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Trois ans pour sortirde l?échec scolaire

19 juillet 2003, 20:00

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Demain les petits élèves de la Pointe-aux-Sables Government School (GS) retrouveront leur école transformée. Durant ce week-end, la façade a reçu une nouvelle couche de peinture bleue, la grille à l?entrée a été repeinte en alu et de nouveaux rideaux mis dans les classes. De nouvelles poubelles ont été installées et les fleurs mises en pots.

Vendredi, cette école de la banlieue sud de Port-Louis a connu une animation inhabituelle. Des mamans en short et des papas aux manches retroussées ? tous membres de l?association parents-enseignants de l?école (PTA) ? aidés des plantons, ont apporté toutes ces transformations à « leur » école. « Nos élèves doivent sentir qu?ils se passent quelque chose dans leur école ! » explique le maître d?école, Henri Alangaram. Ce « quelque chose », c?est l?entrée de l?école primaire de Pointe-aux-Sables dans le projet ZEP (Zone d?éducation prioritaire).

Attention plus particulière

Comme à Pointe-aux-Sables, « quelque chose » sera différent, à partir de demain, dans les 29 autres écoles primaires concernées par ce projet. « Il s?agit de frapper ces jeunes esprits et leur faire comprendre que quelque chose a changé à leur école », explique le coordinateur du projet, Eshan Abdool Raman.

Le ZEP, un projet du ministère de l?Education et de la Recherche scientifique, a été lancé officiellement jeudi à l?auditorium Octave Wiéhé, à Réduit, par le ministre de tutelle, Steven Obeegadoo. Il vise à accorder une attention plus particulière aux enfants en grande difficulté scolaire. « Malgré l?abolition du ranking au Certificate of Primary Education dans le cadre de la réforme de l?éducation, le taux d?échec à la fin du primaire reste inacceptable : un enfant sur trois ne réussit pas à ces examens », poursuit Eshan Abdool Raman.

Dans ce projet, l?accent est mis sur l?école dans son environnement social immédiat en mobilisant toutes les ressources qui s?y trouvent. En outre, l?enfant en difficulté est non seulement suivi dans son milieu scolaire, mais il est aussi accompagné dans son milieu familial et social.

Environ 12 000 jeunes écoliers sont concernés. Ils viennent de trente écoles primaires, dont une à Rodrigues et deux à Agaléga. Une école est classée comme « ZEP » quand le taux de réussite de ses élèves aux examens du CPE au cours des cinq dernières années n?a pas dépassé 40 %.

« L?école seule ne pourra s?attaquer à l?échec scolaire », a expliqué jeudi le ministre de l?Education. D?où l?idée d?engager tous les partenaires de l?éducation ? personnel enseignant et non-enseignant, parents, entreprises de la localité et organisations non-gouvernementales ? dans le projet.

Partage d?expérience

« Le projet ZEP est un choix de société fondé sur la solidarité. Il est construit sur l?égalité des chances », poursuit le ministre. « Sa banne zenfants-là, nu zenfants-sa », renchérit le coordinateur du ZEP.

Dès le début des vacances, la semaine prochaine, les maîtres d?école concernés vont réunir autour d?eux des personnes ressources pour définir un projet pour leur école. Celui-ci comprend une amélioration des infrastructures scolaires, l?élaboration d?une pédagogie adaptée et une stratégie pour inciter la communauté à s?engager dans le projet. Ces personnes seront formées par des Français et des Réunionnais.

Suivant le projet, les écoles ZEP seront regroupées en « clusters » géographiques. Cela permettra aux maîtres d?école et aux enseignants de partager leur expérience. En outre, les enseignants seront formés en « remedial education » afin de pouvoir identifier et aider les enfants en difficulté d?apprentissage.

Chaque école se fixera des objectifs pédagogiques et mesurera la performance de chaque élève à travers un carnet scolaire. De plus, chaque enfant aura un carnet de santé et un suivi médical à intervalles réguliers. Un repas lui sera également offert.

Quant aux parents, ils seront encouragés à s?engager activement dans le progrès scolaire de leurs enfants. Des parents médiateurs, formés à cet effet, assureront l?accompagnement des autres parents et faciliteront la communication avec l?école. « L?enracinement de l?expérience ZEP dans la communauté est un des piliers du ZEP », explique Eshan Abdool Raman. « La capacité à adapter ce projet pédagogique aux réalités de l?école et de son environnement avec flexibilité ainsi que la possibilité d?innover sont les deux autres piliers du projet », a ajouté pour sa part Steven Obeegadoo.

Le ministre a néanmoins lancé une mise en garde contre la tentation de stigmatiser les écoles ZEP comme des écoles de l?échec. «Il s?agit de transformer ces écoles en des écoles de la réussite. Leur donner une deuxième chance. »

À cet égard, une évaluation de la performance sera effectuée tous les trois ans en fonction des objectifs établis. Le projet sera redéfini à la lumière de l?expérience acquise et la liste des écoles ZEP sera revue. « Le défi c?est de rehausser progressivement le niveau de la performance de l?école afin qu?elle ne soit plus sur la liste ZEP. »

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