Publicité

Triste héros

21 janvier 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Au-delà de ses dimensions criminelle et juridique, le cas Raddhoa comprend un volet éminemment politique qu?on ne peut occulter. Il braque les projecteurs, une fois encore, sur cet officier de police qui s?autoproclame « l?homme le plus populaire de Maurice », avant d?être conspué, quelques heures plus tard, par les gens de la rue.

Ces jours-ci, la cote de Raddhoa tend à baisser aussi vite qu?elle est montée en flèche depuis le changement de régime. Et du coup, son réseau de soutien politique, qu?il brandissait depuis son retour triomphal aux Casernes centrales, se montre discret.

Eclairant enchaînement des faits : après nombre d?accusations de brutalité policière, Prem Raddhoa est transféré en 2001 au garage de la SMF. Il y passe quatre ans. Juillet 2005, Navin Ramgoolam succède à Paul Bérenger à la tête du pays. Peu de temps après, Prem Raddhoa sort du garage de Vacoas, obtient, coup sur coup, deux promotions, prend la direction de la MCIT et les enquêteurs Clifford Parsad, Clency Meeterjoye et Daniel Monvoisin sont chassés. Une valse orchestrée par des pressions externes à la police.

Aux Casernes centrales, le nouveau Raddhoa se sent fort, fait des déclarations fracassantes sur un ton revanchard. Il ne cache pas sa proximité avec le pouvoir Ramgoolam et des associations sociopolitiques. D?ailleurs, il déclare un jour à la presse : « J?attends le retour au pays du Premier ministre pour que mes anciens collaborateurs soient affectés sous contrat à la MCIT. » (Le Matinal, 12 septembre 2005).

Il ne s?offusque guère, bien au contraire, quand on le qualifie de « vrai commissaire de police ». Ses ordres, laisse-t-il entendre, ne relèvent pas du commissaire Ramanooj Gopalsingh, enfermé, lui, dans un mutisme depuis l?installation du nouveau pouvoir.

Raddhoa change de grade certes mais pas de méthodes. À l?hôtel du gouvernement, malgré nombre de critiques, entre autres des avocats-parlementaires, il a quand même ses supporters. D?abord le Premier ministre lui-même, qui déclare publiquement que la réhabilitation de Prem Raddhoa est une « bonne chose » (L?express, 14 octobre 2005). Ramgoolam voulait des résultats concrets sur le « Law and Order », l?un des thèmes majeurs de sa campagne. Le ministre de la Justice abonde dans le même sens, mais nuance quelque peu : « Il faut des Raddhoa minus B ». B pour brutalités policières, dit-il. Mais B pour bénédiction aussi?

L?objectif de Ramgoolam rejoint l?obsession du policier : on veut du concret, du solide, des résultats. Raddhoa se sentant investi de cette mission, monte son équipe, soigne sa communication. Grande première audiovisuelle : les caméras de la MBC sont invitées au domicile des Jhurry à Lallmatie. Les images sont choquantes, le pays est secoué par tant de barbarie, tant de sang, tant de coups de couteau. Et puis cette même MBC, complaisante envers Raddhoa, annonce la mort de Rajesh Ramlogun « des suites d?une crise d?alcool», sans attendre le « Damning » rapport d?autopsie du médecin de la police!

Raddhoa pense être le sauveur de Maurice, le héros des écrans. Et pour lui, la fin justifie les moyens. La fin pour lui : c?est extraire des aveux. Mais de tels aveux, dans un tribunal de justice, sont refusés justement à cause des méthodes illégales. Un exemple parmi d?autres, dans l?affaire Vanessa Lagesse, toute l?accusation repose sur les aveux de Bernard Maigrot récoltés par Raddhoa et ses hommes. Comment donc est-ce que le Parquet, conscient de du dossier à charge compilé par Raddhoa contre Maigrot, a-t-il pu recommander, comme on veut nous le faire croire, la double promotion de cet enquêteur ?

Le Premier ministre affirme aujourd?hui qu?il n?a jamais soutenu Prem Raddhoa. L?enquêteur de choc est devenu un triste héros de fait divers, honni par tous les amoureux des droits humains. Ses moyens finiront par justifier sa fin?

? de Nad SIVARAMEN

Publicité