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Trioco, le rire à profusion
Tout se joue dans le regard. Tantôt de braise, tantôt hagard. Puis il y a la voix, perçante ou rauque, selon l?imitation ! Et à cet air loufoque, on y ajoute une multitude de gestes, mimiques et autres ritournelles. Et tous ces ingrédients malaxés, mijotés à souhait donnent un trio gagnant ! Un tant soit peu déjanté sur les bords mais surtout poussé par un mistral d?humour décapant?
Les trois mousquetaires que sont Alexandre Martin, Ludovic et Denis Félicité excellent dans une matière ? le rire. Affalés dans des fauteuils, ils arborent des tenues décontractées. Jeans pour tous, chemise jaune pour Denis et hawaïenne dans les tons jaunes, orangés et turquoises pour Alexandre. Ludovic, dont les cheveux nattés s?entrevoient sous un bonnet en laine blanc, jaune, rouge et vert, porte, lui, un débardeur bleu gris. Le ton est enjoué, sympathique et ponctué, évidemment, de fous rires ! C?est qu?ils l?ont dans la peau, l?humour et ce, à la fleur de l?âge.
Originaires de Plaisance, les frères Denis et Ludovic Félicité, âgés de 30 et 25 ans respectivement, grandissent avec un troisième frère, Éric. Ils emménagent ensuite à St-Pierre. Denis, qui rêvait d?une carrière à la banque, fréquente l?école maternelle St-Léon à Verdun et commence à faire ses premières armes dans la comédie. « On avait mis en scène la pièce du Petit chaperon rouge. Je jouais le rôle du méchant loup. Enfin, on ne me voyait pas trop mais on entendait ma voix. J?avais chanté un séga intitulé Bolom Loulou », raconte Denis Félicité, entonnant quelques extraits du séga. Et sans s?en rendre compte, il a donné des notes plus colorées et humoristiques à la pièce !
Comme son acolyte, Alexandre Martin, 26 ans, était porté par la scène dès son plus jeune âge. Originaire de Rose-Hill, il grandit à St-Pierre et rêve de devenir cuisinier car il adore manger ! À six ans, il participe à un spectacle au Plaza : « Je devais chanter et danser sur la chansonnette Rikiki son violon, avec une fille qui s?appelait Sharon, qui était aussi un premier amour. Je portais une chemise avec un col et des manches à la gardère et un pantalon trois quarts en velours. C?était drôle. J?aimais la scène. »
En 2002, ils se retirent de Komiko
Quant à Ludovic, il croisera la route de la comédie à l?adolescence lorsqu?il intègre avec son frère, Denis, le groupe Artistes amateurs à Vacoas puis un autre groupe, Service jeunes. Les rencontres se faisaient le dimanche et comprenaient une vingtaine de personnes. C?est alors qu?ils commencent à participer aux pièces de théâtre.
Le premier rôle, Ludovic Félicité l?obtient à 14 ans dans la pièce La caz poubelle. Il incarne un jeune homme, galant de surcroît, devant être présenté à la famille de sa copine. Or, lorsqu?il embrasse la jeune actrice lui donnant la réplique lors d?une scène, cela crée une tempête auprès du petit-ami de cette dernière. Toutefois, Ludovic Félicité décroche le Most Promising Actor, âgé de moins de quinze ans. De son côté, Alexandre Martin, étudiant alors au collège Patten, y suit des cours de théâtre. En 1995, il participe à un festival dans une pièce Tribunaux en délires où il incarne un fermier nommé Anatole Gateménage, fauteur de troubles, qui enquiquine sa voisine, Mlle Popotin, qui finit par lui intenter un procès. Cette pièce remporta le premier prix pour les Plaines-Wilhems et fut qualifiée à la deuxième place sur le plan national.
Et quelques années plus tard, voilà qu?une artiste vient vrombir derrière les trois comiques ! Il s?agit de Miselaine Soobraidoo, qui fait partie de la troupe Service jeunes et qui a remarqué leur talent. Cette dernière baptise sa troupe Komiko et détonne avec des shows à l?humour mauricien. Ainsi les trois compères, amenés à se côtoyer, travaillent sur des pièces comme Pas Zoli, Bel Parol, Parole Sacré, Tirer Plan, Pa kas konté, Profiter et Johnny.
