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?Troie?

26 août 2004, 20:00

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??? Ainsi Troyens et Achéens se ruent les uns contre les autres, cherchant à se déchirer, sans qu?aucun des deux ne songe à la hideuse déroute. Autour de Cébrion, par centaines, des piques aiguës viennent se planter au but, ainsi que des flèches ailées, jaillis de la corde d?un arc ; de grosses pierres, par centaines, vont heurter les boucliers de tous les hommes qui luttent autour de lui - tandis que lui-même, dans un tournoiement de poussière, est là, son long corps allongé à terre, oublieux des chars à jamais !? Homère. L?Iliade, XVI, 765 - 776.

On se dit que les générations d?avant ont eu bien de la chance d?avoir pu étudier les lettres classiques au cours de leurs études secondaires. Comparés à ces textes d?auteurs nous livrant au détour de longues phrases proustiennes, d?ennuyeuses réflexions sur leurs petites personnes, les écrits d?Homère (ou de Virgile) parlent, eux, de la folie des hommes, du fracas des armes, du bon vouloir des dieux, etc. Il y est surtout question de véritables drames humains. Cette petite introduction n?est pas pour dire que Troie, le dernier film de Wolfgang Petersen, soit une fidèle adaptation du texte d?Homère. Loin de là, s?il faut en croire les érudits. Seulement, lorsqu?on voit qu?en reprenant seulement l?essentiel des personnages et de l?action, ce film a quand même ?quelque chose? (de quoi pousser au rêve ?). On se dit que l??uvre originale a du marquer à jamais tous ceux qui auraient pu l?avoir à leur portée.

<B>Le jeu des acteurs</B>

Pour nous raconter, à sa façon, l?histoire du siège de Troie, Wolfgang Petersen ou plutôt son scénariste, David Benioff, commence par nous présenter celui qu?il a choisi comme personnage principal : Achille. Homère le décrit comme un guerrier invincible et presque invulnérable, ayant une mère d?extraction divine. Le film nous le présente comme un véritable virtuose au maniement des armes. Mais, il est aussi très humain et représente tout ce qu?il y a de plus nuancé en tant que personnage. Le fait qu?il soit incarné par Brad Pitt semble irriter certains critiques qui auraient sans doute trouvé cet Achille plus crédible si son visage était moins connu. Ce qui est un point de vue assez défendable. Dans lequel cas, on risque de ne pas beaucoup apprécier Troie. Car tout dans ce film tourne autour des exploits d?Achille et de sa vision de la vie, des dieux et des hommes. Autrement, on trouvera intéressant ce personnage d?Achille rêvant d?une gloire immortelle.

Cependant, il est en même temps désabusé quant aux dieux et à la petitesse des motivations humaines. Ce tueur dès plus efficace de son temps, croit au respect dû à l?adversaire sur le champ de bataille. Ce guerrier dont la sauvagerie en vengeant son cousin mort au combat, finit par offenser même les dieux. Il sait se montrer courtois et généreux envers le père de son ennemi. On trouvera que non seulement Brad Pitt a le physique de l?emploi mais aussi qu?il s?en tire finalement assez bien en tant qu?acteur. Il incarne son personnage avec suffisamment d?énergie et d?intensité dans les moments d?action ou de tension. Et il devient tout aussi sobre dans les moments intimistes.

Nous retrouvons≤ aussi d?autres personnages dans l?histoire : Ménélas, roi de Sparte / Brendan Gleeson, Hector / Eric Bana, dresseur de chevaux, guerrier et prince de Troie envoyé par son père chez Ménélas pour la signature d?un traité de paix. Ensuite, il y a Paris, son jeune frère qui l?accompagne dans cette mission, Hélène de Sparte / Diane Kruger, épouse de Ménélas, qui est aussi la plus belle femme du monde antique et Agamemnon / Brian Cox, roi des rois toujours avide de nouveaux territoires. Ménélas ira lui demander secours pour réparer l?outrage perpétré par le jeune Paris non seulement malpoli mais en plus, assez irresponsable pour s?enfuir avec Hélène sans penser aux conséquences. Priam / Peter O?Toole, le roi de Troie, incarne le rôle d?un chef d?état avisé, Briseis / Rose Byrne, celui d?une prêtresse du temple d?Apollon, captive, puis invitée d?Achille durant la bataille, et Andromaque / Saffron Burrows, s?ur d?Hector.

Enfin, notons la présence du jeune Patrocle, cousin d?Achille et Ulysse, roi d?Ithaque. Homère ajoute aussi les dieux de l?Olympe intervenant dans cette guerre qui en fait, n?est que la partie terrestre d?un conflit entre eux, utilisant les humains et les visitant occasionnellement. Toutefois, le scénariste David Benioff a choisi de laisser de côté cet aspect du récit original pour ne s?en tenir qu?à sa dimension strictement humaine.Ce qui n?est pas en soi un mauvais choix, car cela permet de limiter la durée du film à 155 minutes et aussi d?approfondir l?humanité des personnages.

<B>Drame humain</B>

C?est ainsi qu?Hector, le répondant d?Achille chez les Troyens, tout en étant lui aussi un véritable héros, se révèle être un guerrier surtout par devoir, un homme de raison et un chef responsable capable de faire passer ses passions après le bien de ceux dont il a la charge. Le personnage de Briseis, la prêtresse captive d?Achille, est une représentation assez fidèle d?une jeunesse obnubilée par ses idéaux. Il est dommage qu?elle soit le seul personnage féminin réellement réussi dans ce film, malgré sa belle plastique et son léger accent (censé lui donner un charme exotique ?) Hélène de Troie a plus l?air de sortir d?un vidéoclip que d?un récit épique. On peut trouver qu?en ce sens, Paris lui convient à merveille, Orlando Bloom n?arrive à insuffler ni grâce ni charme à son personnage. Heureusement que le rôle du roi Priam semble être taillé sur mesure pour Peter O?Toole, arrivé à un âge vénérable. Acteur des plus doués, on ne l?avait pas vu donnant une telle performance depuis Lawrence d?Arabie.

Côté réalisation, Wolfgang Petersen s?est montré inspiré en tournant son premier film Das Boot (Le Bateau). Depuis, plus rien. Le réalisateur possède heureusement un véritable savoir-faire, celui de la vieille école, et il nous livre un travail solide, soigné et précis. A cela, il faut ajouter que les paysages sont bien rendus et que les décors et costumes sont magnifiques. Sans compter les accessoires : a t-on déjà vu un cheval de Troie aussi original et aussi crédible ? On sent l?influence du Seigneur des Anneaux pour les scènes de batailles, mais les images numériques sont bien intégrées aux séquences en images ?réelles?et ces batailles ont quelque chose d? ?homérique?. Au point qu?on accepte sans broncher, le fait qu?une bataille s?arrête net lorsque arrive Achille pour se lamenter sur le corps de Patrocle, mort au combat et que les guerriers émus décident de reprendre le combat le lendemain.

On s?y laisse prendre parce que le récit est épique, même sans les dieux. Et, lorsqu?arrive la fin, en voyant deux autres récits qui commencent (L?Odyssée et L?Énéide), on se dit qu?il serait peut-être gratifiant d?aller à la découverte des lettres classiques. Pourquoi pas ?

<B>Gilles noyau</B>

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