va à la découverte d?autres poètes. Jacques Prévert fait ses délices. Baudelaire le retient aussi. A les fréquenter, il ?apprend la façon de voir les choses?, conscient que l?écriture journalistique, ?lagazett, li perishable goods?. Alors qu?il désire immortaliser les choses qui le préoccupent, il arrive à la conclusion qu??un poème peut être plus fort qu?un éditorial?. Georges réfléchit sur le rôle d?un miroir. A son avis, celui-ci parle de vérité, malgré son mutisme. ?Li pa koze, li pena son, mais li dir la verite.? Il choisit d?être un miroir, celui de la société, mais par sa parole poétique. Il ne sera pas de ces poètes ?qui attendent tard le soir, ou très tôt le matin pour trouver le silence, pour pouvoir travailler?. Il veut démontrer qu?au long de la vie quotidienne, le poète peut, à un moment ou à un autre, mettre en exergue la poésie qui s?en dégage. A voir de temps à autre un de ses poèmes dans les colonnes de ?l?express Culture? lui donne confiance. ?C?est un test pour moi.Mo dir mwa, se ki mo fer, li publiyab. En 1999, mo ti gagyn enn Mention Spéciale.? Il dit aussi ses poèmes en public. Mais sa joie éclate quand, en 2000, son poème ?Biye Ver? lui vaut d?être sacré lauréat du concours ?Poezi kreol Kalbas Lo?, en France. Il y donne visage, dit-il, à toute une culture, en racontant ce que devient un billet vert de ?La Loterie nationale?, qui ne serait pas sur la liste des billets gagnants à la proclamation des résultats. Il sert, par exemple, aux salons de coiffure, où le coiffeur s?en sert pour essuyer son rasoir à mesure qu?il rase son client. Il place la femme sur un piédestal. Elle mérite, selon lui, une place privilégiée car ce sont les femmes qui donnent à la Terre sa grandeur, à commencer par donner naissance à l?humanité? Et c?est en connaissance de cause qu?il choisit une femme pour le lancement de son premier recueil, ?Tu le zur?. Elle serait mieux placée pour saisir certaines choses. Georges Legallant est l?auteur de ?Ver enn bibliografi : sirvol liv en Kreol Morisyen depi lindepandans?, présenté au Colloque 2001, organisé par Ledikasyon Pu Travayer (LPT) et qui sera publié par l?instance en octobre 2002. De juin 1996 à juin 1997, il publie des articles d?opinion et des analyses de l?actualité locale et internationale dans Lagazet Dorad, une publication en kreol. A LPT, qui est aussi une imprimerie et une maison d?édition, il est responsable du livre, de la cotation à la distribution, en passant par l?impression. Ardent défenseur des langues maternelles, le kreol morisyen et le Bhojpuri, il a représenté LPT au Festival kreol des Seychelles en 2000. Au colloque Rodriguais sur la langue créole, Georges rencontre, en 2001, Zanmari. C?est la rencontre de deux passionnés des langues. Du coup, le poète se trouve un éditeur.

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