Depuis la deuxième pièce, la complicité entre les trois s?est transformée en amitié. « Nou ti pe zouene trop souvent pou banne repetitions. Nou fine vine bien camarades ler la », confie Ludovic Félicité en souriant. En 2002, Denis, Ludovic et Alexandre décident de se retirer de Komiko pour faire leur propre chemin, ensemble. Et c?est ainsi qu?ils donnent naissance à Trioco.
Timides dans la vie réelle
Ils démarrent en trombe avec une parodie des Sports Awards. À cette époque, Alexandre endosse le rôle de Robert Deschambeaux, présentateur de la soirée, Denis lui imite à la fois le ministre Ravi Yerrigadoo et Stephan Buckland, récompensé lors de la soirée et Ludovic? se métamorphose en Martine Hennequin, sportive également récompensée, avec raquette et tenue de rigueur ! Ce soir-là, le public a adoré leur show. C?était d?ailleurs une porte ouverte à bien d?autres représentations et la création de bon nombre de sketchs.
D?où leur vient leur inspiration ? « Il n?y a pas de moment spécifique. Cela nous vient comme ça. Nous observons beaucoup tout ce qui se passe autour de nous mais pas pou veille zafer dimoune », précisent les Trioco. Ainsi ils sont attentifs à tout agissement, aux tons de conversations et à la gestuelle, surtout celle de Philippe Banuaux, grand-père des Félicité, que ces derniers imitent souvent dans leurs sketchs. Après avoir fait diverses représentations live, les Trioco ont franchi une nouvelle étape dans leur carrière. Ils sont passés à l?ère de la technologie ? la transmission de leur show sur vidéo CD (VCD). Ainsi, en 2004, ils ont sorti Brothers of Caltar, où Ludovic et Alexandre tiennent le rôle de ces jeunes très branchés, apprenant à Denis, abonné au look rétro, à changer de style ! Et ce ne fut pas sans anicroches !
Puis en 2005, ont suivi Dodo bébé, où ils jouent aux rappeurs qui participent à un concours qui se solde par une improvisation due à un mélange de CD, ou encore aux visiteurs qui aident leur ami à endormir le bébé de sa cousine mais dont les méthodes laissent forcément à désirer, et aussi aux enfants qui essaient de se racheter auprès d?un papa grognon mais qui finissent par tout faire foirer ! Et durant la même année, le trio planche sur Peptozor où ils font un voyage dans l?époque de l?homme des cavernes à la quête du Zipozor ou viennent encore sauver les enfants des méchants en incarnant le héros Super Bouboule ! Bref, chacun vagabonde d?un personnage à un autre.
Galvanisés par ce succès, les Trioco viennent d?achever leur quatrième ?uvre ? Ti vitesse. Cela leur a valu trois à quatre mois de tournage. Dans ce volet, les trois iront se promener dans les bois et joueront aux chasseurs de tang, animal connu comme Ti vitesse à Maurice. Six sketchs sont prévus dont un pour rendre hommage à un des pionniers de l?humour mauricien, Christian Théodorine, décédé. Les rôles seront également tenus par trois nouveaux membres de Trioco, Garren Sakir, Joëlle Buckland et Martine Charrier. Le nouveau VCD est disponible depuis le jeudi 2 mars.
Mariés et pères de deux enfants respectivement, Denis et Ludovic Félicité se jettent aussi dans d?autres méandres. Denis, mordu de la danse, fait des émissions radiophoniques. Son frère, lui, se lance dans la chanson mais joue aussi au foot entre autres activités sportives. Quant à Alexandre, célibataire, il se passionne pour le cinéma. Leurs familles les soutiennent énormément. Tout comme les fans qu?ils se sont faits à travers le temps.
Et ensemble, le trio déborde de projets délirants. Ils passent d?une idée à une autre. Et ainsi les joyeux compagnons, qui se disent pourtant timides dans la vie réelle, pourront arpenter les chemins de la comédie, partir à la conquête du public et continuer à faire voler dans tous les sens les éclats de rire.
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