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Trois charniers découverts

7 août 2004, 20:00

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Des enquêteurs des Nations unies ont découvert dans le nord de la Côte d?Ivoire, sous contrôle rebelle, trois charniers contenant au moins 99 cadavres, a annoncé à Abidjan, un porte-parole de l?ONU. « Certaines de ces personnes sont mortes par balles », a indiqué Jean-Victor Nkolo, de l?Opération des Nations unies en Côte d?Ivoire (Onuci), ajoutant : « Selon des témoignages concordants et dignes de foi, d?autres sont décédées par asphyxie. »

Amnesty International, qui est à l?origine de l?enquête menée par l?ONU à Korhogo, l?un des fiefs de la rébellion, a précisé dans un communiqué que « certaines victimes auraient été décapitées et des cadavres auraient été retrouvés avec les mains attachées derrière le dos ». Selon l?organisation humanitaire, qui s?inquiète aussi du sort de personnes qui seraient encore détenues au secret par la principale faction rebelle, les prisonniers faits par les partisans du chef rebelle Guillaume Soro auraient été placés dans des conteneurs où « des dizaines d?entre eux seraient morts par suffocation ».

Les trois charniers ont été découverts non loin d?une carrière à la lisière de Korhogo. Ils contiendraient les corps des victimes des affrontements fratricides qui ont opposé, les 20 et 21 juin, les partisans de Guillaume Soro aux fidèles du sergent Ibrahim Coulibaly, le chef militaire originel de la rébellion. Ibrahim Coulibaly, surnommé « IB », est depuis un an placé sous contrôle judiciaire à Paris, où il est mis en examen à la suite d?une tentative de coup de force montée depuis le territoire français.

La révélation de l?existence de charniers à Korhogo par l?ONU, qui compte publier un « rapport complet dans les plus brefs délais », porte un coup dur à l?image des rebelles ivoiriens en général et à celle de Guillaume Soro en particulier. Romantiquement présentés comme des justiciers au début de l?insurrection du Nord, les rebelles s?étaient déjà discrédités en matière de droits de l?homme dès l?automne 2002 à Bouaké, par le massacre d?une cinquantaine de gendarmes et de leurs femmes et enfants, une affaire également révélée par Amnesty International. Cependant, les méfaits des « escadrons de la mort » et des milices dites « patriotiques » dans le Sud, sous contrôle gouvernemental, ont longtemps éclipsé leurs exactions.

Quant à Guillaume Soro, ministre de la communication au sein du « gouvernement de réconciliation nationale » mis en place après les accords de Marcoussis, il espérait regagner sa place cette semaine, après son limogeage en mars par le président Laurent Gbagbo. Mis en cause pour l?élimination de ses rivaux au sein de la rébellion, il éprouvera des difficultés à attester son honorabilité, en même temps qu?augmentera la pression exercée sur son mouvement pour déposer les armes.

2004 Le Monde ? Stephen SMITH Distribué par The New York Times Syndicate

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